Confessions d’un homme dangereux

  • Contre Bayonne, l’ailier surpuissant Nemani Nadolo s’est illustré en inscrivant un triplé.
    Contre Bayonne, l’ailier surpuissant Nemani Nadolo s’est illustré en inscrivant un triplé. Fabrice Chort
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Nemani Nadolo - Ailier de Montpellier Auteur d’un triplé, le Fidjien a prouvé qu’il restait un des chasseurs d’essais les plus prolifiques et redoutés de l’Hexagone.

Son langage corporel ne trompe pas. Essoufflé après chaque accélération et vite émoussé, Nemani Nadolo était diminué face à Bayonne : "J’ai eu du mal physiquement, car j’ai été malade ces derniers temps. Quand vous n’êtes pas en forme, c’est le mental qui doit prendre le relais, et il faut donc être prêt dans sa tête. J’étais fatigué, mais je savais que je pouvais apporter à l’équipe." Trois essais de finisseur (troisième triplé avec le MHR, le dernier remontant à octobre 2017) en cinquante-neuf minutes… Visionnaire le bougre ! "J’avais envie de me montrer, c’est sûr. On a beaucoup de joueurs avec l’équipe de France et c’est une bonne opportunité pour nous, non-Jiff, de prendre du temps de jeu."

Intouchable dans un proche passé, "Nems" est devenu cette saison un troisième choix, doublé dans la hiérarchie des ailiers par un centre (Reilhac) : "Le problème est assez simple, je ne suis pas Jiff", insiste-t-il d’abord. Avant d’apporter des précisions : "J’ai connu quelques blessures, mais parfois ce sont aussi des choix des entraîneurs."

Xavier Garbajosa n’est par conviction pas fan des gros "formats" sur les ailes, où il préfère les gabarits plus modestes (Ngandebe, Reilhac, bientôt Rattez et Tisseron, ou encore Retière et Lacroix à La Rochelle). Des joueurs, dont les qualités sont en adéquation avec le jeu qu’il souhaite développer. Voilà aussi pourquoi le Fidjien n’a disputé que 485 minutes cette saison… Mais le problème, c’est que ce jeu justement, les Héraultais, qui ne progressent pas au fil des sorties, ont un mal fou à le développer sur la durée d’une rencontre.

Du coup, ils tentent depuis plusieurs semaines de revenir à un rugby plus pragmatique et structuré, pour gagner des points, de la confiance et rester ainsi en vie dans la course aux phases finales. Et dans ce contexte, Nadolo pourrait vite redevenir indispensable. Même lorsque le club ne bénéficiera plus de cinq Jiff "offerts" par feuille de match (cinq internationaux tricolores comptabilisés).

Parti pour… Rester ?

Car, s’il n’a plus ses jambes de vingt ans, le colosse reste le meilleur marqueur d’essais héraultais. Cette saison, il a déjà inscrit huit réalisations (six en Top 14) en huit rencontres disputées (pour sept titularisations). Impressionnant.

Alors, Montpellier peut-il réellement se passer à l’heure actuelle d’un élément aussi efficace, quand son collectif manque souvent de réalisme offensif ? Difficile à penser. Malgré le fait que l’Ilien soit limité en défense. En souffrance sur ses replis face aux Basques, il a été efficace sur l’homme et dans ses montées. "J’ai eu l’impression que les Bayonnais venaient un peu jouer de mon côté. Je pense que beaucoup d’équipes le font et le feront. Ils ont marqué deux essais sur mon aile Mais ces essais sont venus de plaquages manqués sur le premier rideau, que nous devrions réussir en tant que professionnels. Si nous ne les avions pas manqués, nous ne serions pas en train d’avoir cette conversation."

Avec un triplé et des statistiques élogieuses (80 mètres parcourus ballon en main, 3 franchissements, 2 défenseurs battus et 2 offloads, dont un décisif) Nemani Nadolo a signé un retour gagnant face à l’Aviron. À 32 ans, il est encore loin d’être "cramé" et seul son temps de jeu l’intéresse. C’est d’ailleurs cette donnée, prioritaire, qui l’a poussé à s’interroger sur son avenir dans l’Hérault (en contacts avancés avec Sale) : "Avec ces quotas (de Jiff) qui augmentent, il est plus difficile pour nous, les étrangers, de nous faire une place en France. Mais la situation n’est pas réglée. Je suis toujours en discussions avec le club et rien n’est finalisé, mais je ne suis pas maître de la situation."

Le MHR, qui économiserait un gros salaire et une place de non-Jiff au passage serait, selon Mohed Altrad, contre ce départ anticipé (sous contrat jusqu’en juin 2021, plus un an en option) : "Nemani a encore un an et demi ou deux ans de contrat. Je sais qu’il y a des tractations. Ou plutôt, qu’il a des velléités de départ. Mais on n’est pas dans la situation de se poser des questions. C’est un de nos joueurs, point !" Le Fidjien conclut ainsi : "Ce que je veux, c’est jouer au rugby. Je suis heureux ici en ce moment et il n’y a pas de problème. Il faut que je continue à être performant et tout se réglera tout seul."

Julien Louis
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