Pivac et le mot en "l"

  • Wayne Pivac (pays de Galles) après la défaite contre la France
    Wayne Pivac (pays de Galles) après la défaite contre la France Icon Sport / Icon Sport / Icon Sport
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Les Gallois ne se remettaient pas de deux décisions arbitrales. Selon Wayne Pivac, leur sélectionneur, les gestes de Willemse et de Bamba, après l’heure de jeu, auraient dû être sanctionnés. Le cours du match et peut-être de l’histoire en auraient été renversés...

Wayne Pivac n’a pas caché sa frustration. Il espérait bien épingler la France pour son début de mandat, histoire de se lancer sur de bonnes bases pour solder encore un peu plus l’héritage magnifique de Gatland. L’ancien policier néo-zélandais aura donc manqué son coup. La France a gagné à Cardiff pour la première fois depuis dix ans et le pays de Galles a chuté à domicile dans le Tournoi pour la première fois depuis trois ans.

Après trois matchs, voilà Pivac déficitaire après ce revers qui se dessina finalement très tôt, trop tôt pour les Gallois. Cette équipe aurait peut-être pu l’emporter sur un coup de dés, mais on n’oublie pas qu’elle a couru tout de suite après le score, elle n’a pas su profiter du carton jaune infligé à Alldritt juste avant la mi-temps lors d’une longue séance près de la ligne d’en but française. Des supporteurs gallois confiaient après la rencontre que le match s’est joué à cet instant.

Pour Pivac, la pression est énorme, il sait qu’il sera jugé à l’aune des succès passés. Alors, samedi, il a agité les éternelles ficelles. Il a pas mal parlé de l’arbitrage et surtout de deux décisions de M. Carley et de ses assistants à des moments clés du match. L’intervention de Paul Willemse (66e) en défense sur Ken Owens et l’entrée en fanfare de Demba Bamba (69e).

Willemse annula un "deux contre un" en plaquant et en faisant sauter le ballon des mains de Ken Owens qui avait Josh Adams libre à sa gauche. M. Carley ou plutôt son assesseur vidéo, M. Dickson (ex-joueur de haut niveau avec les Harlequins) choisit de relever un simple en-avant. "Écoutez, on a revu cette action, et ce que nous estimons être un en-avant volontaire. Je pense que les arbitres auraient dû sanctionner ce geste. Leur décision a détruit notre momentum."

À l’évidence, Pivac espérait un essai de pénalité assorti d’un carton jaune, une double peine qui aurait peut-être renversé le cours de la rencontre, c’est vrai.

"L’autre moment décevant ce fut cette entrée d’un pilier droit frais (Demba Bamba) qui entra tout de suite pour se mettre à pousser en travers. Et, en plus, il fut félicité pour ça. Allez demander leur version aux avants. Mais pour moi, c’est clair, sa poussée n’était pas normale. Je viens de vous parler de deux moments clé qui ont tourné en notre défaveur."

Lors du mondial, au Japon, le doute profita aux rouges

Wayne Pivac n’est pas le mauvais perdant grincheux que ces propos pourraient laisser imaginer. Mais l’ancien entraîneur des Scarlets venait d’avaler la première arête de sa nouvelle fonction, avec, dans la foulée, la perspective d’un déplacement à Twickenham. On ressentait physiquement, le poids des responsabilités en train de s’amasser. "Après, oui, bien sûr les Français ont bien joué. Ils nous ont fait très mal sur cette interception. C’est si dur, nous étions à trois contre un, si on soigne notre passe, ça finit par un essai de l’autre côté." Wayne Pivac savait qu’il avait manqué le coche. À moins d’un exploit à Twickenham, son tournoi inaugural ne sera pas une franche réussite. Il a forcément dû penser à son prédécesseur Warren Gatland qui, il y a quatre mois durant la Coupe du monde contre ces mêmes Français, avait surfé sur une baraka insensée.

Un Français qui "disjoncte" assez tôt dans le match et surtout une décision arbitrale qui bascule du bon côté à cinquante-cinquante. Au Japon, le Sud-Africain Jaco Peyper avait alors jugé valable une trajectoire incertaine, décision prise de son propre aveu dans le doute. Pas d’en-avant clair égal pas d’en-avant du tout. Samedi à Cardiff, le doute avait changé de camp, il a profité aux Bleus. La "tapette" de Willemse n’était pas volontaire. Tout s’est joué à un souffle, le souffle de soulagement de Gatland au Japon, le souffle de dépit de Pivac. Dans sa tête, le mot "looser" dansait en lettres de feu.

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