Culture de la victoire

  • Gael Fickou et Demba Bamba, après la victoire face Pays de Galles.
    Gael Fickou et Demba Bamba, après la victoire face Pays de Galles. PA Images / Icon Sport / PA Images / Icon Sport
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L'édito du vendredi de Léo Faure... On ne se rendait sûrement pas assez compte de la chance qui était la nôtre, à l’époque. Quand le XV de France, dans les années 90, savait peu ou prou que le gain du Tournoi se jouerait sur un match face à l’Angleterre, finale sans le nom à laquelle les Celtes ne prétendaient guère. Trois sacres et deux Grands Chelems bleus au bout d’une décennie de rivalité coq et rose.

On ne se rendait sûrement pas compte de la chance qui était la nôtre quand les Bleus des années 2000, ceux de Bernard "pas de fautes" Laporte accrochaient quatre titres et deux "parfaits" à leur boutonnière. Imaginez un peu : le bilan, immense à la lumière de l’histoire et de ce qui suivit, trouvait aussi ses détracteurs.

Une dernière fois, en 2010, la folie de nos attentes s’était heurtée à cette réalité paradoxale du palmarès. Le XV de France emmené par Marc Lièvremont décrochait un ultime Grand Chelem, qu’on jugeait encore insuffisant. Oxymore. Parce qu’il y avait trop de mêlées et pas assez de tout le reste, pensait-on. Parce que ces Bleus, qui gagnaient sans séduire, ne pouvaient alors pas s’affranchir aux yeux de leurs fidèles de la note esthétique. C’était le propos d’alors. Mea culpa. Avec le recul et les dix dernières années de fange dont on espère enfin se sortir, cela paraît tellement exigeant. Trop, sûrement.

En appliquant la grille de lecture de 2010, les Bleus d’aujourd’hui seraient donc sujets à autant de critiques. Parce qu’ils prennent des essais, bien sûr, et trop. Ils défendent leur ligne corps et âme, unanimement irréprochables dans le don de soi, mais ils laissent tellement de ballons à l’adversaire qu’ils finissent parfois par rompre. C’est la loi du genre.

Ce XV de France sauce Gatlhié n’a pas encore un collectif huilé, ni même une emprise stratégique supérieure. Mais il gagne, voyez donc. Avec plusieurs rebonds favorables et quelques arbitrages heureux, qui posent les finitions sur un gros œuvre d’une générosité immense. Mais il gagne, jusqu’ici, et qu’importe la manière. Il gagne et c’est tellement bon. Ce qui aurait été frappé d’insuffisance il y a dix ans nous emplit aujourd’hui de joie.

À l’heure de se rendre à Murrayfield ce dimanche, où le défi qui les attend ne doit sûrement pas être minimisé, les Bleus devront garder ce rêve en bulbe : gagner un Tournoi des VI nations, en France, n’a plus rien d’anodin en 2020. Ils peuvent pourtant le faire. Mieux encore : un Grand Chelem se profile concrètement, quand il s’écrivait hier encore sur un fil de chimère.

Il faut gagner, donc. Gagner en Écosse, ce week-end et coûte que coûte. Gagner, qu’importent les aléas et les insuffisances. Gagner pour rêver encore une fois, dans dix jours face à l’Irlande, dans un Stade de France qui sacraliserait le grand pardon d’un public pour son équipe. Gagner sans même se soucier de la manière. Gagner dès maintenant et ne pas se creuser de savoir si le dernier match face au trèfle sera bien joué. Contaminé par le virus de la sinistrose pendant une décennie, le XV de France serait amnistié d’un Grand Chelem à quatre victoires seulement. Qu’il s’en soulage pour se concentrer sur l’essentiel : il faut gagner en Écosse. Gagner encore. Cela nous avait tellement manqué.

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