Mignot : « Rien n’arrive par hasard »

  • Xavier Mignot réalise l’une de ses meilleures saisons avec le Lou. L’ailier, épargné par les blessures, veut retrouver le maillot bleu floqué du coq...
    Xavier Mignot réalise l’une de ses meilleures saisons avec le Lou. L’ailier, épargné par les blessures, veut retrouver le maillot bleu floqué du coq... Midi Olympique / Patrick Derewiany / Midi Olympique
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Auteur d’un remarquable début de saison à l’aile lyonnaise, l’ancien Grenoblois, Xavier Mignot, semble avoir enfin retrouvé le niveau et la confiance qui avaient fait de lui un international au mois de juin 2016. De quoi prétendre à nouveau à un maillot bleu, où les candidats au poste ne sont pas légion ? L’intéressé ne cache pas en rêver, tout en souhaitant d’abord voir son club franchir un cap en fin de saison.

Vous disputez la sixième saison de votre carrière en Top 14. Avez-vous le sentiment d’être déjà parti sur des bases aussi élevées ?

Il ne s’agit pas de s’emballer mais pour le moment, ce n’est pas trop mal parti. Après, c’est toujours pareil, on fera les comptes à la fin, et il n’y a qu’un titre qui pourrait me faire dire quelque chose comme ça… À cet instant de la saison, je ne me hasarderai pas à dire qu’il s’agit de ma meilleure. Je ne serai vraiment content que s’il y a quelque chose au bout et en attendant, je touche du bois.

On a en tout cas le sentiment que pour la première fois, vous parvenez enfin à enchaîner, à réaliser une saison…

(il coupe) Aboutie ? Oui, parce que hormis une petite élongation qui m’a fait manquer une semaine de compétition, j’ai été épargné par les blessures. Dans ces moments-là, c’est toujours pareil : tu fais le plein de confiance, les coachs et tes partenaires ont aussi confiance en toi et tu commences à exprimer sur le terrain des choses que tu ne démontrais pas forcément avant.

Avec sept essais marqués cette saison (6 en Top 14, 1 en Champions Cup), vous avez d’ores et déjà battu votre record personnel. S’agit-il du genre de signe auquel on s’accroche ?

Forcément, quand tu joues ailier, c’est toujours agréable de marquer. À ce poste, une grosse partie du boulot consiste à finir les coups, c’est un peu la cerise sur le gâteau. Mais ça reste des statistiques… Marquer des essais, ça ne veut pas forcément dire faire des bons matchs. À l’aile, on est tellement dépendant de ceux dont on ne parle pas forcément que le nombre d’essais qu’on marque, c’est quelque chose qui veut à la fois tout et rien dire…

Au moins que vous enchaînez les matchs, et que vous vous retrouvez régulièrement dans les bons coups…

Oui, bien sûr, mais ça n’empêche pas que ce si on marque, c’est que ce sont les partenaires qui ont fait du bon boulot. Être bien placé, au bon moment, ce n’est pas plus dur que tenir en mêlée, réussir un lancer, bien transmettre le ballon, bref, tout ce qui se passe avant ! C’est ce que les gens retiennent à la fin, mais ce n’est pas tellement juste pour les autres. Dans mon esprit, c’est l’équipe qui marque, pas seulement un joueur.

Votre discours dénote, à un poste où la plupart des joueurs assument une certaine part d’égoïsme au moment d’évoquer leur instinct de finisseur…

Mon trait de caractère premier, c’est l’altruisme. Cela a pu m’arriver, sur certaines actions, de faire la passe à un autre plutôt que de finir le coup moi-même. Après, cela me fait marrer parce que si j’avais gardé certains ballons pour moi, les gens auraient au contraire pensé que je suis égoïste… Ma conviction, c’est que la seule chose qui n’est pas bonne, c’est être dans l’extrême et à un moment, je l’étais peut-être…

Cela signifie-t-il que vous vous êtes avéré trop altruiste ? Pourquoi ?

Parce qu’à un moment donné, lorsque j’ai connu mes blessures à répétition, j’ai mis du temps à revenir. J’ai eu du mal à retrouver le rythme, la confiance… Je pars du principe que dans la vie, rien n’arrive par hasard, le bon comme le mauvais. J’ai beaucoup travaillé pour revenir, je me suis posé beaucoup de questions et peut-être qu’à un moment, je n’osais pas aller au bout des choses. Alors, il faut rester prudent, car la saison est longue, mais il me semble effectivement que cette période est derrière moi.

Des tribunes, on a aussi parfois le sentiment que perdure un petit sentiment d’infériorité lorsqu’il s’agit de faire parler votre vitesse. Comme si vous n’aviez pas confiance en vos jambes…

Ce sont les opportunités sur le terrain qui créent ces situations… C’est ma manière de voir mon poste : peut-être qu’à certains moments, je pourrais faire confiance à mes jambes et rechercher le débordement. Mais dans les cas de 50-50, comme j’aime rester dans le collectif, je préfère rester dans le terrain et assurer la continuité derrière moi plutôt que tenter ma chance et risquer de perdre le ballon.

Ce genre de réflexe rappelle que vous avez débuté votre carrière comme trois-quarts centre. L’idée de revenir à ce poste est-elle enterrée ?

J’y ai fait quelques entrées en jeu, notamment en Coupe d’Europe, quand nous comptions pas mal de blessés… Jouer centre, c’est quelque chose qui me plaît toujours autant, et c’est plutôt bon pour moi d’être capable d’évoluer aux deux postes. Mais aujourd’hui, je ne vais pas me mentir : je suis devenu un ailier et tant que je prends du plaisir sur le terrain, c’est le principal.

Comment, au juste, vous êtes-vous retrouvé à évoluer à l’aile ?

Parce que j’ai eu ma première opportunité à ce poste, à Grenoble. Au centre, à l’époque, il y avait Chris Farrell qui prenait beaucoup de place, dans un profil un peu différent du mien. J’ai eu

alors l’opportunité de montrer mes qualités au poste d’ailier, j’y ai grappillé du temps de jeu… C’est parti comme ça et comme j’ai eu l’opportunité de goûter assez vite à l’équipe de France à ce poste, j’y suis resté.

Les blessures sont inévitables dans le rugby de haut niveau mais le but demeure de durer le plus longtemps possible... Je me suis donc posé beaucoup de questions et j’ai recherché des réponses au niveau psychologique, au niveau mental, de la nutrition…

Vous n’avez que 26 ans et faites partie de la génération des Fickou, Cros, Serin, qui brillent actuellement en bleu… Nourrissez-vous toujours cette ambition ?

Bien sûr. C’est peut-être un peu cliché, mais quand on a eu la chance de toucher rien qu’une fois ce maillot bleu, on a envie d’y retourner… Au-dessus, il n’y a rien. Alors oui, forcément, c’est quelque chose qui reste dans un coin de ma tête, mais je n’en fais pas non plus une fixation. J’essaie de rester dans l’état d’esprit qui est le mien depuis le début de la saison, à savoir rester performant week-end après week-end avec mon club, le plus longtemps possible. Et on verra bien où cela peut m’emmener.

Avez-vous rencontré Fabien Galthié et Laurent Labit avant le début du Tournoi ?

Oui… Déjà, c’est gratifiant de se sentir impliqué, même à très petite échelle, de sentir que l’on fait partie d’un projet. J’ai parfaitement conscience de tout ce qui me reste à accomplir pour postuler à nouveau au XV de France, cela passera par plusieurs étapes : intégrer les 75, puis les 42, etc.

Vous avez joué blessé le jour de votre première et unique sélection avec les Bleus en Argentine en 2016… Ne s’agit-il pas d’une petite frustration ?

C’était la fin de la saison, je suis arrivé en Argentine avec une périostite. J’avais été injecté à plusieurs reprises avec des antidouleurs, mais là, j’étais arrivé au bout du processus… Guy Novès m’a demandé si je me sentais de tenir ma place malgré tout, je ne pouvais pas lui dire non ! (rires) Mais je n’ai évidemment aucun regret par rapport à ça. J’ai profité à 100 % de l’expérience, de la semaine d’entraînement qui s’était merveilleusement passée. Ça reste un superbe souvenir.

Mais aussi le début de ces blessures à répétition qui vous ont perturbé…

C’est vrai qu’à partir de cette sélection, j’ai enchaîné les pépins. J’ai connu deux grosses blessures à l’ischio-jambier à Grenoble qui m’ont éloigné des terrains entre douze et treize semaines, avant de subir une opération des ligaments du poignet. Ensuite, après mes débuts à Lyon qui s’étaient plutôt bien passés, je subis une fracture bi-malléolaire, de la cheville et du péroné. Et la saison dernière, je rate les phases finales sur une petite blessure à la c…, une entorse du gros orteil…

Vous êtes-vous posé des questions quant à l’origine de ces blessures ?

Bien sûr puisque, comme je vous l’ai dit, je suis convaincu que rien n’arrive par hasard. Les blessures sont inévitables dans le rugby de haut niveau mais le but demeure de durer le plus longtemps possible… Je me suis donc posé beaucoup de questions et j’ai recherché des réponses au niveau psychologique, au niveau mental, de la nutrition… J’ai donc décidé de tout mettre en œuvre pour être le plus performant possible, en m’entourant de certaines personnes que je consulte lorsque j’en ressens le besoin. Auprès d’elles, j’ai appris notamment à relativiser davantage, à positiver chaque situation…

D’accord…

Ce sont des petits riens, comme je vous l’ai dit, mais qui font au final une grosse différence. Et puis, j’ai la chance d’être très bien entouré sur le plan familial. Avec mon épouse, nous avons désormais deux enfants et je suis plus apaisé, plus serein. Avant, pour moi, tout tournait autour du rugby. Quand ça n’allait pas bien, j’avais l’impression que tout allait s’écrouler. Aujourd’hui, j’apprécie plus les petites choses du quotidien. J’ai relâché la pression, ça a tout changé…

On en a peu parlé mais un autre changement est advenu dans votre entourage, puisque votre père Xavier, qui était en charge du projet de formation du Lou, a été brutalement démis de ses fonctions voilà quelques mois…

(il sourit) Il s’est créé une situation où deux fortes personnalités se sont, comment dire, opposées… Mon père ne s’épanouissait pas forcément dans la mission qui était la sienne au Lou, il aime bien faire beaucoup de choses… Voilà, il s’est passé ce qui s’est passé, mais en tout cas je ne me suis jamais senti en porte-à-faux et il n’y a jamais eu péril en la demeure. Pierre Mignoni est immédiatement venu me voir après l’incident en me disant que rien ne changerait entre nous, et ça a été le cas. Mon père a su rebondir de son côté, et tout est bien qui finit bien.

On a vu lors de ses deux dernières demi-finales ou sur les matchs de Coupe d’Europe que le Lou avait encore du mal à monter son niveau. Pensez-vous que l’équipe puisse désormais y parvenir ?

Oui. On se sait capables de gagner ce genre de match, on a la confiance en nous nécessaire, il n’y a plus qu’à la faire. En ce moment, nous sommes lancés dans le sprint final, et le but consiste à arriver le plus en forme possible pour ces échéances de fin de saison, ce qui n’a pas été le cas ces deux dernières saisons.

La question n’était pas innocente puisque c’est précisément sur ce genre de matchs que l’on peut marquer des points dans l’optique d’une éventuelle sélection au mois de juin, par exemple…

Un collectif, ça reste une somme d’individualités (rires). Pour que l’équipe arrive au maximum de son potentiel, c’est tous les joueurs qui doivent y arriver, au niveau du physique, du mental… On sait que ce sont les matchs qui comptent, ceux où il faut se montrer performant, pour l’équipe en premier lieu. Et si cela peut aller dans le sens des ambitions individuelles, tant mieux. Mais on ne doit tenir compte de celles-ci que dans un deuxième temps. Comme je vous l’ai dit, ces comptes-là, on ne les fera qu’à la fin.

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