Jeux vidéos de rugby : c’est quoi le(s) problème(s) ?

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    Jeux vidéos de rugby : c’est quoi le(s) problème(s) ?
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Depuis la sortie en 1997 du mythique Jonah Lomu Rugby, premier jeu de rugby sur console, la grande majorité des tentatives de création d’un bon jeu vidéo de rugby ont échoué. Comment expliquer ces échecs à répétition ? Réponses avec un spécialiste en la matière : Frédéric Goyon, rédacteur en chef du site Jeuxvideo.com, une référence dans le monde du gaming.

À l’heure où les jeux vidéos n’ont jamais été aussi populaires, et où une Coupe du monde de rugby n’a jamais autant produit de spectacle et généré autant de revenus, on pourrait logiquement penser que le rugby serait populaire dans les consoles de nos salons. Eh bien pas du tout. Et le phénomène n’est pas nouveau : « Il y a peu de simulations de rugby : une dizaine, peut-être une douzaine », pose Frédéric Goyon, rédacteur en chef de Jeuxvideo.com, site qui fait référence depuis deux décennies dans le test des jeux vidéos. Et le pire, c’est qu’ils sont pour la grande majorité mauvais. Quand on passe en revue les différents opus, on réalisent qu’ils sont tous très mal notés : 10/20, 7/20, 9/20… « Qualitativement, il est vrai que les produits sont très moyens la plupart du temps. On est très loin de ce que fait Electronic Arts sur Fifa ou Konami sur PES. » Pourquoi ? « Parce que faire un bon jeu de rugby coûte très très cher. Déjà parce que c’est un sport complexe qui est très difficile à traduire en jeu vidéo tant par ses règles que ses différentes phases de jeu comme les rucks, la mêlée ou la touche. » Mais la complexité de notre jeu n’est pas la vraie raison, ni une excuse valable pour expliquer ce vide dans nos « jeuxvidéothèques » : « Les développeurs ont bien réussi à faire de très bons jeux de foot américain, qui est aussi très complexe mais ils avaient les moyens pour le faire », explique Goyon.

Produire un bon jeu de rugby serait donc possible. Mais il faudrait pour cela faire un gros chèque : « Aujourd’hui, les joueurs sont exigeants. Si un jeu de rugby veut être un véritable succès commercial, il devra être aussi bien développé que Fifa ou PES, qui sont les références en terme de simulations sportives. Seulement, l’écart de développement est immense », insiste Frédéric Goyon. « Dans Fifa par exemple, la Juventus et Dortmund ne jouent pas de la même façon. Les développeurs vont jusqu’à modéliser les démarches des joueurs majeurs, leurs « spéciales », à l’instar des dribbles de Messi ou le retour intérieur-frappe du gauche de Robben. Dans les jeux de rugby, on ne voit même pas de différence de style entre l’hémisphère Nord et le Sud. Les joueurs ne s’y retrouvent pas. Modéliser des styles de jeu serait possible, mais cela coûterait cher », détaille le trentenaire. Et il faut reconnaître qu’en face, la demande n’est pas aussi grande que celle pour le ballon rond, qui se développe aujourd’hui en tant que « E-sport », c’est à dire en créant des compétitions nationales et internationales. À l’inverse, la cible « gamer rugby », ne représente une toute petite frange du marché : « Les éditeurs mettent les moyens à la hauteur des revenus potentiels, et les développeurs font ce qu’ils peuvent avec ce qu’ils ont et ils doivent faire des choix. C’est donc un cercle vicieux. Et tant qu’un studio ne décidera pas de mettre les moyens nécessaires, cette médiocrité va perdurer », conclut Goyon.

L’éternel Jonah Lomu Rugby

Et pourtant, tout avait bien commencé. Le premier jeu consacré à la balle ovale avait été une franche réussite, au point de compter encore d’innombrables nostalgiques de nos jours : Jonah Lomu Rugby, sorti en 1997. Certes, ses graphismes sont aujourd’hui risibles. Mais ils ne l’étaient pas à l’époque : « Ce jeu est devenu la référence absolue parce que son gameplay (« la manière dont le jeu se joue » en français) était révolutionnaire : c’était l’un des premiers jeux de rugby en 3D et cela a marqué les joueurs », explique Frédéric Goyon. A l’époque, le testeur du site Jeuxvideo.com avait écrit ceci : « Jonah Lomu Rugby est LE jeu de rugby de la PS1 ! Jouabilité aux petits oignons, commentaires délirants, durée de vie honorable et surtout plaisir de jeu inégalé composent ce titre soigné. » « L’autre raison, reprend Goyon, c’est que le jeu avait la meilleure figure de proue possible : Jonah Lomu. Le jeu est sorti moins de deux ans après la Coupe du monde 1995 où Lomu était devenu une star planétaire. Enfin, le jeu possédait toutes les licences : il y avait toutes les équipes, sélections, joueurs, championnats… Cette exhaustivité était très rare à l’époque, et elle l’est encore aujourd’hui. »

Les fameuses licences. Celles qui permettent de jouer avec les vrais noms des joueurs, des équipes et des sélections, soit la base d’une simulation réussie. Mais force est de constater que ces licences sont l’autre grand problème des jeux vidéos consacrés au rugby. Car disons-le franchement, il n’est pas agréable de jouer avec « Frédéric Michalet » ou « Thierry Dusautour », comme le fait de jouer à une équipe qui s’appelle « Colombes » plutôt que « Racing 92 » : « Le problème, c’est que les licences coûtent chères, qu’elles sont parfois déjà acquises par des autres studios, ou qu’elles peuvent être morcelées : par exemple, avoir la licence des All Blacks ne te donne pas nécessairement Dan Carter si ce dernier a un contrat d’image avec une autre marque. Electronic Arts n’a pas ce problème avec Fifa puisque comme le nom l’indique, ils sont engagés avec la fédération internationale de foot. Mais encore une fois, cela coûte très cher. » C’est justement le problème de Rugby 2020, qui possède les licences Top 14, Premiership et Ligue Celte, mais qui ne comprend pas des sélections majeures comme l’Angleterre, l’Afrique du Sud et la Nouvelle-Zélande. Vous imaginez la frustration du passionné de rugby qui ne peut pas prendre les commandes des meilleurs joueurs de planète…

Le XIII et la Grande Mêlée, les bonnes alternatives

Au milieu de ce marasme, on trouve quelques titres réussis, comme Rugby 2004 ou Rugby 08, tous deux développés par Electronic Arts, ou Jonah Lomu Rugby Challenge édité en 2011 par Sidhe Interactive. Pour trouver leur bonheur, les rugbymen doivent bizarrement se tourner vers une autre discipline, qui a eu la chance de connaître un plus grand nombre de bons jeux : le rugby à XIII, qui a connu la série Rugby League Live riche de quatre opus : « Le rugby à XIII se prête peut-être mieux à son adaptation en jeu vidéo : comme il y a moins de rucks et de phases statiques, du coup le jeu est plus facile à modéliser et le rendu est assez fluide. J’avais justement testé Rugby League Live 2 en 2012 et je lui avais mis la note de 14/20, qui signifie que c’est un bon jeu » se remémore le rédacteur en chef. L’autre alternative réside dans un jeu de Fantasy League, comme le propose Mon Petit Gazon en football ou la Grande Mêlée en rugby avec Midi Olympique : « Bien sûr, c’est une bonne option. Ces jeux de fantasy parlent aux fans, aux passionnés qui suivent en permanence l’actualité des joueurs et des clubs. Cela permet aux joueurs d’utiliser leurs joueurs préférés et de gérer une équipe dans une configuration de jeu très simple, qui n’est pas chère à développer et à actualiser. Et puis ces jeux sont portés par l’aspect communautaire : en créant une ligue, on joue contre ses amis et cela rend l’ensemble beaucoup plus excitant », estime Frédéric Goyon. En attendant bien sûr qu’un éditeur décide enfin un jour à nous offrir le Fifa du rugby…

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