• Top 14 - Le Stade Jean Bouin (Stade français)
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Edito

Le piège du gain immédiat

L'édito du vendredi par Léo Faure... Une fois encore, une fois de trop, on utilise ces lignes à parler de rugby sans vraiment en parler. À évoquer ses décisions, son contexte, ses tumultes, ses coulisses sans en venir au ballon. Parce que, de ballon, il n’y a plus vraiment.

Personne ne peut décemment être tenu responsable de cela. Entreprise de divertissement qui appelle aux passions, le rugby répond d’une sphère plus grande que lui, une problématique plus vaste, une société plus prépotente. Face au coronavirus qui se propage, le rugby n’est plus vraiment décideur, comme les autres, suspendu aux décisions de son ministère de tutelle, celui des Sports, lui-même pris d’une logique sanitaire qui le dépasse.

Alors, quelle était la bonne solution quant à la tenue des matchs ? Les médecins parlent de médecine, les ministres administrent et nous autres, journalistes, informons, en se gardant bien d’affirmer une quelconque science médicale. Question information, donc, il y en a quelques-unes qui nous interpellent toutefois.

Une fois actés les reports des trois France - Irlande qui devaient baisser le rideau sur notre Tournoi, le début de la semaine a été occupé par le sort réservé aux compétitions domestiques. Une jauge limitée à 1 000 personnes pour les amateurs, dans le droit fil des préconisations ministérielles. Une situation plus opaque pour les pros.

Depuis lundi, les téléphones des présidents de Top 14 et Pro D2 chauffent. Des discussions pour s’approcher, si possible, d’une décision commune et unanime. Des huis clos jusqu’au 15 avril, d’abord. C’est ce qu’avaient convenu tous nos décideurs, dès la semaine dernière. Puis une poussée de fièvre, mardi, en faveur des reports de tous les matchs pendant un mois. La tendance, clairement dictée par une logique financière, était portée par le duo présidentiel Cromières-Lacroix. Ils faisaient des émules à Perpignan, Vannes, Pau, Bayonne ou Bordeaux. Et bientôt chez la majorité.

Qu’en sera-t-il, finalement ? Difficile de discerner une ligne claire. La réunion de mardi soir a remis l’hypothèse des huis clos en avant. Comme réclamé initialement par la Ligue. Encore une fois, une inspiration financière, cette fois dictée par Canal + qui démontre ici - s’il le fallait encore - sa position centrale dans toutes les choses du rugby professionnel français.

Contraint par une perfusion de son objet à presque 100 millions d’euros annuels, Paul Goze n’a pas mis longtemps à prendre les pas de son diffuseur qui préconisait fermement des huis clos, surtout pas des reports. Obtiendra-t-il gain de cause ? Rien n’est moins sûr. à l’approche de l’AG de lundi, à Toulouse, qui actera par vote une décision commune et démocratique, notre sondage auprès des présidents du Top 14 maintient majoritairement le scénario des reports jusqu’au 15 avril.

Qu’il soit finalement suivi lundi, ou non, Paul Goze gardera toujours à son crédit un épisode récent, qui lui donne raison. Il faut le dire, le Catalan avait anticipé un tel scénario pour s’en prémunir : quand Canal + avait finalement consenti à casser sa cagnotte pour s’assurer la diffusion du Top 14, moyennant 97 millions d’euros par an (pour 2019-2023), le président de la LNR avait proposé d’en bloquer chaque année un petit pourcentage pour constituer un fonds de réserve qui permettrait d’amortir les imprévus. Et les coups durs.

Nous y voilà, en plein dedans. Un coup sérieusement dur, imprévisible et qui place en situation de péril financier pas mal de nos structures professionnelles. Sauf que, pour y faire face, il n’y a pas de fonds de réserve. Sa constitution, voulue par Goze, avait été retoquée par les présidents, trop pressés d’encaisser sans attendre un chèque le plus gros possible issu des droits télés.

Ces présidents, mangés par une approche court-termiste de leur économie, avaient alors pris un risque. Ils se trouvent aujourd’hui dans leur propre piège. Et avec eux, notre rugby, dans une situation de crise qui nous dépasse franchement. Mais qui ne restera pas sans conséquences.

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