Charly Trussardi raconte le confinement

  • Charly Trussardi avec le maillot de Trévise
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CORONAVIRUS - Joueur de Trévise et mis en quarantaine, comme tous les habitants de l'Italie, l'ancien Clermontois et Biterrois raconte son quotidien. Et prévient : « Préparez-vous, vous allez bientôt vivre la même chose en France ! »

A quel moment avez-vous pris conscience de la gravité de la situation en Italie ?

Ç'a été assez bizarre. Ils en parlaient beaucoup aux informations, de la propagation de ce Coronavirus. Cela pouvait générer un peu de crainte mais la vie était finalement assez normale, quand on sortait se balader. Dans la rue, on ne voyait pas franchement de changement. Et puis, d'un jour à l'autre, c'est devenu sérieux. J'ai vraiment réalisé la gravité de la situation quand ils ont commencé à reporter les matchs. Le confinement a encore été une étape supplémentaire. Me concernant, le choc le plus important est intervenu hier (samedi) : je suis allé au supermarché et ils ne laissaient entrer les personnes que 10 par 10, avec une distance de sécurité imposée et surveillée. Tout le monde portait des masques. Là, j'ai vraiment réalisé.

Vivez-vous en vase clos ou le club vous accompagne-t-il durant cette période de flou ?

Tout le monde s'informe le plus vite possible, dans son coin. On a des groupes Whatsapp entre joueurs au sein de l'équipe, où l'épidémie est l'unique sujet de conversation. Le club nous donne aussi beaucoup d'informations, nous tient au courant au jour le jour. Oui, vraiment, le club nous dirige et nous aide bien en ce moment. On est soutenus.

Comment poursuivez-vous les entraînements ?

Au tout début du confinement, la semaine dernière, on pouvait encore aller au club. C'était le matin, par petits groupes pour limiter les contacts et sur des créneaux horaires stricts, pour que les groupes ne se croisent pas. On avait encore des séances de musculation pour s'entretenir et maintenir un petit niveau d'entraînement. L'après-midi, c'était fermé. On restait chez nous. Moi, je jouais un peu à la Playstation. J'en profitais aussi pour réviser. Quand j'étais à l'ASM, j'avais débuté des études à l'ESC, l'école de commerce de Clermont, qui propose des programmes adaptés aux sportifs de haut niveau. Je poursuis ce cursus, à distance. Je suis en troisième année. Désormais, le confinement est total, 24h sur 24. Je profite donc de cette période période pour bien avancer du côté de mes études.

Continuez-vous de voir vous coéquipiers, dans un cadre privé ?

Absolument pas. En Italie, les commerces sont fermés mais les contacts sont également interdits. Nous n'avons pas le droit de nous voir, même en appartement. Il nous faut un papier officiel pour sortir. Certaines personnes ont le droit de circuler pour aller travailler, mais elles doivent avoir une attestation de leur employeur. Pour aller faire ses courses, vous sortez aussi avec un justificatif de domicile. Si vous êtes contrôlé, vous devez pouvoir justifier que vous habitez dans le quartier. Théoriquement, si vous n'avez pas ces papiers, vous pouvez recevoir une amende.

Charly Trussardi sous les couleurs de Béziers
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Ne vous entraînez-vous plus du tout ?

Depuis jeudi, non, il n'y a plus rien. Jusque-là, on prévoyait encore la reprise des entraînements la semaine prochaine. Mais avec les nouvelles directives, c'est quarantaine totale.

Le sport, qui était votre quotidien, ne vous manque-t-il pas ?

J'avoue, c'est dur. Vendredi, je n'en pouvais plus de rester enfermé. J'ai craqué. Ça me démangeait et je suis allé courir autour de chez moi. Je crois que c'est interdit mais j'en avais besoin. Et j'ai quand même croisé quelques personnes, qui avaient fait comme moi. Rester enfermé sans rien faire, c'est dur. Le sport vous manque vite. J'essaie de faire avec les moyens du bord.

C'est-à-dire ?

Chacun s'arrange comme il peut. Quelques coéquipiers ont des appareils de musculation à la maison. Moi, je n'en ai pas. Alors je me débrouille. Je fais des pompes. Je mets des packs d'eau dans un sac de sport pour faire du poids et je fais quelques exercices. C'est moins lourd que ce qu'on a l'habitude de soulever, bien sûr, mais avec le temps et la répétition, on arrive tout de même à se fatiguer...

Votre famille n'est-elle pas trop inquiète de vous savoir en Italie ?

Bien sûr que si. Je reçois énormément de messages, de toute ma famille. Avec l'éloignement, en plus, ce sont surtout les informations effrayantes qui leur arrivent depuis l'Italie. Me concernant, c'est encore plus vrai pour la partie de ma famille qui est en Guadeloupe. C'est une zone qui n'est pas encore trop touchée, ils voient ça de loin. Ils ont plus peur que moi, finalement.

Pourquoi ne pas être rentré en France ?

Quelques étrangers de l'équipe sont effectivement rentrés chez eux. Moi, j'y réfléchis. Je ne sais pas trop... (il marque une pause) Je suis un peu perdu, en fait. La quarantaine est arrivée vite, elle nous est tombée dessus. On n'a pas trop pu anticiper. Là, je crois que la quarantaine est décrétée jusqu'au 22 mars. Après, on reprendra peut-être. Je sais aussi que cette situation arrive en France. Pourquoi aller me mettre dans un nouveau confinement ? Ce que je vois en France, les dernières évolutions, c'est ce qu'il se passait en Italie il y a deux semaines. Vous allez bientôt vivre la même chose. Préparez vous à la quarantaine !

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