• Romain Loursac : « Pour sauver des vies, restez chez vous ! »
    Romain Loursac : « Pour sauver des vies, restez chez vous ! » Midi Olympique / Patrick Derewiany / Midi Olympique / Patrick Derewiany
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Coronavirus

Loursac, un rugbyman sur le front sanitaire

Ancien arrière du Lou dont il est devenu (entre autres) un des médecins, Romain Loursac nous a accordé quelques minutes au sein d’un emploi du temps des plus chargés pour nous raconter son quotidien au cœur de l’épidémiede covid-19, prolongeant sa mission de santé publique sur le terrain médiatique.

Le Covid-19 ? Romain Loursac connaît, malheureusement. Parce que l’ancien arrière de Lyon, dont la particularité est d’avoir poursuivi ses études de médecine pendant sa carrière professionnelle, était aussi le médecin du XV de France féminin durant le Tournoi, et notamment lorsque leur match en Ecosse fut annulé le 6 mars dernier, la faute à un cas de coronavirus détecté au sein du XV du Chardon. "Nous avons en effet déjà côtoyé ce virus à Glasgow, lorsque le match a été annulé à la veille d’être disputé. À partir de là, on se doutait bien que le match de l’Irlande n’aurait pas lieu, mais pas encore de ce qui allait se passer aujourd’hui…"

Parce que la crise du Covid-19 a subitement pris une ampleur telle qu’on ne vous fera pas l’affront de vous en rappeler les conséquences. La faute à un message officiel qui s’est dilué entre le rassurant et le catastrophisme, avec en point d’orgue la tenue des élections municipales le week-end dernier. "Même nous, le personnel soignant, nous avons contribué à ce que ce message se dilue, admet Loursac. Ce n’est que lorsqu’on a eu des retours de la part de nos confrères italiens ou de l’Est de la France qu’on a commencé à mieux appréhender les choses. Oui, le message n’a pas été clair au départ, il ne pouvait pas être bien reçu et on a pris quatre ou cinq jours de retard. Comme le reste des citoyens, les joueurs du Lou n’avaient pas vraiment compris qu’il était important de ne pas se réunir. Cette fois, il n’y a plus d’ambiguïté."

Au service des urgences de Lyon depuis jeudi

Des mesures que le club lyonnais avait en réalité anticipées, en annulant lundi matin les derniers rendez-vous avant la séparation du groupe et les débuts officiels du chômage partiel. "Comme la situation s’est rapidement accélérée, nous avons préféré effectuer un point avec tous les joueurs par conférence téléphonique, explique Romain Loursac. Autant Pierre Mignoni aime que tout passe par lui lorsqu’il s’agit de décider ce qui doit se passer sur le terrain, autant pour tout ce qui concerne ces sujets-là, il est complètement à notre écoute. Il y a des choses plus importantes que le rugby dans la vie…" Parce que le danger est bien là, présent quoiqu’éthéré, dont la prise de conscience est comme trop souvent passée par les drames survenus à autrui. "On a eu des informations qui étaient un peu alarmistes et dans ce cas de figure, la meilleure des solutions, c’est bien le confinement. Ce qu’on a demandé aux joueurs, c’est qu’ils ne restent vraiment plus qu’avec leurs femmes et leurs enfants. Avant d’être des joueurs de rugby, ils sont des citoyens comme les autres et doivent se plier aux consignes. D’autant que de par leur statut, ils ont quelque part valeur d’exemple pour le reste de la population, et il est important qu’ils le montrent… Il n’y a rien de sorcier à faire, juste à respecter à la lettre les consignes officielles de confinement."

Voilà pour le commun des mortels, auquel les rugbymen n’échappent pas. Quant au praticien Romain Loursac ? "À l’origine, je devais lancer un cabinet de médecine du sport mais au vu de l’actualité, j’ai dû en décaler l’ouverture… En temps normal, j’interviens aussi à l’hôpital dans le service d’orthopédie et de médecine du sport mais là aussi, les chirurgies non urgentes ont été décalées pour libérer des places." Du coup ? Romain Loursac s’est, sans attendre les consignes officielles de l’Ordre ou du Ministère, mis au service de ses confrères et de la communauté tout entière. "Je suis passé aux Urgences de Lyon lundi matin, la situation était encore sous contrôle, même si elles étaient exclusivement remplies de patients en lien avec le Covid-19. Mais on s’attend à un raz-de-marée d’ici quelques jours… Comme j’ai été interne dans ce service, je me suis porté volontaire en cas de besoin."

Comme au rugby, il s’agit de jouer groupé…

Une mission de santé publique au sujet de laquelle Romain Loursac tient à ce que chaque individu prenne conscience qu’il a un rôle à jouer. "J’ai l’impression que ça y est, ce message est passé, même si cela a pris du temps à le faire entendre… On est un peu une génération dorée, qui n’a jamais été confrontée au changement de ses habitudes et de son mode de vie. Mais là, il n’y a plus le choix… Et puis il faut aussi relativiser : on n’est pas appelé à monter au front risquer sa vie pour sauver celle des autres… Cette fois, pour sauver des vies, il suffit de rester chez soi. Il faut juste que tout le monde se responsabilise car mieux on respectera cette consigne, plus on sortira rapidement de cette crise. Comme au rugby, il s’agit aujourd’hui de jouer groupé."

Romain Loursac en premier lieu, qui a été appelé à monter au front jeudi matin, face au premier fort afflux de victimes du virus en région lyonnaise. "On s’attendait à un premier raz-de-marée en fin de semaine, il a bien lieu. À l’heure où je vous parle (l’entretien a été terminé mercredi soir, NDLR), je ne sais pas exactement à quoi m’attendre, même si les premiers échos ne sont pas très rassurants. Les prochains jours vont nous permettre de voir si, oui ou non, nous touchons aux limites du système… Au moins, la bonne nouvelle était qu’en fin de semaine, le message du confinement a été bien passé et compris, ce qui était essentiel pour permettre au corps médical de travailler de son mieux." Avec le dévouement et l’abnégation dont tout un pays n’aura probablement pas assez de mots pour le remercier, dans quelques semaines, lorsque ce cauchemar sera passé. Que le rugby, comme tant d’autres si futiles activités, aura repris ses droits, que Romain Loursac s’en retournera vaquer à ses traditionnelles fonctions. Et que plus rien ne sera jamais pareil...

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