• L'édito d'Emmanuel Massicard... Face au vide...
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Edito

Face au vide...

L'édito d'Emmanuel Massicard... Mais quand le rugby va-t-il enfin pouvoir nous rassembler, à l’air libre, autour d’un terrain ? Je vous l’accorde, la question paraît futile et même un brin déplacée, face à la menace de ce coronavirus qui gonfle chez nous et partout ailleurs. L’activité sportive ne pèse pas grand-chose face au danger présent…

Alors, pour un temps, les acteurs du sport se mobilisent. Chacun à son échelle, avec la force de son propre engagement collectif. Solidaire. Ces histoires que nous partageons dans ce journal en disent long sur le caractère des rugbymen. Dans la difficulté, notre sport retrouve son ADN : le combat. L’engagement avant et bien au-delà du jeu. C’est une leçon qu’il ne faudra pas oublier quand nos vies auront repris une forme de normalité et que le rugby sera redevenu une activité qui se partage.

Nous n’en sommes pas là. Pas encore. Pour combien de temps ? Difficile à dire, même si la tentation d’une reprise est forte. Avec les risques que cela comporte. Vous lirez dans ce journal le courrier que nous a adressé Jean Grenet, ancien député-maire de Bayonne, président de l’Aviron et médecin, qui tire la sonnette d’alarme à l’idée de voir le Top 14 reprendre trop vite son cours au risque de menacer la santé de ses acteurs. "Ce n’est pas un sport où l’on joue à la baballe ! Il me semble déraisonnable de relancer la compétition sans préparation adaptée, après une pause plus longue que l’intersaison." Nous confiait-il samedi par téléphone. "Soyons raisonnables, tirons un trait sur le présent et projetons-nous vers un Top 16 qui permettra à chacun de rebondir."

Le Top 16, donc. Jean Grenet n’est pas le seul à défendre ce retour vers le futur, avec une élite élargie. La tentation est grande chez les présidents du monde professionnel de revenir à une élite à 16 clubs. Ce serait le moyen de ne condamner personne sur tapis vert, en Top 14 comme en ProD2. Et d’assurer plus de matchs, donc plus de retombées financières la saison prochaine. Histoire de compenser les pertes actuelles.

Après tout, pourquoi pas. Qu’est-ce qui empêcherait le rugby français de célébrer une formule que l’élite des clubs avait elle-même enterré en 2005 au nom de l’excellence sportive et de la lutte contre l’obésité de notre calendrier national ? À l’époque, souvenez-vous, le Top 16 n’avait que des défauts. Aujourd’hui, il n’aurait que des mérites. L’affirmer aussi court reviendrait à oublier le poids des doublons, le déséquilibre des forces en présence et la menace renforcée de relégation en fin de saison prochaine, quand trois (ou quatre) clubs devront descendre… On voit déjà la leçon prônée par les partisans du rugby minimaliste comme vecteur de maintien. Et on entend aussi la petite musique de leurs opposants, défenseurs d’un rugby d’élite au service du XV de France. Ça promet…

Dans la précipitation, mû par l’instinct de survie, le rugby français cherche logiquement à se réinventer en sortant du chapeau quelques-unes des bonnes vieilles formules qui ont fait sa superbe. Cela permettra d’assurer le présent et certainement l’avenir immédiat, en agissant à la surface des choses. Mais sans rien changer de ce qui nous plombe, en vérité : le calendrier international, le chevauchement des compétitions, l’incohérence nord/sud et la logique des préparations…

Rêvons donc un peu en attendant de savoir quand on pourra revenir sur les terrains… Voilà quelques idées : et si nos dirigeants profitaient du vide laissé dans le sillage du coronavirus pour inventer le rugby de demain, au lieu de réanimer celui du passé ? Et si Bernard Laporte, quand il sera bientôt élu à World Rugby, parvenait à faire bouger l’équilibre des forces mondiales et à refondre, enfin, les calendriers ? Chiche…

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