L’union sacrée, la vraie

  • Laurent Marti (président de l'Union Bordeaux-Bègles) et Didier Lacroix (président du Stade toulousain)
    Laurent Marti (président de l'Union Bordeaux-Bègles) et Didier Lacroix (président du Stade toulousain) Icon Sport / Icon Sport / Icon Sport
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L'édito de Léo Faure... Combien de fois avons-nous écrit ceci ? Que l’intérêt supérieur du rugby français, dont tous ses dirigeants se prévalent, ne vaut finalement jamais grand-chose face aux appétits individuels. Ou alors pas longtemps. Que les crises, aussi glaçantes soient-elles, n’ont été suivies que d’alliances éphémères et intéressées. C’est ça, l’union sacrée, la vraie. Une entente de verre.

Un peu d’histoire : c’est au lendemain du déclenchement de la grande guerre que Raymond Poincaré, président de la République française d’alors, remettait au goût du jour ce concept d’union sacrée né durant la révolution française. L’idée était finalement simple, basique, empruntant à la seule croyance qu’il existe un intérêt supérieur de la nation. Face à une menace jugée suprême, tous les courants, tous les corps de représentation politique et syndicale, tout un pays convenaient d’une entente unanime de circonstance. Une cause commune transcendant toutes les divergences, pour traiter l’urgence.

Sur le papier, ça en jette. Dans les faits, les déclarations de bonnes intentions voient rarement le soleil du lendemain et la belle communion, si prompte à se fissurer, laisse à nouveau jour à des désaccords plus tenaces encore.

Fin de la parenthèse historique. Et retour à notre quotidien, celui du rugby où, comme ailleurs dans la société, l’intérêt commun et suprême n’est qu’un mot vain. Ce mercredi, donc, les présidents du rugby professionnel français se retrouvaient en conclave, pour évoquer une nouvelle fois la fin du championnat, aujourd’hui si incertaine.

À propos de ces réunions qui s’enchaînent, un interlocuteur nous engageait en début de semaine : "Par pitié, ne les laissez pas jouer les égoïstes ! Ils doivent remettre le SPORT au centre du terrain, pas leurs préoccupations personnelles et notamment financières." Raté ! Sans qu’on y puisse franchement grand-chose, les présidents du rugby professionnel français, principalement ceux du Top 14 qui ont le plus à perdre dans l’affaire, ont passé la soirée de mercredi à s’écharper sur à peu près tout. Et son contraire. Drôle de spectacle, fort heureusement à huis clos.

Une vraie union sacrée, donc. Comprenez "de façade". Derrière laquelle chacun défend un intérêt "pour le bien de tous" mais qui colle étrangement à ses besoins individuels.

À Pau, Paris, Agen et ailleurs dans le fond du tableau, il semble urgent d’annuler purement et simplement le championnat. Pour repartir avec les mêmes et - par hasard ! - de maintenir tout le monde.

À Montpellier, qui voyait s’éloigner les phases finales, on propose justement d’élargir les phases finales, quitte à les décréter dès maintenant ! Pratique, pour qui n’est pas encore qualifié… Mais Bordeaux, qui aurait applaudi cette solution les quatre dernières années - quand l’UBB stagnait sous la ligne de flottaison - argue désormais que cela ne suffit pas. Qu’il faudrait jouer la fin de saison coûte que coûte, certes, mais aussi maintenir les privilèges de qualification directe aux deux premiers. Qui est premier ? Bordeaux, pardi ! Prévisible, tellement.

Dans cette macédoine d’ego et de gros sous, on se réjouira au moins d’une chose : les présidents de club s’accorderont bientôt pour laisser aux joueurs quatre semaines pleines de préparation avant de reprendre le chemin de la compétition. Un peu de bon sens, enfin. Le seul moment où le sport est revenu au centre du terrain.

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