Pinard-Cartier : « Je me tiens prêt »

  • L’arrivée de la pandémie en Nouvelle-Calédonie pourrait être désastreuse en termes de victimes. Clément Pinard-Cartier s’attend au pire scénario. Ancien rugbyman (voir ci-dessous), il se tient aujourd’hui sur le front médical pour affronter la vague épidémique. Photos DR
    L’arrivée de la pandémie en Nouvelle-Calédonie pourrait être désastreuse en termes de victimes. Clément Pinard-Cartier s’attend au pire scénario. Ancien rugbyman (voir ci-dessous), il se tient aujourd’hui sur le front médical pour affronter la vague épidémique. Photos DR
  • "je me tiens prêt"
    "je me tiens prêt"
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C’est d’abord l’histoire d’une reconversion. Ancien pilier droit qui a commencé en Top 16 au début des années 2000 à Montauban en même temps que Pierre-Philippe Lafond et Ibrahim Diarra, sous les ordres de Xavier Péméja, puis passé par le centre de formation du Stade toulousain (où il a fait quelques feuilles de match avec l’équipe première), Bordeaux-Bègles et Narbonne en Pro D2, Clément Pinard-Cartier a entamé sa deuxième vie à l’instant de goûter à la Fédérale 1, à Valence-d’Agen puis Montauban : « Provale m’a aidé pour ma formation d’infirmier puis, pendant trois ans et demi, j’ai été infirmier en soins d’urgence au SMUR à Montauban. » 

Son épouse aussi infirmière et père de trois enfants, il s’est ensuite dirigé vers la médecine du travail pour bénéficier d’horaires plus souples. Parcours qui a aujourd’hui mené la famille à l’autre bout de la planète, en Nouvelle-Calédonie. « J’ai rencontré ma femme à l’école d’infirmiers et on s’était dit qu’on ferait de l’humanitaire, qu’on parcourrait le monde. Mais elle était enceinte quand elle a passé le mémoire. On a donc embrayé avec le monde du travail mais, plus tard, j’ai postulé à Tahiti, La Réunion et en Nouvelle-Calédonie pour rattraper un peu notre rêve. Ici, j’étais le deuxième infirmier en santé du travail. On nous a ouvert en grand les portes, on a débarqué il y a presque un an. »

Et voilà que le temps s’est quelque peu figé pour eux récemment, comme pour tout le monde, au rythme de l’épidémie du coronavirus. « Au départ, on l’a vécu par procuration avec nos proches qui sont en métropole. Comme vous avez onze jours de décalage avec l’Italie, nous en avons cinq avec vous. Tout ce qui vous arrive, nous arrive cinq à six jours plus tard. Cela permet d’anticiper. On l’a senti venir, d’autant que, bossant tous deux dans la santé, nous étions conscients de l’aspect inéluctable de la situation à venir. » Les écoles ont fermé leurs portes sur place le jeudi 19 mars et le confinement total a débuté lundi soir à minuit. « La particularité, c’est de vivre sur une île. Ils ont fermé l’aéroport en fin semaine dernière et nous sommes coupés du monde. Je n’avais pas du tout prévu ce sentiment. On se dit toujours : « On prend un billet d’avion vite fait et on rentre si besoin. » Là, nous sommes bloqués pour un temps indéterminé. On ne peut de toute façon pas sortir, c’est presque étouffant comme sensation. » Contexte qui rend la propagation du virus d’autant plus dangereuse. « À l’heure où on se parle, il y a douze cas sur l’île mais aucun en réanimation (entretien réalisé mercredi midi, N.D.L.R.). Tous les grands hôtels sont réquisitionnés pour isoler les touristes qui sont arrivés ici pendant quatorze jours. Et les urgences ont été préparées pour les cas à venir. » Ceci dans les deux grands sites du territoire, à savoir un hôpital et une clinique à Nouméa.

"S’il y a des cas graves, ça peut vraiment devenir catastrophique ici"

Voilà comment Clément Pinard-Cartier se trouve en position d’attente. « Je suis placé sur la réserve sanitaire. Le SMIT (Service Médical Interentreprises du Travail de Nouvelle-Calédonie), qui est mon employeur, est fermé. Je reste pour l’instant avec les petits pour les protéger au maximum mais je peux être réquisitionné du jour au lendemain, donc dès qu’ils vont avoir besoin de moi, je partirai donner un coup de main. Je me tiens prêt. Ayant plus de trois ans d’expérience au SMUR et aux urgences, je connais les intubations et je serai plus utile dans ces services. J’ai eu d’anciens collègues de métropole au téléphone qui ont quitté le leur pour aider en réanimation. Je me doute que ce sera mon tour d’ici une petite semaine. »

Il s’est déjà organisé auprès d’une école et d’une crèche ouvertes pour les enfants du personnel médical afin d’être réactif et opérationnel le moment venu. Sa femme, quant à elle, est déjà sur le front de la pandémie puisqu’elle travaille en libéral et en brousse, c’est-à-dire dans les campagnes environnantes. « Elle est carrément immergée dans la culture kanake, auprès des communautés. Il y a le dispensaire et elle. » Ce qui lui offre de mesurer combien les tribus accueillent et appréhendent différemment le problème sur place : « Ces tribus-là sont très communautaires. Les Kanaks vivent toujours tous ensemble, donc le confinement n’est pas un concept compatible avec leur mode de vie. Par exemple, pour un mariage ici, ils sont deux cents ou trois cents et ça dure trois ou quatre jours. Pareil pour les deuils. Et franchement, durant nos troisièmes mi-temps, nous sommes des enfants de chœur à côté d’eux (sourires). Les grands chefs coutumiers ont pris la parole pour dire qu’il ne fallait pas se rassembler mais l’inquiétude est très grande chez les personnels soignants. On se demande s’ils vont être capables de changer leurs habitudes. S’il y a des cas graves, ça peut vraiment devenir catastrophique ici. »

Jérémy FADAT
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