Ledevedec : « Ça m’embêterait de devoir arrêter maintenant »

  • Julien Ledevedec avec le maillot de l'équipe de France de rugby en 2017 Julien Ledevedec avec le maillot de l'équipe de France de rugby en 2017
    Julien Ledevedec avec le maillot de l'équipe de France de rugby en 2017 Avalon / Icon Sport - Avalon / Icon Sport
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En manque de temps de jeu à Montpellier, le deuxième ligne international (11 sélections), Julien Ledevedec, s’est relancé à Provence Rugby début février, où il avait retrouvé le plaisir d’être sur le terrain. Jusqu’à la suspension du championnat… S’il refuse de se plaindre face à la crise sanitaire actuelle, sa situation, à 33 ans et alors qu’il est en fin de contrat au 30 juin, le place forcément dans le flou.

Comment vivez-vous la situation particulière actuelle ?

En signant à Aix, je pensais moins voir mes enfants mais on est finalement enfermés ensemble (sourires). Je suis revenu à Montpellier pour le confinement et je reste avec la famille. Nous ne sommes pas à plaindre, nous avons un petit jardin. C’est bizarre et le terrain me manque un peu. Je m’entretiens à l’ancienne mais j’essaye de faire attention car le préparateur nous a conseillé de ne pas pousser la machine à fond car, si jamais on a contracté le virus sans le savoir, cela pourrait avoir de graves répercussions. Je m’en tiens à des choses classiques vu que je n’ai pas de salle de muscu à la maison : pompes, squats, altères, etc.

Début février, vous avez été libéré de Montpellier pour rejoindre Provence Rugby. Pourquoi ?

À Montpellier, j’étais dans ma dernière année de contrat et cela se passait bien avec le groupe mais le début de saison a été difficile car le coach ne comptait pas sur moi. Aix cherchait en deuxième ligne mais, la première fois qu’on m’a appelé, j’ai repoussé l’opportunité. Je croyais encore en l’histoire de Montpellier. Je savais que Paul (Willemse) allait faire le Tournoi, que "Kote" (Mikautadze) partirait avec la Géorgie et je voulais saisir ma chance. J’ai joué le match à Gloucester (le 11 janvier), puis j’ai encore disparu des radars… Le coach ne comptait plus du tout sur moi.

Comment avez-vous réagi ?

J’ai rappelé Fabien Cibray (entraîneur de Provence Rugby) pour lui dire : "Écoute, j’en peux plus, je sais que je ne jouerai pas. La proposition tient toujours ?" Il m’a répondu oui. J’ai vu Philippe Saint-André pour la première fois et il a été compréhensif. On a trouvé un accord et Montpellier m’a laissé partir. Il a fallu m’organiser. Je dormais à l’hôtel à Aix car mes enfants étaient à l’école et à la crèche à Montpellier. Il n’y a qu’une heure et demie de route et j’en avais parlé avec ma femme, qui m’avait confié : " Je préfère te voir moins souvent mais que tu sois heureux." Elle se rendait compte que ma vie au travail était morose.

Quelle était votre motivation principale ?

Rejouer et reprendre du plaisir. J’avais envie de compter pour une équipe, même si mes coéquipiers étaient irréprochables avec moi à Montpellier. Mais je sentais que le staff n’avait pas confiance et, à chaque minute sur le terrain, on a l’impression de devoir prouver, de perdre son naturel. C’était dur… Cette offre s’est présentée et Aix est une équipe à la philosophie de jeu ouverte, qui me plaît. Ce n’était pas loin, les deux clubs trouvaient leur bonheur, je connaissais beaucoup de joueurs sur place : les planètes étaient alignées.

Le pari fut réussi…

Les entraîneurs m’ont tout de suite fait confiance et mis sur le terrain. Je suis arrivé quinze jours avant mon premier match et on recevait Montauban dans un duel à très fort enjeu. Cela m’a fait du bien d’en rejouer un car, à Montpellier, je disputais souvent ceux qui comptaient pour du beurre. Je retrouvais ma place dans un groupe qui voulait se sauver. Si on perdait, on se rapprochait de la Fédérale et j’avais déjà un rôle à jouer. Je ne voulais pas décevoir les gens qui m’ont donné cette chance car cela faisait longtemps qu’on ne faisait plus confiance. On a gagné. Puis j’ai joué à Valence et contre Aurillac. Et vu que j’étais un peu touché à la fesse, le staff a préféré me ménager à Colomiers. Je devais être titulaire à Montauban, avant que la situation sanitaire n’impose de suspendre le championnat.

Cela a dû être un autre coup dur ?

Je revis un petit coup d’arrêt mais je suis conscient de la détresse de beaucoup de gens en ce moment. Quand je regarde les informations, je ne veux pas passer pour une victime parce que je ne peux pas jouer. Ce serait déplacé par rapport à ceux qui souffrent. Je relativise. D’autant plus que je suis un éternel optimiste et que j’espère avoir encore ma chance. Je prends mon mal en patience.

J’aimerais, comme tous les joueurs, que ce soit un mauvais rêve

Jusqu’à quand êtes-vous engagé ?

J’ai signé pour cinq mois, jusqu’à la fin de saison. Aix cherchait aussi des deuxième ligne pour le prochain exercice mais le club m’avait dit qu’il ne pouvait rien me promettre. Je comprends, il voulait d’abord voir ce que ça donnait. Cela faisait un an et demi que je jouais peu, et souvent comme remplaçant.

Les négociations pour une prolongation étaient-elles entamées ?

Non, il n’y avait pas encore eu de réelle discussion. J’espérais qu’on en parle car cela se passait bien mais il y a eu cette interruption des compétitions.

Et donc ?

Je suis en fin de contrat au 30 juin. Je ne sais pas quoi dire de plus. J’attends de voir mais je suis conscient que de nombreux clubs vont connaître des moments difficiles sur le plan financier. Là encore, je veux relativiser. J’ai 33 ans et certains joueurs sont en plein milieu de leur carrière, ce qui risque de les freiner.

Ce n’était pas la bonne année pour connaître cette situation…

Oui, on ne tombe pas sur la bonne année. Pour beaucoup, je me doute que des contrats étaient en train de se négocier et que, finalement, les clubs font machine arrière. Mon agent m’a appelé la veille du confinement et m’a dit : "Ce n’est pas contre toi mais toutes nos discussions avec tous les clubs sont rompues." Que voulez-vous que je réponde ? Ce sont malheureusement les aléas et ce n’est pas à cause de mauvaises prestations que j’en suis là.

Et vous ne pouvez plus vous montrer…

Même sans parler de ça, j’avais repris du plaisir. Lors du dernier match contre Aurillac, et j’espère que ce ne sera pas le dernier de ma carrière, on n’avait pas hésité à produire du jeu, on avait gagné avec bonus, marqué des essais magnifiques. C’est ce qui me plaît à Aix. Il me tardait de le revivre mais bon…

On a l’impression que votre esprit est tourné vers Aix pour l’avenir…

J’espère surtout reprendre. J’aimerais, comme tous les joueurs, que ce soit un mauvais rêve, qu’on se réveille et qu’on se dise : "On a eu nos deux semaines de vacances, allez feu !" La réalité me rattrape et ce ne sera pas le cas. Je n’ai passé qu’un mois et demi là-bas mais j’ai retrouvé le bonheur de jouer au rugby. Donc, bien sûr que si c’est possible… J’attends.

Est-ce dur pour l’organisation familiale ?

Ma famille était restée à Montpellier car je ne savais pas si j’allais continuer à Aix, partir dans un autre club ou arrêter ma carrière. On n’avait donc pas fait tout le chamboulement car c’est plus pratique à l’intersaison. J’en suis toujours au même point.

La fin de carrière, l’avez-vous vraiment dans un coin de la tête ?

Je ne pense qu’à ça ! C’est forcément une chose qui revient dans mes réflexions.

Avez-vous peur de devoir arrêter maintenant ?

Ça m’embêterait car j’ai encore envie de jouer et je sais que j’en ai encore sous le pied, contrairement à ce que certains pensaient à Montpellier. Mais si c’est ce qui doit arriver… C’est la vie. J’ai déjà pensé à plusieurs choses à faire après ma carrière. Ça viendra un jour ou l’autre.

Vous êtes engagé auprès de Provale. Le syndicat a-t-il déjà prévu des initiatives pour vos cas ?

Provale a toujours bien répondu à ces problématiques. Mais, pour l’heure, le syndicat a sûrement d’autres choses à penser avec l’arrêt du championnat ou la sécurité des joueurs en vue d’une éventuelle reprise. On n’en a pas encore parlé et c’est même un peu gênant d’évoquer son cas personnel quand on sait ce qu’il se passe dans le monde.

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