Ces lignes qui bougent

  • Cheslin Kolbe (Toulouse) endosse son premier rôle de buteur  face au Racing 92
    Cheslin Kolbe (Toulouse) endosse son premier rôle de buteur face au Racing 92 Icon Sport / Icon Sport / Icon Sport
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Dans chaque crise, il y a des lignes qui bougent, des pratiques qui se réinventent, des habitudes qui muent. C’est le propre de ces moments qui s’ouvrent, violents, mais qui finissent toujours par faire place à un nouveau monde. Trop tôt pour en parler ? La perspective positive, celle d’un soleil qui se lèvera encore quand le Covid-19 déclinera, semble anachronique évoquée si tôt. Presque grossière.

Pourtant, à l’heure où le monde du Nord vit au rythme du décompte quotidien de ses morts, où la planète Sud se recroqueville en espérant mieux repousser la vague imminente, il paraît important d’envisager l’après. Vital, même. Le propre des dirigeants, les vrais, les bons, est là : respecter le temps présent, ses douleurs et ses tourments, tout en anticipant l’avenir. Si le Coronavirus est un tournant de notre histoire moderne, il y aura aussi une sortie de virage à bien négocier.

Jusqu’ici en rugby, l’inquiétude est donc essentiellement financière. Celle de l’urgence et d’une fin de saison d’abord qualifiée de "vitale" pour l’économie des clubs. Puis, tour à tour, une reprise fut certifiée obligatoire, nécessaire, souhaitée et enfin souhaitable.

Autant de paliers de décompression qui amènent à la dernière tendance, une fois passée l’émotion du début : dans les couloirs des clubs, de la LNR, sur les canaux cryptés des visioconférences quasi quotidiennes que tiennent les présidents, on parle désormais sans mal d’une fin de saison 2019-2020 hypothétique. Pour ne pas dire improbable.

Rien de réjouissant. Tout, pourtant, ne saurait être si noir. En même temps qu’il subit la crise comme un vilain crochet au foie, un genou à terre pour le compte, le rugby voit s’élever des voix qui pointent des opportunités à saisir. Celle de faire revenir ce sport dans un cadre financier plus décent et conforme à sa réalité. La direction à prendre fait l’unanimité, ou presque. Les seules fortunes personnelles de quelques grands argentiers, prompts à éponger les déficits structurels de leurs clubs, pourraient la contredire.

Autre opportunité de travail qui ressort çà et là, quand on évoque le marasme actuel : la refonte du calendrier international. Son uniformisation, surtout. Un serpent de mer vieux comme le professionnalisme et qui trouve, cette fois, un contexte dont se nourrir.

Dans ces colonnes, vous lirez donc que les tournées d’été sont condamnées, ou presque. Que les revers de novembre ont du plomb à gibier dans l’aile. Que les clubs européens réfléchissent à de nouveaux formats pour leurs compétitions élites. Que la Coupe d’Europe se cherche une place, tout court. Que les provinces du Sud chassent des dates pour leur Super Rugby. Que l’Australie cherche des renforts financiers, qui ne viendront visiblement pas des états-Unis.

Puisque l’anémie est généralisée et la page de la prochaine saison quasi blanche, l’occasion d’une harmonisation est unique et ne se représentera pas. Ou pas de sitôt. Une idée, alors, pour la prochaine reprise : Coupes d’Europe d’août à octobre, en format regroupé ; matchs internationaux en novembre ; championnats des clubs (ou provinces) de décembre à juin entrecoupés, en Europe, du Tournoi des 6 Nations ; puis, pour finir, une nouvelle fenêtre internationale d’été.

Tout le monde à la même enseigne, calé sur le même tempo. Cela imposera des réformes de structures, bien sûr. Mais qui auront le mérite de la clarté. Quitte à écrire un nouveau chapitre, autant l’envisager plus harmonieux.

Léo FAURE
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