Rabadan : « Le monde du sport doit porter la transition écologique avec force »

  • Pierre Rabadan aux cotés, notamment, d'Anne Hidalgo, la maire de Paris.
    Pierre Rabadan aux cotés, notamment, d'Anne Hidalgo, la maire de Paris. / Icon Sport
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Candidat aux élections municipales de Paris (XIVe arrond.) l’ancien troisième ligne emblématique du Stade français, Pierre Rabadan, porte les valeurs d’Anne Hidalgo, la Maire de Paris. Et notamment les mesures en faveur de l’écologie, pas toujours les plus populaires, peut-être les plus essentielles à ses yeux.

Anne Hidalgo est connue pour prendre des décisions fortes en matières d’écologie. Avez-vous porté ces décisions au niveau du sport ?

L’écologie, c’est une approche transversale, une façon de réfléchir à tous les thèmes sociétaux par le prisme de comment respirer un air sein et comment vivre dans un environnement compatible avec le futur. Et la pratique sportive n’y échappe pas. Un exemple ? Globalement, la population est beaucoup plus sédentaire, se déplace moins. Les conséquences sur la santé sont importantes. Et le sport aide à être en meilleure santé. Voilà pourquoi l’écologie est l’affaire de tous.

Pouvez-vous nous donner un exemple concret ?

Nous avons mis en place, sur les six dernières années, un très gros plan de rénovation des piscines pour 150 millions d’euros. Ce qui nous a guidé, c’est que ces installations consomment moins d’énergie. Globalement, la construction ou la rénovation d’équipements sportifs doivent prendre en compte les impératifs écologiques.

Le milieu du sport est-il plus enclin à s’engager dans ce combat que représente l’écologie ?

Des sportifs engagés, il y en a. Mais la prise de conscience n’est pas assez forte et ce combat n’est pas suffisamment porté par le monde du sport. Il doit porter cette transition écologique avec force. Personnellement, j’y ai toujours été sensible mais j’ai mis du temps à en prendre pleinement conscience, comme beaucoup. L’accélération du changement climatique, la multiplication des épisodes de pollution, particulièrement à Paris, m’ont frappées. Ce combat devrait être plus visible.

Vous êtes-vous heurté à des barrières dans le sport à l’heure de prendre des mesures écologiques ?

Il y aura toujours des réfractaires. Mais on doit tous changer de comportement pour mieux vivre, notamment dans les grandes villes où l’urbanisation est très forte. De plus en plus de gens vivent dans les villes ou en milieu périurbain, ce qui entraîne une concentration de la pollution. On sait qu’il y a une urgence très forte, à dix ans, pour réduire nos émissions polluantes. Si on parvient à la réguler à moins de 2 °C, on pourra s’y adapter. Le cas échéant, non. On le voit de façon accélérée à Paris, depuis deux ou trois ans, avec les crues ou les épisodes de canicules : ces phénomènes, rares voilà encore dix ans, font désormais parti de notre quotidien. Les conséquences sont bien plus concrètes que ce que certains peuvent imaginer. Et je ne parle même pas de la migration des populations que ce réchauffement climatique va entraîner si on ne fait rien.

Comment agir à une prise de conscience plus large ?

Il faut forcer les gens à modifier leurs habitudes et à sortir de leur zone de confort. J’en suis un exemple. J’ai longtemps circulé en voiture dans Paris. Je l’utilise uniquement lorsque je ne peux pas faire autrement. On doit réduire la place de la voiture. Aujourd’hui, je prends les transports en commun et parfois mon scooter électrique. Évidemment, tout le monde ne peut pas se priver de voiture, mais celle-ci doit être moins polluante. Et puis, si déjà on arrêtait de prendre une voiture par personne… Les Parisiens n’ont pas envie de vivre au milieu d’une autoroute et d’y élever leurs enfants. Savez-vous qu’en moyenne, à Paris, il y a 1,2 personne par voiture. Si on passait, ne serait-ce, qu’à 1,8, les bouchons n’existeraient plus. C’est ce vers quoi tendent toutes les grandes villes du monde. Je lisais dernièrement que la pollution de l’air était un facteur aggravant pour un patient ayant contracté le coronavirus. J’espère qu’après cette crise sans précédent, une prise de conscience encore plus forte aura lieu. Pour moi, la protection de notre environnement est une question de santé publique au même titre que la pratique du sport, finalement.

Comment Paris se prépare à organiser des JO "verts" ?

Veut-on d’une société qui n’organise plus de grands évènements ou, au contraire, d’une société responsable qui organise des événements prescriptifs, qui servent de vitrine et d’accélérateur ? Les JO, c’est l’évènement le plus regardé dans le monde. Servons-nous en pour promouvoir des énergies moins polluantes, des moyens de déplacements plus responsables. Le CIO s’est mis au goût du jour, j’ai pu le vérifier lors des nombreuses réunions que j’ai pu faire avec ses membres. Les JO doivent être un accélérateur de politiques publiques, un accélérateur de changement. Avec un tel événement, on fait des choses en quelques années qui auraient pris plus d’une décennie. Le CIO a compris qu’il était important de miser sur des nouvelles normes et notamment le développement durable.

Est-ce pour cette raison que la maire de Paris s’était lancée dans la course à l’organisation ?

Effectivement, Anne Hidalgo avait accepté d’engager Paris dans la course à l’attribution des JO pour cette raison. Les constructions pour les Jeux seront pérennes et à haute qualité environnementale. C’est fini le temps où on construisait un vélodrome juste pour quinze jours. Paris va tout faire pour réduire son impact environnemental en terme de travaux. Nous allons développer les transports en commun, des bus non polluants. Nous avons compacté les lieux de compétitions et de vie des athlètes pour réduire les déplacements. Et puis, l’axe de Paris 2024, c’est la Seine. Tout un travail a été engagé avec toutes les collectivités territoriales franciliennes pour arriver à dépolluer ce fleuve. Cela nécessite des investissements mais ce sont les JO qui permettront d’y arriver.

De quoi êtes-vous le plus fier ?

Nous avons mis en place une politique de pratique du sport de proximité ou d’accueil de grands événements très responsables (Pierre Rabadan est le conseiller sport d’Anne Hidalgo depuis fin 2015, N.D.L.R.). Cela a participé notamment au redressement de Paris après les attentats de 2015. On a aussi développé une charte des évènements éco-responsables et travailler avec nos clubs sur cette thématique. On veut sortir du plastique à usage unique par exemple. Beaucoup ont pris le pli, tant mieux. Il reste encore tant à faire mais des décisions courageuses ont été prises.

Le rugby vous semble-t-il engagé dans ce combat ?

Il a un rôle important à jouer. Le rugby incarne certaines valeurs d’exemplarité. Ce sport s’est souvent démarqué par le passé des autres sports parce qu’il est porteur d’une certaine philosophie. Les institutions ont aujourd’hui des réflexions sur ce sujet du développement durable. Il serait bien que ça s’accélère et que ça devienne plus visible.

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