Rey, l’Ovale et l’étable

  • Approché plusieurs fois par des clubs professionnels, Jérôme Rey a fini par tenter l’aventure, à Grenoble. Et le pilier gauche effectue cent quarante kilomètres  par jour pour rejoindre les installations du FCG depuis son exploitation agricole. Photos DR et Icon Sport
    Approché plusieurs fois par des clubs professionnels, Jérôme Rey a fini par tenter l’aventure, à Grenoble. Et le pilier gauche effectue cent quarante kilomètres par jour pour rejoindre les installations du FCG depuis son exploitation agricole. Photos DR et Icon Sport
  • Jerome REY of Grenoble and Steeve BLANC MAPPAZ of Grenoble during the Pro D2 match between Grenoble and Perpignan at Stade des Alpes on February 13, 2020 in Grenoble, France. (Photo by Romain Biard/Icon Sport) - Steeve BLANC MAPPAZ - Jerome REY - Stade des Alpes - Grenoble (France)
    Jerome REY of Grenoble and Steeve BLANC MAPPAZ of Grenoble during the Pro D2 match between Grenoble and Perpignan at Stade des Alpes on February 13, 2020 in Grenoble, France. (Photo by Romain Biard/Icon Sport) - Steeve BLANC MAPPAZ - Jerome REY - Stade des Alpes - Grenoble (France) / Icon Sport
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Jérôme Rey a choisi de vivre en parallèle de ses deux passions : le rugby et l’élevage de bovins. Cela vaut des journées bien remplies entre Grenoble et la Tarentaise à celui qui doit être le dernier véritable pluriactif du rugby pro.

A 24 ans, Jérôme Rey a intérêt à avoir la santé : "Je n’ai pas réussi à faire un choix entre mes deux passions ! Alors, depuis 2014 c’est ferme et rugby ! Mêlée et mes vaches." Le ton de la voix est enthousiaste. Il est 20 heures passées ce lundi quand on arrive enfin à joindre le pilier du FCG, pourtant au chômage partiel comme tous ses coéquipiers depuis près de dix jours. Seulement, l’une des révélations du paquet d’avant grenoblois de cette première moitié de saison est aussi éleveur bovin depuis sa sortie du lycée : "Si j’ai commencé le rugby à 8 ans, j’ai toujours été en admiration devant les vaches du voisin de mes parents qui était fermier. Depuis toujours, je concilie les deux. Je n’ai jamais arrêté le rugby même quand j’étais en bac pro au lycée agricole de Lamotte-Servolex. Tenez, l’année où j’ai pris en charge ma ferme, trois mois, après je signais mon premier contrat pro avec le CSBJ."

Pour garder un pied dans l’agriculture, celui qui, depuis son adolescence, avait été remarqué par le pôle espoir de Villefranche-sur-Saône mais aussi plusieurs clubs pros (Lyon, Grenoble), a toujours refusé de quitter l’entrée de la Tarentaise et son village de Saint-Vital. "Aussi loin que je me souvienne, je voulais y élever des vaches." Alors, quand son maître de stage lui propose de reprendre son exploitation, il franchit le pas. Tant pis pour le rugby de haut niveau. "Je continuais à pratiquer, soit à Montmélian, soit à Chambéry. à un bon niveau quand même !" Tellement que les recruteurs grenoblois, à la dernière intersaison, lui propose un contrat de deux ans. Il n’hésite pas longtemps, en discute avec son épouse Marine (infirmière à l’hôpital d’Albertville) et signe son engagement.

Pas question pour autant d’abandonner ses blondes d’Aquitaine ou ses charolaises. Surtout que son savoir-faire commence à se savoir, de la Maurienne au Grésivaudan, et que son exploitation se développe. Outre la vente directe de viande de bœuf, il propose aussi du veau élevé sous la mère. Un bétail qui pâture en alpage en saison estivale. Son cheptel de quatre-vingt-cinq bovins - mais aussi deux cents poules pondeuses - lui permettrait de vivre de sa passion première. Seulement, le ballon ovale prend de plus en plus de place pour cet hyperactif. "Je me suis mis à la musculation que cette année. Je me sens mieux sur un terrain, j’ai envie de voir jusqu’où je peux aller. Alors, je fais tous les efforts pour concilier les deux activités." Il n’est donc pas rare que Jérôme effectue les soixante-dix kilomètres qui séparent Saint-Vital du centre d’entraînement de Grenoble en voiture frigorifique. "Je peux livrer mes clients directement chez eux."

L’aide de la cellule familiale

Ses journées commencent à 6 h 30 pétantes. "Je vais voir les bêtes, savoir s’il n’y a pas eu une naissance ou un souci durant la nuit." Il se rend ensuite à Grenoble pour s’entraîner. "Je dois arriver pour 8 h 30 car le club organise le petit-déjeuner les jours d’entraînement. Là, mes coéquipiers m’interrogent souvent sur mon quotidien d’agriculteur." Séance rugby, musculation et vidéo se succèdent jusqu’à 15 heures. "Je reprends la route pour ma Savoie et dès que j’arrive, je m’occupe de mes animaux." Dans son affaire, il est aidé très souvent par son père Martial, ouvrier de son état, et beaucoup par son épouse lors de ses jours de repos. "Bon là, avec la crise du coronavirus, elle fait des journées de douze heures donc j’essaie de la laisser tranquille mais être éleveur c’est vingt-quatre heures sur vingt-quatre", détaille-t-il. De sa vie actuelle, il n’y voit qu’un défaut : "Cela fait quatre ans que je n’ai pas pris de vacances, que je ne suis pas parti avec Marine et notre petit Mathéo. Je ne vais pas vous dire que cela ne crée pas, de temps en temps, des tensions à la maison mais j’ai la vie que je souhaitais."

Pour lui donc, pas d’inquiétude pour sa reconversion. "J’envisage de prendre un salarié pour m’aider car j’ai de nouveaux projets. J’aimerais arriver à la création d’un magasin pour vendre ma viande et comme je suis compétiteur, voir jusqu’où je peux aller. Le Top 14, avec Grenoble, me fait envie."

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