Un calendrier bouleversé

  • Michael Hooper et David Pocock (Australie) face à l'Angleterre
    Michael Hooper et David Pocock (Australie) face à l'Angleterre Icon Sport / Icon Sport / Icon Sport
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La fédération australienne, en proie à de très gros soucis financiers, s’est lancée dans une politique drastique d’économie. La fédération américaine s’est placée en cessation de paiements en début de semaine. Les matchs estivaux entre les sélections ne devraient pas avoir lieu en raison de la crise du Covid-19 qui touche maintenant l’ensemble de la planète... C’est toute l’économie du rugby mondial qui se retrouve menacée, notamment la politique de soutien de World Rugby.

En une petite phrase, la directrice de la fédération australienne de rugby, Raelene Castle, et son salaire de 240 000 euros annuel (bien qu’amputé de 50 %), a mis le feu aux poudres du rugby international. "Les tests internationaux de l’automne prochain ont de moins en moins de chances de se dérouler. Il est possible que la tournée de fin de saison en Europe soit donc annulée afin que nous puissions reprogrammer la fin du Super Rugby et jouer le Rugby Championship à ces dates, une action que nous pourrions être amenés à faire", affirmait-elle lundi en marge de l’assemblée générale de sa fédération. Une allégation qui prenait de court le président de World Rugby, Bill Beaumont, qui convoquait au plus vite une réunion de crise de son conseil d’administration, pour le mardi 13 heures. La fédération internationale s’apprêtait à annoncer l’annulation ou plus exactement le report de la plupart des rencontres des tournées d’été (notamment les deux tests des Bleus en Argentine) et voilà qu’elle devait faire face à une nouvelle menace : une année 2020 sans tests-matchs internationaux !

Les tournées d’été annulées ou reportées

En effet, la patronne de Rugby Australia (la fédération australienne) a dit tout haut ce que les autres nations du Sud penseraient tout bas. Si les nations d’Europe ne peuvent pas se rendre cet été dans leurs pays pour y disputer des matchs certes amicaux mais lucratifs, pourquoi les nations du Sud devraient-elles faire le voyage inverse et remplir les caisses des pays du Tournoi des 6 Nations en jouant à Twickenham, Murrayfield ou au Stade de France ? Selon Castle, elles préféreraient profiter de cette fenêtre pour y faire disputer le Rugby Championship et une version allégée du Super Rugby, afin d’obtenir des rentrées d’argent au niveau billetterie.

Conscient de cela, World Rugby essayait depuis quelques jours d’établir le principe d’une péréquation sur les recettes à venir en novembre. Mais les retombées escomptées ne satisfont visiblement pas l’Australie qui a indiqué faire face à un déficit structurel de 9,4 millions de dollars australiens pour 2019 et l’estime d’ores et déjà à 20 millions pour 2020. Après les états-Unis qui se sont déclarés en cessation de paiements ce mardi, la perspective de voir une fédération d’une grande nation historique en dépôt de bilan est réelle !

World rugby va emprunter 200 millions de Livres sterling

World Rugby, qui compte sur les rentrées d’argent des Coupes du monde pour vivre, a pour habitude de venir en aides aux fédérations en difficultés. Sauf que là, les sommes annoncés par l’Australie sont considérables. Du côté du comité du Tournoi des 6 Nations, on estime à 135 millions d’euros le manque à gagner si d’aventure il ne devait pas y avoir de rencontres à l’automne en Europe. Impensable, notamment pour la France qui doit recevoir l’Australie et l’Afrique du Sud ; la FFR pourrait alors perdre jusqu’à 20 millions d’€. C’est pourquoi, World Rugby va contracter un emprunt auprès des organismes bancaires de l’ordre de 200 millions de livres sterling afin de financer un "Plan Marshall pour le rugby international", selon les propos de son président Bill Beaumont.

Il a par ailleurs commandé aux fédérations un audit financier pour estimer l’impact des annulations de matchs en juillet et novembre ! Mercredi après-midi, le Board a repoussé l’annonce de l’annulation des matchs estivaux à fin avril. En cas de désaffection des Wallabies et des Springboks, la FFR envisagerait de proposer aux Fidji et au Japon de venir disputer un test, en plus de celui face à la Géorgie qui doit se tenir à Saint-Etienne (voir ci-dessous). Entre autres solutions. Chez les Celtes, on a mis sur la table le principe d’un Tournoi des 6 Nations joué en matchs aller-retour, sachant que les deux derniers week-ends d’octobre sont déjà réservés pour terminer l’édition 2020, avec encore quatre rencontres à disputer.

On le voit bien, le coronavirus aura de très grosses répercussions sur le calendrier du rugby international. L’occasion peut-être de réfléchir à l’harmonisation tant attendue ?

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