Baisse des salaires : la LNR négocie sur un fil

  • Paul Goze, Président de la Ligue nationale de rugby.
    Paul Goze, Président de la Ligue nationale de rugby. Icon Sport
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La LNR sait qu’il faudra jouer d’habileté pour parvenir à un accord sur la baisse des salaires entre toutes les parties (clubs, joueurs, agents, institutions), toutes se positionnant à titre individuel mais également par le biais de leurs syndicats. Drôle de contexte politique, face auquel la Ligue cherche à isoler ses interlocuteurs.

Le dossier de la baisse des salaires, en cours à la LNR aux côtés de nombreux autres, a été le sujet de vives tensions lors de la réunion de mercredi dernier, regroupant les décideurs du monde professionnel. Premier objet : alors que les joueurs sont évidemment concernés au premier plan, Provale, syndicat majoritaire dans la représentation desdits joueurs, n’a pas été convié à la table de la première réunion traitant du sujet, ce vendredi. La LNR souhaite segmenter les discussions, en tout cas les plus stratégiques. Pour justifier cette absence, la Ligue n'avait pas inscrit la baisse des salaires à l’ordre du jour, se contentant de « l’impact sur l’activité des agents sportifs ». Car, ce vendredi c’est aussi la première fois qu’un autre syndicat faisait son apparition à une table de négociations. Il s’agit d’Intervals, représentant les agents de joueurs, également concernés en premier chef par d’éventuelles baisses de salaires.

Qu’est-il donc ressorti ? Rien de concret, cette visioconférence ayant une valeur seulement consultative, pas décisionnaire. Si le sujet de la baisse des salaires est évidemment vite venu sur la table, chacun a surtout échangé sur des propositions pour solliciter d’autres mécanismes économiques des clubs. Pour faire clair : s’il ne fait plus grand doute qu’une participation aux efforts financiers sera demandée aux joueurs du Top 14 et Pro D2, ça ne pourra pas être le seul levier d’économie pour les clubs. Une ligne directrice d’ailleurs clairement posée par le ministère des sports, la veille en réunion face aux différents organismes représentatifs du sport professionnel en France (football, rugby, basketball, handball et voleyball) : « La rémunération des acteurs ne peut et ne doit en aucun cas être l’unique variante d’ajustement budgétaire. » De quoi atténuer les rumeurs les plus folles et qui couraient ce week-end, faisait état de coupes dans les salaires allant jusqu’à 50 % des rémunérations.


Un quasi-consensus et des avancées ce lundi


Cette baisse des salaires et le mécanisme qui lui sera associé seront plus concrètement débattus ce lundi, lors d’une commission paritaire à laquelle participera cette fois Provale…mais pas Intervals ! Encore une fois, une volonté de segmenter les interlocuteurs pour gagner en productivité. Et garder la main, autant que possible, sur un sujet hypersensible et qui monopolise toutes les attentions, à égalité avec les scenarii d’une éventuelle reprise.

Un avantage, toutefois, concernant la baisse des salaires : c’est l’un des rares sujets où il y a une quasi-unanimité du côté des présidents. Au moins sur le fond. Sur la forme, il reste à s’accorder sur l’ampleur de la baisse. Pas simple. « Là encore, les débats sont houleux car chacun défend son intérêt personnel et propose des solutions à ses propres problèmes, qui ne vont pas forcément dans le sens de l’intérêt général » confie l’un de ces présidents. « Certains disent voir dans la crise actuelle une occasion de revenir à une économie raisonnable, certes. Mais ils ne ciblent que les salaires de leurs joueurs. Ils ne prennent pas le problème de l’économie du rugby dans sa globalité. Le péril est là : il ne faudrait pas que certains se servent de la situation actuelle pour rectifier leur folie des grandeurs d’il n’y a pas si longtemps. »

Un tacle directement adressé à Thomas Lombard, sans le nommer. Chaude ambiance. L’ancien ailier international, désormais DG du Stade français, fut parmi les premiers à avoir réclamé ces baisses de salaires. Une position légitimée par la situation de son club, qui a dépensé sans compter ces dernières années pour s’attacher les services de joueurs « stars ». Une situation que Lombard subit aujourd’hui, alors qu’il n’était pas aux manettes à l’époque la plus dépensière de son club. Mais qui situe bien la difficulté des débats qui s’ouvrent : comme pour tous les sujets depuis le début de la crise, il y a autant de clubs que d’intérêts divergents. 

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