Les personnages du rugby français : aux origines du grand Blanco

  • Serge Blanco
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La carrière de Serge Blanco, toujours considéré comme le plus grand arrière de tous les temps, on la connaît tous plus ou moins. Mais qui est-il, dans le privé ? D’où vient-il ? Et in fine, où veut-il aller ?

Il y a des noms qui reviennent cycliquement, lorsque l’on évoque les légendes du rugby français. En vrac, Lucien Mias, Philippe Sella, Jean-Pierre Rives, André Boniface ou, plus près de nous, Thierry Dusautoir et Fabien Pelous. Mais le patronyme qui « règle » souvent tout le monde, comme on dit vulgairement, reste celui de Serge Blanco. L’ancien arrière du XV de France, intouchable de 1980 à 1991, a donc inscrit 38 essais en 93 sélections et, qu’on le veuille ou non, marqué des millions d’imaginaires et révolutionné le poste d’arrière. Laurent Pardo, ancien ailier international et ami de toujours, pose le décor : « Serge voyait le rugby en trois dimensions, comme dans un jeu vidéo. Surtout, il a toujours eu cette forme d’audace qui fit de lui le premier Fidjien du championnat de France. »

 

Des courses et des essais de Serge Blanco, on sait tout ou presque. Sa vie privée, en revanche, demeura longtemps sous scellés. Qui est Serge Blanco, au juste ? « Je suis le fils de Pedro et d’Odette Blanco, née Darrigrand, raconte-t-il en préambule. Leur histoire est singulière. Dans les années 50, ma mère, native de Biarritz, est partie à Caracas, au Venezuela, comme jeune fille au pair avec une famille basque. Son travail consistait, entre autres, à s’occuper des enfants du couple. Elle avait 16 ou 17 ans. Elle a vécu un déracinement. J’imagine que cela n’a pas été facile pour elle, si jeune et loin de ses parents. Partir de l’autre côté de l’Atlantique, tenter l’aventure, c’était dans l’ère du temps. Ma mère avait connu la guerre, elle aspirait à autre chose. » S’il n’a jamais remis les pieds au Venezuela, Serge Blanco a pourtant vu le jour dans ce pays d’Amérique du Sud où il avait prévu d’emmener sa mère Odette, juste avant qu’elle ne perde la vie en 1992. Il poursuit : « Au bout d’un certain temps, la famille basque qui employait ma mère là-bas est rentrée en France mais elle est restée pour la simple et bonne raison qu’elle y avait rencontré mon père, Pablo, commissaire de police à Caracas. […] Ils se sont mariés. Je suis né en 1958. Deux ans plus tard, mon père perdait la vie d’un accident cardiaque ».

 

« Chez nous, il n'y avait pas d'argent » 

 

Pour Odette et son fils Serge, la suite s’écrirait donc au Pays basque, la terre maternelle. « Ma mère est revenue au pays avec un petit bronzé dans les bras, enchaîne celui qui fut président de la Ligue Nationale de Rugby, de 1998 à 2008. A l’époque, on ne se mariait pas avec un homme de couleur différente et je ne sais pas comment cela a été perçu, au juste. Toujours est-il que mes grands-parents nous ont accueillis chez eux, à Biarritz. Là-bas, ma mère fut un temps garde-barrière. Le soir venu, je dormais dans la même chambre qu’elle. On a même partagé la même couche jusqu’à mes 13 ans. Chez nous, il n’y avait pas d’argent, pas de salle de bains non plus. J’allais me doucher, deux fois par semaine, aux douches municipales de Biarritz ».

Très vite, l’enfant unique d’Odette découvre qu’il a en lui un « truc » que n’ont pas les autres, un petit quelque chose qui les fascine, qu’ils admirent ou parfois, jalousent. « A l’école, quand la cloche sonnait, les élèves se précipitaient vers le sautoir, un simple bac à sable. Ils venaient pour me voir sauter, comme au spectacle. C’est là que j’ai vu qu’il était possible de s’élever et de susciter une forme d’admiration chez les autres. Ainsi, je me suis senti respecté. Vous savez, celui qui est premier en maths se fait toujours traiter de con, pas celui qui est premier en sports ». Dans la cité thermale, Serge Blanco ne s’attardera pourtant pas sur les bancs de l’école. « J’ai quitté l’école à 16 ans, dit-il aujourd’hui. Je voulais travailler. J’ai lavé des voitures, j’ai servi dans les bars et suis rentré chez Dassault, comme ouvrier. A l’époque, je retirais une grande fierté de pouvoir ramener de l’argent à la maison ».

 

Serge Blanco (XV de France) pendant le Tournoi des V Nations 1989
Serge Blanco (XV de France) pendant le Tournoi des V Nations 1989 - Icon Sport

 

« Je me moque de vivre jusqu'à 90 balais »

 

La suite, on la connaît et il l’écrivit, sur les terrains du monde entier, sous le maillot du Biarritz olympique ou de l’équipe de France, à force de courses, de passes et d’essais. Et aujourd’hui, alors ? « Il y a eu un tournant dans ma vie, à l’été 2018. On m’a ouvert la poitrine pour y effectuer deux pontages et me réparer le cœur. Là, j’ai pris du recul sur ma vie et me suis rendu compte que je n’avais jamais fait autre chose que du rugby. Merde, il y a pourtant d’autres trucs à faire, non ? Un tour de vélo sur la côte,visiter les châteaux de la Loire, flâner à Venise… Moi, je me moque de vivre jusqu’à 90 balais. Je vis comme j’ai envie de vivre, sans trop de privation. Mais ne vous inquiétez pas trop : je suis là, je résiste ».

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