Mermoz vide son sac : « J'ai été trop gentil, j’ai toujours fermé ma gueule »

  • Maxime Mermoz vide son sac. Et comme souvent, ça décape...
    Maxime Mermoz vide son sac. Et comme souvent, ça décape... Midi Olympique / Patrick Derewiany / Midi Olympique
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À 33 ans, Maxime Mermoz pourrait prochainement tirer un trait sur sa carrière de rugbyman. Attachant, sensible et un brin loufoque, l’ancien centre international revient sur les aléas de son aventure professionnelle. Et comme souvent, ça décape...

Ce n’est pas une folie. Au sommet de sa forme, de 2009 à 2013, Maxime Mermoz fut incontestablement l’un des meilleurs trois-quarts centres européens. Au meilleur de son rugby, Mermoz, c’était une accélération meurtrière, une passe superbe et une vision du jeu qui tranchait farouchement avec la myopie des bourrins ordinaires qui polluaient, ici et là, les milieux de terrain du Top 14. Depuis qu’il a quitté Newcastle à l’été 2018, Maxime Mermoz a pourtant disparu des radars. Dépassé à Toulouse par Pita Akhi ou Sofiane Guitoune, l’international français (33 ans, 35 sélections) a même aujourd’hui sombré dans un bien étrange anonymat. « Après m’être blessé à une épaule, explique-t-il en préambule, j’ai repris la compétition en octobre et joué quelques minutes contre Castres. Mais depuis que les internationaux sont revenus du Mondial, je ne suis plus du tout utilisé. […] Aujourd’hui, je suis en fin de contrat et le coach (Ugo Mola) préfère utiliser les mecs qu’il aura sous la main l’an prochain. Je le comprends. Et vu que je ne suis pas casse-couilles, je continue à venir à l’entraînement en souriant. »

Le statut de remplaçant de luxe, Maxime Mermoz l’a pourtant déjà connu il y a quelques années, dans le Var. « Oui, il y eut une époque où j’ai peu joué à Toulon. C’était ma cinquième saison là-bas. Il n’y avait plus de capitaine au club et ça partait en sucette. La direction faisait la pluie et le beau temps mais ne connaissait rien au rugby. Avant, le garant s’appelait Bernard Laporte. Quand il est parti, c’était le bordel : sur le terrain, j’étais perdu. » Malgré tout, Mermoz assure n’avoir jamais rué dans les brancards, se soumettant aux souhaits de ses coachs successifs pour préserver, in fine, l’intérêt général. « J’ai été trop gentil, poursuit-il. J’ai toujours fermé ma gueule auprès de ma direction car je considérais que les joueurs devaient rester à leur place. En fait, le seul accrochage que j’ai eu avec un staff, c’était avec celui de l’équipe de France (Saint-André, Bru et Lagisquet, N.D.L.R.). »

« Une énorme carotte »

Il marque une pause, reprend : « Je me suis arraché les cheveux, avec eux. Après m’avoir mis à l’écart du groupe France, ils m’ont rappelé à l’hiver 2015. Sur le terrain, ça s’est bien passé. Thierry Dusautoir m’a même dit que j’avais fait un super Tournoi. Derrière ? J’ai pris une énorme carotte : pas de Mondial ! Même pas réserviste ! » Pour rejoindre le Royaume-Uni, le « Goret » et ses adjoints avaient alors choisi Alexandre Dumoulin, Wesley Fofana, Mathieu Bastareaud et Gaël Fickou. « À l’époque, j’ai eu le malheur de dire que leur projet de jeu était nul. J’ai dit tout haut ce que tout le monde pensait tout bas. Après ça, des joueurs qui balançaient à couvert sur le jeu du XV de France me sont tombés dessus pour avoir parlé sans me cacher. Normal ! J’allais à l’encontre des mecs qui les sélectionnaient ! Je critiquais les gens qui les faisaient briller ! Pfff… Certains joueurs me regardaient de haut, me dénigraient. Les mêmes mecs qui me léchaient le cul à l’époque où j’étais bien vu par le staff. » À ce point-là ? « Quand j’y repense… Les préparations de match, c’était n’importe quoi… Les entraînements, c’était zéro… Max Médard avait dit à l’époque qu’il perdait toute confiance en arrivant en équipe de France et il avait raison. À Marcoussis, les mecs nous parlaient comme à des gamins de 8 ans. Au fond de moi, je me disais : « Allez entraîner Bagnères-de-Bigorre et laissez-nous représenter la France ! » Par la suite, leurs résultats m’ont malheureusement donné raison. » Au moment de tirer un trait sur l’ère Saint-André, le joueur assure : « Quand je suis parti, je leur ai dit que je n’étais pas d’accord avec leur rugby, que leur projet, c’était juste pas possible. Ils n’avaient aucun argument contre moi, si ce n’est qu’ils voulaient amener des moutons en Coupe du monde : les joueurs, ils croquaient la sélection, prenaient la prime et serraient les fesses pour que ça se passe bien. »

« Je ne me mettais pas à genoux »

À 33 ans, Maxime Mermoz est donc en fin de contrat à Toulouse et a peut-être disputé contre Castres, à l’automne, le dernier match de rugby de sa carrière. Alors, cette fin de règne est-elle difficile à vivre ? « Pas vraiment. Mon rugby n’a jamais changé. La flamme est juste un peu différente. Je suis parti à Newcastle après le décès de mon papa ; dans la foulée, je me suis séparé de la mère de mon fils dans des conditions difficiles et, au final, tout ceci m’a un peu éloigné de ma passion. À mon arrivée à Toulouse, l’an passé, j’ai vite retrouvé la patate mais ma blessure à l’épaule (janvier 2019) a été mal gérée par des gens en qui j’avais confiance : j’ai perdu trois mois, je suis finalement revenu et dernièrement, l’épidémie de coronavirus a tout suspendu. En clair, il n’y a pas de justice dans le sport et la vie est injuste par nature : Kobe Bryant est mort alors qu’il était un dieu vivant. Moi, à mon humble niveau, j’en ai aussi bavé. Mais mes titres, on ne me les enlèvera pas : ouais, le rugby, je l’ai kiffé… »

Est-ce un adieu, alors ? « Cela fait dix-huit ans que je m’entraîne tous les jours et aujourd’hui, j’ai d’autres aspirations, qu’elles soient intellectuelles ou professionnelles. On m’a d’ailleurs souvent reproché, au rugby, d’être à la marge parce que j’avais d’autres loisirs. Je ne me bourrais pas la gueule le samedi soir, je n’essayais pas d’exister aux yeux du groupe à tout prix. En fait, je considérais juste que filer des conseils à un jeune sur sa passe ou son jeu au pied lui apportait beaucoup plus qu’un bizutage à la con. Et puis, j’ai toujours refusé de renvoyer aux leaders du vestiaire l’image qu’ils voulaient avoir d’eux-mêmes. Je ne me mettais pas à genoux. J’ai par exemple beaucoup de respect pour Guy Novès : c’est un monstre de coach et ce fut un énorme plaisir de rejouer pour lui chez les Bleus. Mais à Toulouse, il aimait passer pour le père spirituel des joueurs : moi, à l’époque, j’avais 17 ans, j’arrivais d’Epinal et un père, j’en avais déjà un ; je n’étais pas là à bader qui que ce soit. »

« Je ne sors pas de La Vérité Si Je Mens »

La suite, Maxime Mermoz l’a anticipée et, au moment de conclure, en explique les contours : « Avec mon associé, nous avons créé un cabinet de conseils. En clair, des clients investissent de l’argent, via notre structure, dans des projets associatif, entrepreneurial ou humanitaire et cet investissement leur rapporte un capital. Cela marche très fort, nos clients (il y a des sportifs professionnels, des hommes politiques, etc.) sont aujourd’hui très nombreux et grâce à eux, nous avons accompli de belles choses : nous sommes en train de financer la rénovation des chambres de l’hôpital de la Timone à Marseille et, grâce à l’investissement d’un rugbyman argentin du Top 14, nous avons récemment offert un lit médicalisé à une petite fille gravement malade. J’ai aussi proposé à Joe Tekori d’investir pour sauver le rugby samoan de la banqueroute ou à Bernard Laporte un projet pouvant assurer, à moyen terme, la gratuité des licences. » 

À cet instant de l’entretien, on le coupe. On lui dit qu’en lisant ces lignes, les gens hurleront à l’escroquerie. Il se marre, arguant que la question, il se l’est posée mille fois avant nous : « La défiscalisation et le mécénat, ce n’est pas nouveau. Je n’ai rien inventé, que je sache. Moi, je ne suis pas un vendeur de rêve. Je ne sors pas de « La Vérité si je mens ». Depuis un an et demi, je bosse juste comme un acharné sur un projet qui permettra des avancées humanitaires et sociétales sans voler personne. » Ainsi parlait Maxime Mermoz…

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