Les personnages du rugby français : Jean-Pierre Rives, casque d'or pour l'éternité

  • Jean-Pierre Rives.
    Jean-Pierre Rives.
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Le troisième ligne à la chevelure blonde fut le porte-étendard du rugby de son époque, par une personnalité hors du commun. Un besogneux génial.

On a aimé Jean-Pierre Rives parce que pour les gens de notre génération, ce fut le premier joueur identifiable, par sa chevelure d'un blond solaire. « Ce fut sa principale qualité » commente Jacques Souquet, ancien reporter de Midi-Olympique. « Ce n'est pas une boutade. Elle lui a permis d'être identifié par les entraîneurs et les sélectionneurs qui se sont rendus compte de son activité. Il suivait le ballon continuellement, que ce soit son équipe ou l'adversaire qui le possède. Et il était d'un grand courage, il mettait sa tête blonde là où d'autres n'auraient pas mis les pieds, ni les mains. »

Jean-Pierre Rives était un troisième-ligne aile qui couvrait du terrain, mais ce n'était pas un artiste, pas un manieur de ballons. « Non c'était un besogneux, mais un besogneux génial » poursuit Jacques Souquet. Derrière son allure de poète souvent dans la lune, il pouvait compter une force physique au dessus de la moyenne, au niveau des bras paraît-il. C'est évidemment le plaquage qui ressort si l'on devait faire ressortir le plus fort de ses atouts : « Le sens de l'anticipation, aussi, l'intelligence situationnelle en somme. » JPR porta 59 fois le maillot du XV de Franc entre 1975 et 1984 avec au compteur deux grands chelems (77 et 81) plus une victoire historique en Nouvelle-Zélande en 1979. Il fut moins chanceux avec ses deux clubs : Toulouse et le Racing (une seule finale perdue en 1980).

On a aussi aimé Jean-Pierre Rives car il appartenait à une France qui n'existe plus : celle qui produisait des sportifs cultivés dotés d'un humour subtil. Il avait un sens de la répartie presque sans égal, seul Fouroux aurait pu rivaliser mais dans un autre registre. « Casque d'Or » s'exprimait d'une voix douce portée par un débit assez caractéristique, qui rarement ne se laissait déborder par l'excitation. Ses références et son vocabulaire le ferait passer aujourd'hui pour un authentique extra-terrestre.

Rives fut le vrai porte étendard du rugby français des années 70-80, un peu le pendant d'un Roger Couderc en bout de piste. On se souvient qu'il lui offrit son maillot taché de sang après un France-Galles 1983, symbole textile de son sens du sacrifice. Cette tunique ensanglantée reste évidemment comme une relique dans l'esprit des gens qui l'ont vu jouer comme cette image de lui, titubant, sans doute victime d'une commotion lors d'un Afrique du Sud France de 1980 : « Sortir ? Mais pour aller ou ? » déclara-t-il à ceux qui se portaient à son secours, l'une de ses plus belles répliques. Il fut aussi l'un des premiers à pouvoir discuter avec les arbitres internationaux en Anglais, atout décisif. Tout cette panoplie lui conférait un charisme qui suscitait spontanément le respect.

On ne l'a jamais imaginé entraîneur. Effectivement, après sa carrière, il se complut dans un rôle de conseiller de l'ombre au sein des Barbarians, pouvoir occulte qu'il exerce un peu en marge de sa vie d'artiste. Puisqu'il se consacre à la sculpture, en laissant inspiration tordre  des tiges de métal.

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