Cigagna : « Je suis parti sans dire au-revoir »

  • Albert Cigagna a été en finale du championnat de France en 1981 avec Bagnères-de-Bigorre contre Béziers (photo du haut) avant de partir au Stade toulousain avec qui il a été cinq fois champion de France. Le club rouge et noir dont il fut le capitaine emblématique (sur la photo du bas, assis au centre de l’image à côté de Guy Novès). Photo archives Midi Olympique
    Albert Cigagna a été en finale du championnat de France en 1981 avec Bagnères-de-Bigorre contre Béziers (photo du haut) avant de partir au Stade toulousain avec qui il a été cinq fois champion de France. Le club rouge et noir dont il fut le capitaine emblématique (sur la photo du bas, assis au centre de l’image à côté de Guy Novès). Photo archives Midi Olympique MIDI-OLYMPIQUE - PHOTO ARCHIVES
  • "Je suis parti  sans dire au-revoir"
    "Je suis parti sans dire au-revoir" MIDI-OLYMPIQUE - Archives Midi Olympique
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Celui qui fut un joueur et un capitaine emblématique du Stade toulousain pendant douze saisons, aura 60 ans en septembre. Lui, quitta ce club sans se retourner, porte un regard peu complaisant sur sa carrière, sur les fameuses valeurs du rugby, sur la classe politique d’aujourd’hui et sur la société dans laquelle il s’investit en qualité de conseil municipal dans son village de Mazères-sur-Salat depuis douze ans.

Dans une interview récente donnée à L’équipe, Christophe Deylaud disait que vous étiez le plus grand stratège qu’il ait connu, que vous pouviez changer à vous seul le jeu de l’équipe. Comment prenez-vous ce compliment ?

Christophe a dit ça pour me faire plaisir. J’en ai discuté avec lui après la parution de l’article. Il me disait qu’à notre époque, et peut-être contrairement à aujourd’hui, les joueurs réfléchissaient au jeu. Je jouais numéro huit, j’étais capitaine du Stade toulousain. J’étais dans cette logique de réflexion et heureusement pas le seul.

Cette souplesse d’esprit, où et comment l’avez-vous acquise ?

D’abord sur le terrain, enfant et adolescent, à Mazères-sur-Salat (Haute-Garonne), et aussi au contact d’entraîneurs de la trempe de Robert Bru, Pierre Villepreux et Jean-Claude Skrela. Ils m’ont formé à ce jeu toulousain dans lequel la stratégie et l’intelligence avaient une place primordiale.

Quelle est votre définition de l’intelligence appliquée au rugby ?

C’est la capacité à savoir réagir au bon moment. Vais-je rentrer dans l’adversaire et faire la passe ou faire la passe d’abord ? Tout est une question d’adaptation. Plus le niveau s’élève, plus la réponse doit être rapide et pertinente. Rien n’était programmé dans notre jeu. À l’entraînement, l’idée dominante était de partir d’une phase précise, ou imprécise, et d’apporter immédiatement la bonne réponse. J’ajoute que ces situations étaient répétées à longueur de saison. Plus elles étaient merdiques au départ, plus la réponse devait être efficace. Ainsi, le dimanche, tout était plus simple.

Cela impliquait de passer beaucoup de temps sur le terrain d’entraînement ?

Oui, en opposition, à construire et déconstruire des phases de jeu. C’est la méthode Deleplace : complexe à interpréter au départ mais si facile à mettre en œuvre au fil du temps.

Christophe Deylaud dit qu’il n’y a plus de joueurs de votre trempe.

Trop de compliments tuent les compliments. (rires) Je vois qu’aujourd’hui que la programmation est la base du jeu et sans vouloir passer pour un vieux con, je dirais que ce n’est pas mon style. Je reconnais qu’en trente ans les défenses se sont énormément organisées. Cet état de choses a de plus en plus d’influence sur l’éducation donnée à l’école de rugby. Je bondis lorsque je vois des enfants de 7-8 ans plaquer des sacs et se rentrer dedans avec des boucliers. À cet âge-là, tout doit passer par le jeu et la passe. On se trompe dans l’approche actuelle du rugby, et cette erreur d’interprétation n’est que le reflet de la société.

Quel rapport entre le rugby et la société ?

La société est devenue plus égoïste. À dix ans, je n’avais, à Mazères-sur-Salat, qu’une activité sportive à ma disposition, le rugby. Nous, enfants, étions fidèles aux entraînements qu’il n’était pas question de louper pour l’anniversaire d’un copain ou autre chose de ce genre. Mon éducateur, André Mirouze, proposait tout un tas d’activités annexes au rugby comme le cross ou l’athlétisme sur piste. L’hiver, on allait au ski. J’ai adoré cette vie au grand air. Aujourd’hui, l’offre sportive faite aux enfants est immense et au bout du compte toutes ces propositions ne les aident pas à devenir plus responsables. C’est ce que je perçois aujourd’hui sur le terrain.

Comment cela ?

Le rugbyman d’aujourd’hui cherche d’abord à appliquer les consignes de l’entraîneur, sans prendre de risques, car prendre des risques c’est ouvrir la boîte aux reproches. C’est comme les stats. Je me fous des stats. Mon discours va paraître dépassé mais lorsque je regarde des matchs à la télévision, j’ai l’impression de perdre mon temps. Toutes ces phases de rentre-dedans, d’attaques-défenses…

Robert Bru, Pierre Villepreux et Jean-Claude Skrela, ces entraîneurs qui refirent les beaux jours du Stade toulousain, ont aussi beaucoup réfléchi au jeu. Aujourd’hui, sans-doute, ils auraient des stats et du data dans leur sac à dos.

Oui, mais sans pour autant chercher à copier les autres. Ils auraient inventé. Copier, c’est déjà être en retard. Le Stade toulousain, relancé par Jean Fabre au début des années 80, un président qui n’intervenait jamais dans la moindre composition d’équipe, faut-il le souligner, était un club d’inventeurs, de chercheurs. Il avait plusieurs temps d’avance.

Jean Fabre n’a jamais mis son grain de sel dans l’équipe ?

Heureusement. Il n’allait pas recruter des joueurs pour se faire plaisir, comme le fait par exemple l’actuel président de Montpellier, pour les mettre après dans les pattes de ses entraîneurs. Le modèle de club qu’il inventa avec Villepreux et Skrela fut un socle. En équipe première, si un jeune joueur était meilleur qu’un titulaire, ce dernier partait sur le banc. Les anciens n’étaient pas des vaches sacrées. Seule la performance comptait, individuelle et collective.

Ce management a-t-il pu vous choquer ?

Non. À partir du moment où ce club, cette équipe, restaient dans une logique de performance, je l’acceptais. Il faut être dur avec les autres comme avec soi-même. C’est con à dire, cela fait peut-être ancien combattant, mais pour arriver à se faire plaisir, il faut faire des sacrifices, rester dans l’effort, garder ce goût du dépassement.

Pour revenir au Stade toulousain, les titres ne sont pas venus comme ça, par un coup de baguette magique.

Non, pendant deux ans, en 1983 et 1984, nous avons perdu des matchs. L’équipe et le staff ont douté. Puis, tout en conservant bien en tête l’idée d’être un jour champions de France, les pièces du puzzle se sont assemblées. Le titre de 1985, le premier d’une longue série, c’est l’addition du travail, de l’efficacité et du plaisir.

Pierre Villepreux disait qu’il vous avait rarement vu commettre des fautes de goût et que vous étiez un capitaine plutôt discret.

J’étais une sorte de catalyseur. Je m’imposais par l’exemple. Sans jamais rabâcher des trucs inutiles. Je n’ai jamais fait de remontage de pendule. Quand j’étais joueur, ce genre de truc me saoulait. Les gars se prenaient en charge. Les discours ne servent à rien. L’important est de bien s’entraîner.

En 1985, pour devenir champion de France le Stade toulousain bat Béziers, champion l’année précédente, en début de phase éliminatoire. Ce jour-là, l’histoire du rugby français a pris un cours nouveau.

Sans méchanceté, je dirais que cette saison-là, Toulouse a donné des rides aux Biterrois. Béziers, Narbonne, les équipes à gros pack, évoluaient dans une forme de verticalité. Le Stade toulousain avait mûri un rugby plus horizontal où les avants gagnaient des ballons et se déplaçaient. Où Philippe Rougé-Thomas pouvait réaliser des points d’ancrage dont profitaient ensuite nos finisseurs, Denis Charvet ou d’Erik Bonneval. Je schématise un peu, mais une fois lancé, notre jeu mettait à mal ceux qui avaient des difficultés à se déplacer. Nos joueurs n’étaient pas dans le standard du moment, en revanche, c’était tous des gagneurs.

Comment était votre vie à ce moment-là ?

J’avais un travail, professeur de sport, une famille et le rugby. Pas encore passé pro, il apportait un plus à ma vie. C’était une source sans égale de plaisir. Un vrai bonus.

Et l’argent ?

Je n’ai été professionnel qu’à Castres, en 1995. Avant, je touchais mensuellement un peu moins que ce que je gagnais dans l’Education nationale. Il y avait aussi une prime annuelle non négligeable à la performance. Les internationaux gagnaient un peu plus que les autres. Avec cet argent, j’ai pu acheter un terrain à Castanet. J’y ai fait construire une maison que j’ai vendue il y a six ans. Avec cet argent, je me suis installé confortablement à Mazères-sur-Salat. Je n’ai pas gâché, je perçois encore les dividendes de ces années-là.

"La première et la plus grande découverte quand je suis arrivé au Stade toulousain ? Le jeu est plus fort que les hommes"

Comment êtes-vous arrivé au Stade en 1983 ?

Sur la pointe des pieds après avoir passé quatre ans à Bagnères-de-Bigorre avec qui j’ai perdu une finale contre Béziers en 1981. Christian Massat, le vice-président, ne voulait vexer personne, il m’a demandé de me mettre en retrait. J’ai joué en B, ce qui ne m’était jamais arrivé. Après trois mois d’armée et un rapprochement professionnel dans un établissement scolaire toulousain, tout est allé mieux.

Qui connaissiez-vous dans ce club ?

D’abord Robert Bru, mon professeur de rugby au Creps et entraîneur à ce moment-là. Ce fut une rencontre décisive. J’arrivais de ma campagne où j’avais toujours été surclassé. Je ne me posais aucune question sur ma façon de jouer au rugby. Mais, à la fac, Bru m’a demandé de réfléchir à ce que je faisais sur le terrain. Je n’avais pas une idée globale du jeu. Je me suis mis à cogiter, à m’inspirer de cette approche, facilité par le sens de la pédagogie de Robert Bru. C’était une machine à parler, à te faire aimer ce que tu faisais. J’ai tout gobé. C’est peu de le dire, mais Bru et Villepreux sont des personnes capables de rendre les joueurs intelligents.

Au Stade toulousain qu’elle fut votre première découverte ?

La première et la plus grande, que le jeu est plus fort que les hommes.

Pierre Villepreux dit que vous êtes un affectif. Alors, comment avez-vous vécu le remplacement à la mêlée de Michel Lopez, votre copain, par Jérôme Cazalbou ?

Ce ne fut pas facile mais je l’ai accepté. Je savais que Jérôme était le meilleur à ce moment-là. Que son arrivée allait bonifier l’équipe. Ce fut la même chose avec David Berty, Hugues Miorin, Philippe Carbonneau, Thomas Castaignède et tant d’autres. J’ai vu Jean-Michel Rancoule et Guy Novès passer du terrain au banc et du banc aux tribunes.

Une fois intronisé capitaine, en 1988, vous avez eu aussi votre mot à dire dans la composition de l’équipe.

Je n’aimais pas ça. Les joueurs savaient qu’on me demandait mon avis et ça me gênait. Je ne cherchais pas à prendre le pouvoir sur l’équipe, ça ne m’intéressait pas.

Quelle fut votre position quand Pierre Berbizier se proposa un jour au Stade toulousain ?

Aucune position. Contrairement à beaucoup d’autres, on ne m’a pas demandé mon avis. Je n’aurais pas été contre sa venue. Je n’étais pas capitaine pour verrouiller quoi que ce soit. Quand Rob Andrew a signé chez nous, j’ai fait en sorte de l’intégrer alors que son arrivée n’était pas du tout dans la philosophie du club. Andrew : un Anglais, un international anglais. Un grand changement. Pour Berbizier, le veto a été mis à au plus haut niveau. Au Stade, il fallait que ce soit plat. C’était l’équipe d’abord. Pas question d’avoir des joueurs à trop forte personnalité. Quand je dis plat, je ne dis pas platitude. Je n’en veux pour preuve que les entraînements en opposition que nous infligeaient les entraîneurs. J’ai le souvenir de séances de rentre-dedans des plus vigoureuses, de têtes ouvertes, aussi.

Qui vous a mis dehors du Stade ?

Moi. Personne d’autre. Je suis parti en juin 1995 après deux saisons difficiles, marquées par des problèmes d’argent après le départ de Jean Fabre. La situation était tendue. Guy Novès et Serge Lairle étaient co-entraîneurs.

Avec eux, c’était bien ?

Non.

Ils ne voulaient plus de vous.

Pas du tout, ils souhaitaient me conserver, histoire de faire la transition avec Sylvain Dispagne. Je suis parti de Toulouse de moi-même, sans dire au-revoir. J’avais fait le tour de la question. Je n’ai pas eu envie d’y mettre les formes. J’ai assumé.

En quels termes êtes-vous avec Guy Novès ?

À son propos, je préfère ne rien dire. Cela vaut mieux que la langue de bois.

Et cette aventure à Castres ?

Ce fut l’année de trop. J’avais rejoint le CO pour y retrouver Chrisitan Déléris, responsable de l’entraînement. C’était mon pote, je voulais vivre un truc avec lui. Je me suis rendu compte que cette équipe avait un style mais ne voulait pas en changer. Dépéris a tenté de faire bouger les lignes, sans résultat. Bref, une saison merdique.

Hors Toulouse Albert Cigagna ne pouvait donc pas réussir...

C’est vrai. Dans un système de jeu qui n’optimisait pas mes compétences, je devenais un joueur comme les autres. Dans un registre qui allait de touches à mêlées et de mêlées à touches, je n’avais rien à apporter.

Peu de gens s’en souviennent, mais vous avez été entraîneur au Stade toulousain.

Oh, juste un peu, en 1992-93, avec Christian Gajan. C’était la panique sur le terrain, j’ai remis le maillot et j’ai joué trois saisons de plus. Ce fut ma seule expérience d’entraîneur au haut niveau. Visiblement ce n’était pas mon truc. Je n’aime ni couper ni trancher. J’aurais préféré un poste de manager.

Et si vous aviez fait cinq centimètres de plus ?

J’aurais mesuré 1,90 m. (rires)

Vous auriez peut-être été international une trentaine de fois ?

Laurent Rodriguez et Marc Cécillon, titulaires en équipe de France, étaient de bons numéros huit, des monstres physiquement.

Êtes-vous frustré de n’avoir qu’une sélection en équipe de France ?

Non, j’ai gagné cinq titres, j’ai vu du pays, j’ai même approché Mandela lors de la Coupe du monde de 1995.

Racontez-nous l’épisode de votre seule sélection avec les Bleus qui débuta un certain dimanche 4 juin 1995.

La veille, j’ai participé à un match amical à Vic-Fezensac avec le Stade. Je suis rentré très tôt. De bon matin, le téléphone sonne. Au bout du fil, Guy Laporte, manager des Bleus, me demande de préparer mes affaires pour partir en Afrique du Sud y rejoindre l’équipe de France. Je crois à une blague. Mais non, c’est sérieux. Il faut rallier Paris au plus vite car l’avion pour Johannesburg décolle le lendemain. Je bricolais, j’étais loin de tout ça. Je suis parti sans me poser de question. J’avais laissé tomber l’entraînement. Je suis arrivé en même temps que Fabien Galthié, nous avons fait chambre commune. J’ai vu Pierre Berbizier, il ne m’a pas dit grand-chose. Arrivé après le dernier match de poule, contre l’écosse, je me suis remis au plus vite en forme. J’ai été remplaçant en quart, en demi-finale, puis titulaire pour la petite finale.

Berbizier, que vous aviez connu au Creps de Toulouse vous a-t-il fait ce cadeau que Jacques Fouroux refusa de vous faire ?

Pierre, ne m’a rien expliqué. Vingt-cinq ans plus tard, je ne sais toujours pas pourquoi il a fait appel à moi. Cela dit, je ne lui ai jamais posé la question.

" Je ne crois pas aux valeurs du rugby. Il n’y en a ni plus ni moins que dans la société. Qu’en basket ou en athlétisme. Quand on a besoin de toi, on t’appelle. Quand c’est terminé, on te renvoie."

Quel avis portez-vous sur la mise à pied de Guy Novès en équipe de France ?

C’était gros comme le nez au milieu de la figure. Tout était écrit depuis l’arrivée de Bernard Laporte à la tête de la FFR. Dans le rugby, on n’est pas là pour se faire de cadeau. Ce milieu est dur.

On se fait quand même des copains pour la vie ?

Je ne crois pas, d’ailleurs je ne crois pas aux valeurs du rugby. Il n’y en a ni plus ni moins que dans la société. Qu’en basket ou en athlétisme. Quand on a besoin de toi, on t’appelle. Quand c’est terminé, on te renvoie.

Mais toutes ces choses qu’on apprend à l’école de rugby…

Gosse, le maillot te transporte. C’est une valeur. Mais comme en amour, quand c’est fini, c’est fini.

Lorsqu’il faut affronter un Toulon mort de faim en finale comme ce fut le cas en 1989, il est quand même question de valeurs ?

Sur le terrain, je suis d’accord, sans valeurs tu n’existes pas.

Le fait que la nouvelle équipe stadiste ne vous ait pas appelé est-il pour quelque chose dans ce que vous dites ?

Non. Je n’ai aucune rancune. Les vieux, on ne peut les garder éternellement. Je vous assure qu’après vingt ans de rugby au plus haut niveau, je n’ai pas plus d’amis à l’intérieur du rugby qu’à l’extérieur.

Quel est le dernier "Stadiste" à vous avoir appelé ?

Christophe Deylaud.

Et des gens qui ne vous appellent plus ?

Il y a en plein.

Comme…

…comme Karl Janik.

Le regrettez-vous ?

Non. Je revois des joueurs, pas seulement ceux avec qui j’ai gagné des titres, des gars de la B, de l’équipe 3. J’ai des connaissances dans ce milieu et peu d’amis.

Qui sont ?

Christophe Deylaud, Jérôme Cazalbou, Hugues Miorin, Patrick Soula. Et quelques autres.

Le Stade toulousain de Didier Lacroix vous a-t-il proposé quelque chose ?

Rien.

Le regrettez-vous ?

Non. J’ai de bonnes relations avec la nouvelle équipe. Je sais que ces dirigeants, entraîneurs et éducateurs aiment ce club. La plupart ont porté le maillot. La porte du Stade toulousain fut un peu fermée à une certaine époque. Le club était en train de se scléroser. Didier Lacroix a amené autre chose. Et tout le monde s’y retrouve, à commencer par les joueurs et les supporters.

Comment jugez-vous l’équipe actuelle qui a apporté un 20e titre au club en juin dernier ?

Positivement. Le club a recruté des joueurs aptes à faire évoluer son jeu, cela me rappelle ce j’ai vécu à mon arrivée dans ce club il y a plus de trente-cinq ans.

Pourquoi être revenu à Mazères-du-Salat ?

Je m’en étais déjà rapproché en entraînant Gauthier, mon fils, quand il jouait en cadet. J’habite à nouveau Mazères depuis six ans. Je suis maintenant quatre fois grand-père. J’ai voulu créer dans ce village une maison familiale avec un grand jardin afin d’y accueillir mes quatre petits-enfants. Je continue de travailler à Toulouse et je vais m’engager dans le conseil municipal de Mazères pour un troisième mandat consécutif. Il n’y a qu’une liste, donc notre équipe de quinze candidats est passée au premier tour.

Quel rôle y tiendrez-vous ?

Celui d’un simple soldat en charge des associations. Ça me va très bien. Je suis bénévole et je n’ai à faire qu’à des bénévoles, des passionnés investis dans le cadre d’une trentaine d’associations de sport et de culture. Je vis à fond la crise du bénévolat liée à l’évolution de la société. L’idée qui domine aujourd’hui c’est qu’il faut se faire plaisir individuellement en laissant les emmerdements aux autres. Faire fonctionner autant de clubs associatifs est sans doute plus facile à la campagne mais quand même. Sans ces femmes et ces hommes qui donnent toute l’année de leur temps, je n’ose imaginer dans quel état serait notre village. Ici, des personnes comme André Mirouze, mon professeur de sport et entraîneur, m’ont donné les moyens de réussir. J’essaie d’en faire autant, sans jamais me prendre pour le bon Dieu.

Êtes-vous toujours socialiste ?

Oui, mais aujourd’hui l’idéologie est mise à mal. Pas dans ce petit village où l’entraide a quelque chose de concret. Au niveau national la politique voisine très souvent avec la rubrique des faits divers. Notre classe politique est plus que médiocre, les citoyens ne s’y retrouvent pas plus. Nos gouvernants se comportent le plus souvent comme des DRH. Notre maire, Jean-Claude Dougnac, communiste dans l’âme, est d’accord pour aider les gens en difficulté dans le cadre du comité d’action sociale, sans pour autant tomber dans l’assistanat. Il veut qu’il y ait toujours une contrepartie. J’adhère à cette idée. Chacun se tendra la main sans se soucier des idées politiques des uns et des autres. Je suis un élu de terrain, j’aime ça car je suis confronté au réel.

Et le communautarisme, les problèmes liés à la religion ?

Notre village n’est pas atteint. Pas encore. En revanche, comme dans beaucoup d’endroits, notre médecin, âgé de 70 ans, ne trouve pas de successeur.

Quels sont les petits et grands bonheurs d’un élu de base ?

La construction d’une station d’épuration par exemple. Cela faisait quinze ans que la précédente, vétuste, empêchait le village de se développer. En un an, je dirais presque par magie, la nouvelle station a été réalisée. Il y a aussi cette piste cyclable installée sur l’ancienne voie ferrée. Un jour, elle reliera Salies-du-Salat à Saint-Girons. L’ancienne usine Lacroix où travaillèrent mon père et ma mère, fermée après un conflit social de plusieurs mois, est devenue un lieu artistique et artisanal. Bientôt une épicerie citoyenne verra le jour. Brigitte, mon épouse, et moi y assurerons quatre heures de permanence par mois, comme cent-vingt autres personnes. Ce village de 700 habitants a toujours un magasin de journaux, une pharmacie, un hôtel-restaurant. Ici, tout le monde se bat pour garder Mazères en vie.

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