Faut-il reporter les élections à la FFR ? Les deux camps s'opposent

  • Jean-Marc Lhermet.
    Jean-Marc Lhermet. / Jean Paul Thomas / Icon Sport
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Jean-Marc Lhermet, le Clermontois, l’affirme : le report des élections n’est pas un souhait, mais un simple respect du processus démocratique prévu par le code électoral de la FFR.

Souhaitez-vous le report l’élection à la présidence de la FFR, initialement prévue le 3 octobre 2020 ?

Jean-Marc Lhermet. Oui. D’ailleurs, le 3 octobre, cela nous semblait déjà être une date assez précoce. Bernard Laporte avait choisi de positionner cette élection le plus tôt qu’il pouvait, dans la limite de ce qu’autorisent les statuts. Nous n’étions pas très en phase avec cette date, parce qu’elle plaçait les élections avant la tenue de l’AG financière. Or, l’examen des comptes du dernier exercice nous paraît être un paramètre important de lecture d’une politique fédérale, surtout en temps d’élection. Mais puisque le calendrier avait été acté ainsi, nous nous étions adaptés et organisés pour être prêts à cette date-là. Désormais, nous militons pour le report de cette date, compte tenu du contexte particulier de crise liée au Covid-19.

Henri Mondino. Très sincèrement, je ne vois pas pourquoi la Fédération devrait modifier son plan de marche. Les dates des élections ont été fixées en comité directeur à savoir le 3 octobre pour la présidence de la FFR, le 7 novembre pour les Ligues régionales et un mois après pour les comités départementaux. Ceci a certes été décidé avant la crise du Covid-19, mais aujourd’hui nous avons d’autres priorités que de modifier le calendrier électoral. De toutes les façons, on se soumettra à notre autorité de tutelle, le ministère des Sports. Nous sommes à ses ordres.

Pourquoi choisir cette position ?

J-M.L. La raison est simple et uniquement démocratique. Je m’explique : le Code électoral de la FFR autorise une campagne de neuf mois. Celle-ci débutait donc le 3 janvier. Durant ces neuf mois qui nous amenaient jusqu’au 3 octobre, nous avions mis en place un calendrier précis et dense, qui nous permettait d’être sur le terrain trois soirs par semaine, à la rencontre de la grande majorité des résidents de club. Si ce n’est pas la totalité. C’est une nécessité pour nous : nous sommes l’opposition, les outsiders et nous devons entreprendre ce tour de France des clubs pour faire connaître nos idées, présenter et expliquer notre programme. Écouter aussi les retours de la base, toutes les remarques qui pourraient enrichir notre programme. Voilà le contenu de notre action. Or, depuis plusieurs semaines, nous avons fort logiquement suspendu notre campagne. Notre demande est donc simple : décaler les élections d’autant de temps que durera le confinement. Pour que les neuf mois de campagne prévus soient effectivement octroyés et que nous ayons le temps d’aller dans tous les territoires, à la rencontre de tous les clubs. Sinon, dans l’exemple d’une interdiction de circuler qui durerait trois mois, il nous manquerait un tiers des clubs. Démocratiquement, ça ne tient pas. Ce serait injuste.

H. M. Les élections en ce moment, c’est un épiphénomène. Notre combat, ce n’est pas les élections mais la gestion du rugby et sa relance après une crise sans précédent. Nous allons devoir très certainement mener un congrès et une assemblée générale en digital. Nous devons tourner la page de la saison 2019-2020 et nous tourner vers la suivante.

Le ministère des Sports, dans une réunion dirigée jeudi, préconise même un délai de 6 mois pour des élections au printemps 2021. Un bon compromis, donc ?

J-M.L. La préconisation est aussi donnée par le CNOSF pour une tenue des élections lors du premier semestre 2021. Si c’est au printemps, c’est très bien mais, en fait, nous n’en demandons même pas tant. Notre minimum absolu, c’est de décaler d’une période égale à celle du confinement. J’y reviens, nous ne faisons simplement que réclamer le respect du processus démocratique prévu par la FFR, lequel intègre neuf mois de campagne. On ne devrait même pas avoir à en débattre. Si, comme Bernard Laporte le dit partout, la démocratie est revenue à la FFR en même temps que son arrivée à la présidence, qu’il le prouve ! Qu’il décale ces élections, justement pour des raisons démocratiques. Le minimum absolu, c’est la durée du confinement.

H.M. Oui, cela peut être bénéfique pour certaines Fédérations. Mais à la FFR, nous sommes en ordre de marche. Avec la Ligue Sud, nous devions accueillir l’ensemble du rugby français à Marseille pour ce qui devait être une grande fête, nous avions même l’autorisation de pouvoir utiliser la pelouse du stade Vélodrome pour y organiser des parties de rugby loisir. Tout ça pour dire, que le plan de réformes voulu par Bernard Laporte suit son cours, nous ne sommes pas en retard sur notre tableau de marche et ce malgré le Coronavirus. Alors, nous n’avons pas besoin de temps supplémentaire. Croyez-moi, nous sommes plus préoccupés à travailler sur le budget prévisionnel de la prochaine saison que par les élections.

Le match sur le terrain, campagne contre campagne, ne semblait pas avoir encore vraiment débuté…

J-M.L. Aujourd’hui, si je me tiens aux seules déclarations, nous n’avons pas de candidat en face de nous. Officiellement, Bernard Laporte ne s’est pas porté candidat à sa succession et aucune autre liste ne s’est déclarée. Mais là aussi, il y a un vrai problème. En réalité, Laporte et son équipe font campagne. Ils tiennent des réunions dans leurs comités amis où ils rassemblent 30 ou 40 clubs, officiellement pour échanger sur le travail mené à la FFR. En réalité, c’est une travail de campagne électorale et aux frais de la FFR. Aujourd’hui Bernard Laporte fait supporter les coûts de sa campagne personnelle à la FFR. Autre chose : le dernier numéro de Rugby mag, un magazine financé par les clubs qui sont prélevés financièrement pour sa réalisation, c’est la pravda. Tout un magazine à la gloire de Bernard Laporte. Problème : dans le Code électoral de la FFR, il est clairement stipulé que, pendant la période de campagne, le Magazine fédéral doit rester "neutre et informatif". C’est écrit noir sur blanc. Des exemples comme ça, il y en a beaucoup. Aujourd’hui, pour gérer la crise, la FFR ne convoque plus de comité directeur. À sa place, elle a monté une cellule de crise qui prend toutes les décisions. Et quand certains réclament des informations, on leur répond : "Ce sujet sera évoqué au prochain comité directeur." Lequel n’est pas prêt d’arriver !

H. M. Je ne suis pas d’accord. L’opposition s’était mise en ordre de bataille depuis le congrès de Nantes l’an passé. Florian Grill s’est présenté comme futur candidat. Il avait pris d’ailleurs une posture d’opposant en comité directeur, avec de la justesse, parfois des arguments pertinents. Cela fait près d’un an, qu’il mène campagne. Et selon moi, elle n’est pas interrompue. Il a les médias, internet pour pouvoir exprimer ses idées. Il est peut-être dérangé par le fait que Bernard Laporte n’a pas encore lancé la sienne, ne s’est pas porté candidat, mais en ce moment celui-ci se doit surtout d’être à la barre de la FFR. Il a été le premier président de fédération à lancer un plan de relance vis-à-vis de ses clubs et ses licenciés. Quand je vois que nos homologues du tennis ont fait de même au centime près, je me dis que la FFR est dans la bonne direction.

Les 35 millions d’aide alloués par la FFR aux clubs amateurs sont-ils une mesure de campagne électorale ?

J-M.L. (il marque une pause) Il est très tôt pour aller sur ce terrain polémique. Il y a aujourd’hui, en France, des choses beaucoup plus importantes, des gens qui meurent sous respirateurs dans tous nos hôpitaux. Il faut respecter cela et donner priorité aux enjeux sanitaires qui préoccupent notre pays. Le temps des explications viendra, plus tard. Et comptez sur nous, on saura alors argumenter sur ces mesures électoralistes, clientélistes. Et il y aura de quoi dire, sur ce qui est un enfumage. Rendez-vous compte qu’ils annoncent vouloir sauver les clubs en débloquant 35 millions d’euros alors que, justement, cet argent appartient aux clubs… Croyez-moi, nous aurons le temps d’y revenir.

H. M. C’est une décision du bureau fédéral qui sera corroborée par deux comités directeurs qui se tiendront en mai et en juin. C’est un plan d’action, pas une mesure électoraliste. Il y avait et il y a toujours urgence. Tous les clubs, quel que soit leur niveau, sont impactés par cette crise. Il fallait décharger la trésorerie des petits clubs très rapidement. Moi je n’y vois que du bon sens.

L’annonce des réformes des championnats fédéraux face à l’urgence peut-elle peser sur l’élection ?

J-M.L. Je reviens à ce que je disais plus tôt : il est difficile, dans le contexte sanitaire actuel, de s’aventurer sur ce terrain polémique. Là encore, nous aurons de quoi dire quand le moment sera venu. Pour l’instant, on prend bonne note des dernières mesures, d’une distribution de bonnes nouvelles à tout le monde, de montées offertes à tout va. Mais cela se fait sans vision pour l’avenir. On distribue du bonheur à court terme, de manière inconséquente et sans penser aux impacts qu’aura à moyen terme une telle pratique.

H. M. Et pour quelles raisons ? Les clubs seraient mécontents ? Je crois plutôt l’inverse. Tous ont été contactés et nous avons pris en compte leurs doléances. À la marge, vous allez trouver deux ou trois clubs mécontents. Ils en ont parfaitement le droit et doivent l’exprimer. Mais la refonte des championnats de Fédérale a été fait en concertation avec les clubs, sur une année et une situation exceptionnelle. Je ne vais parler que de ma Ligue, mais je n’ai eu aucun retour défavorable en Paca ! Dire qu’il y a un fort ressentiment contre cette réforme, c’est faire de la désinformation.

En cette période de confinement, comment maintenez-vous le contact avec les clubs, qui sont également vos électeurs ?

J-M.L. J’ai dit qu’on avait mis la campagne entre parenthèses, on l’a vraiment fait. D’abord, il devenait difficile de la poursuivre, sur un volet pratique. Ensuite, on se dit qu’en ce moment, les présidents de club ont autre chose à penser. Ils ont leur club gérer, une famille, peut-être une entreprise. Un temps, on avait réfléchi à procéder par visio-conférence mais nous avons abandonné l’idée. On profite de cette période pour travailler sur notre programme et continuer de l’enrichir. Cette semaine, par exemple (entretien réalisé vendredi), on a travaillé sur le volet médical et le rugby féminin. Ensuite, on se contente de maintenir le contact nos relais locaux, sur le terrain. On prend des nouvelles, on préserve le lien.

H. M. La FFR essaye de communiquer avec eux au quotidien, par mail ou par téléphone. Et on maintient le contact chaque semaine. Et l’exemple nous est donné d’en haut avec Bernard Laporte qui répond ou rappelle chaque président de club qui l’appelle. Lui-même les a consultés pour ceux qui allaient être concernés par des montées ou des descentes.

"Les élections

sont un

épiphénomène"

Henri Mondino - Vice-président de la FFR, président de la Ligue Paca

L’un des bras droit de Bernard Laporte explicite pourquoi, selon lui, les élections n’ont pas à être reportées et que la fédération s’en tient aux directives venues du ministère.

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