La chasse à la taupe s'organise à la ligue, deux clubs quittent les réunions

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Publié le , mis à jour

Alors que la menace se précise, immense, sur les structures professionnelles du rugby français, les présidents de club sont contraints à l’attente par les scenarii du déconfinement qui tardent à se faire savoir. En attendant, ils s’écharpent. Beaucoup plus sur la forme que sur le fond.

Les jours passent, les semaines avec et on y voit difficilement plus clair. Les formats d’une éventuelle reprise ? Les présidents en parlent, s’avancent chacun avec une solution qui lui est propre, souvent prompte à privilégier l’intérêt de son club bien plus que celui du Top 14. La baisse des salaires ? Une première réunion il y a dix jours, une autre lundi dernier sur fond de tensions syndicales. Pour un résultat peu productif.

À ce stade, on discute pour décider des modalités de discussion. Encore loin du cœur du sujet, celui autour duquel les débats vont réellement se tendre : quelle sera l’ampleur de l’effort demandé aux joueurs ? Cet effort aura lieu, c’est désormais une certitude. Reste à en connaître le pourcentage et les mécanismes, égalitaires ou progressifs en fonction de la rémunération initiale du joueur.

L’épineux problème des salaires

À ce sujet, là encore, chacun a son idée. D’un côté, la DNACG émet une préconisation unique et à titre indicatif : 25 % de réduction des masses salariales pour 2020-2021, pour préserver une activité économique en grand danger dans une majorité des clubs (lire en page 6). Ensuite, un premier groupe de présidents de club évoque une mesure progressive qui protégerait les plus bas salaires et impacterait plus fortement les hauts salaires, selon sur une logique croissante et par pallier. Une démarche solidaire, donc, dans un monde du rugby pourtant plus souvent à son avantage sur le terrain de la dérégulation financière. La crise réserve ses surprises, y compris chez quelques capitaines d’industrie ayant fait leurs armes sur le terrain du grand capital… Un autre groupe de présidents voit les choses plus simplement, en proposant un pourcentage unique de baisse des salaires et applicable à tous les joueurs.

Au-delà du mécanisme financier, il faudra trouver les leviers juridiques pour les faire appliquer. Aux réunions du groupe 2 de la LNR, qui planche sur ces questions, des juristes de la LNR sont présents. "On sait qu’ils réfléchissent à un système applicable à tous, mécaniquement" confie un entraîneur. "Dans les faits, je ne vois pas comment on pourra y parvenir. Il y a des contrats en cours et un droit du travail à respecter. À moins que la consigne vienne d’au-dessus, de l’État qui imposerait une baisse des salaires à tout le monde, il faudra en passer par des négociations au cas par cas, joueur après joueur. Je ne vois pas comment on pourrait y échapper." Et la question ne s’annonce pas simple. Si Robins Tchale-Watchou, président de Provale (principal syndicat représentatif des joueurs) affirmait dans nos colonnes, il y a dix jours, que "les joueurs participeront à l’effort nécessaire et ne se défileront pas, conscients de la situation d’exception", certains comportements individuels interpellent déjà.

Dans plusieurs clubs du Top 14, on sait déjà que quelques joueurs assis sur de gros salaires n’ont pas souhaité participer à une caisse interne de solidarité, notamment envers le personnel administratif qui se voit amputé de 16 % de son salaire. Idem, avec les récentes cagnottes en ligne, que tous les clubs ont ouvertes mais où la participation effective des joueurs ne s’est pas toujours vérifiée. En ouvrant le sujet nécessaire du portefeuille, les présidents de club pourraient trouver du fil à retordre.

Les présidents chassent la taupe, Brive et Bordeaux se retirent des débats

Pour l’instant, leurs préoccupations sont surtout internes. Et si bien peu de sujets les réunissent, les présidents se sont trouvé une cause commune : les fuites dans la presse. Ce qui les inquiète, ce n’est pas tant que lesdites fuites mettent en lumière leur incapacité à prendre de la hauteur sur les débats. C’est plutôt que, autour de la table des visioconférences où ils ont parfois été jusqu’à plus de 60 participants, "il y a un dirigeant-traître" pestait en fin de semaine Eric de Cromières. À comprendre que les débats pourraient être nettement plus productifs si leurs désaccords profonds -parfois un gouffre- restaient secrets ? Il faut le croire.

Plus tôt dans la semaine, Simon Gillham, président de Brive, avait fait parvenir en ce sens un courrier à ses alter ego. Dont Midi Olympique s’est procuré le contenu : "Je suis vraiment attristé que ces réunions si importantes et si sincères fuitent. Je ne sais pas qui est le coupable. Je ne sais pas pourquoi il ou elle estime que c’est une bonne idée. Je sais juste que je me sens violé par cette atteinte à notre intimité. Je ne sais pas à qui profite ce crime. Nous avons plusieurs solutions : nous signons toutes et tous un NDA, un accord de confidentialité ; nous exigeons une réunion en vidéo (zoom ou teams) pour voir qui est présent ; nous donnons des codes individuels ; nous arrêtons les réunions." Avant de conclure : "Pour ma part je n’ai plus envie de participer à une réunion s’il y a une taupe ou un espion dans la salle. Donc, tant que nous n’arrivons pas à assurer la confidentialité de nos échanges, je retire le CA Brive des débats." En la période, jugée vitale, l’ordre des préoccupations a de quoi interpeller.

Si Brive a donc quitté la table des négociations par l’intermédiaire de son président, il n’est toutefois pas seul. Toujours mercredi soir, l’UBB lui a emboîté le pas.

Pendant ce temps, toujours rien d’acté

Cette semaine, Laurent Marti a donc informé les présidents du rugby professionnel, réunis sous l’égide de la LNR, qu’il ne participerait plus aux ateliers de son groupe de travail, se contentant de seulement assister aux réunions des présidents, chaque mercredi. Marti et l’UBB étaient placés dans le groupe 2, autrement intitulé "évaluation de l’impact financier" et "accompagnement des clubs dans la gestion de la situation". Ce sera désormais sans lui.

L’objet de son courroux : le fait que les présidents ont acté, mercredi soir justement, un départ la saison prochaine avec tous les clubs sur la même ligne de départ. Tout le monde à 0 point pour débuter la saison 2020-2021, quand un système de bonus-malus avait un temps été évoqué pour rendre compte du classement actuel (2019-2020) et de ses hiérarchies.

Formule finalement écartée. "Cela me fait penser que les autres présidents veulent sauver leur saison sur tapis vert. Ce n’est pas forcément très honnête. On touche à l’iniquité. Je suis un peu déçu de voir que les présidents ont, vite, vite, balayé ça alors qu’on aurait pu penser que la justice, l’honnêteté et le courage d’assumer leurs résultats sur le terrain, auraient pu les inciter à réfléchir à des formules qui auraient pu donner un petit avantage. Cela m’aurait fait plaisir de sentir un peu plus d’honnêteté intellectuelle. C’est chacun pour sa pomme et chacun jouera ce jeu-là dorénavant" cinglait l’homme fort des Girondins, peu après chez nos confrères de RMC. "Il faut être honnête intellectuellement. Certains clubs ont bien travaillé, ils ont pris des risques et sont passés par des moments difficiles. A-t-on le droit par opportunisme malsain de tout leur prendre et de tout leur voler ? C’est surprenant." Chaude ambiance alors que toutes les questions importantes restent sur la table, hormis cette mesure à "0 point" pour débuter la prochaine saison.

Après trois semaines de réunions, ni les dossiers financiers (salary cap en cours et à venir, baisse des salaires, modification des règles financières, modalités d’amortissement), ni les dossiers sportifs n’avancent. La question d’une éventuelle reprise attendra l’annonce de la date du déconfinement, c’est logique. À la question des montées-descentes entre Top 14, Pro D2 et Fédérale 1, les semblants d’accord ont vite volé en éclat.

Même incertitude sur les formats des compétitions de la saison prochaine. Pire : cette semaine, l’idée de barrages seulement limités à la qualification européenne (entre les équipes classées de 5e à 9e) a également émergé. Ajoutant encore un peu de flou, là où il n’en manquait pas.

Léo Faure avec Mard Duzan
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