2011, l'adieu à l'âge d'or

  • La Une qui a suivi la finale du Mondial 2011
    La Une qui a suivi la finale du Mondial 2011
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Le 24 octobre 2011, le XV de France est battu d’un souffle en finale de la Coupe du monde 2011 contre les Blacks. Notre journal débat de la façon d’illustrer cette frustration. La ligne « mélancolique » l’emporte sur la ligne « dénonciatrice ». Les ventes atteindront des sommets. C’est l’effet XV de France...

Pour la troisième fois, le XV de France venait de perdre une finale de Coupe du monde. Ce revers sur un petit score (8-7) fut clairement le plus cruel et le plus injuste. M. Joubert l’arbitre sud-africain avait refusé de récompenser la longue période de domination des « Blancs ». Pas de pénalité salvatrice, mais comme un lot de consolation, le titre de joueur de l’année pour Thierry Dusautoir et cette Une mélancolique : « Regrets éternels ».

Les lecteurs de Midi Olympique ont échappé à une autre « Une » plus agressive. Elle aurait été fractionnée en deux, avec deux mots qui rimaient : « Respect » pour illustrer la photo de Dusautoir. «Suspect » pour celle de M. Joubert, au sommet de l’art du seizième homme.

La Une à laquelle vous avez échappé

Le débat avait été réel, au cœur de la rédaction. Jacques Verdier, alors directeur de la rédaction, avait tranché en faveur de la version la moins agressive, peut-être pour préserver un esprit de dignité dans la défaite. Les journalistes qui s’affairaient autour de lui voulaient pourtant traduire le sentiment général qu’ils sentaient monter de la base des supporters. L’un d’entre eux se souvient. « Tous nos amis nous appelaient pour exprimer ce sentiment de frustration. Et nous voulions aussi parler de « respect » au sujet de la performance des Français que nous avions pas mal éreintés dans les semaines précédentes. Il faut se souvenir qu’il y avait eu des dissensions entre le staff et les joueurs, nous avions perdu face aux Tonga en poule. Nous avions battu par miracle les Gallois réduits à quatorze en demie. Les relations n’étaient pas très bonnes avec Marc Lièvremont. Les Français avaient brillé contre l’Angleterre en quart, c’est vrai, et bien sûr en finale, où ils auraient mérité de triompher des All Blacks. Nous voulions relayer l’opinion populaire. Jacques Verdier, lui, pensait qu’il fallait prendre de la hauteur. Mais pour nous « respect, c’était une façon de rendre hommage à l’attitude héroïque des Français et leur dire, si vous avez perdu, ce n’est pas votre faute. »

Dans la mémoire de ceux qui l’ont vécu de l’intérieur, cette « Une » fait aussi figure d’adieu à une époque. Celle de l’âge d’or de la presse papier. Internet était déjà puissant à l’époque (bien plus qu’en 1999 par exemple, le record de vente de Midi Olympique), mais les journaux se vendaient encore bien. La presse quotidienne généraliste commençait à souffrir, mais les titres spécialisés hebdomadaires ou bihebdomadaires tiraient encore leur épingle du jeu. On pensait qu’ils pourraient résister à la vague des écrans.

Une vague de publicité

Ce numéro dépassa allègrement la barre des 100 000 exemplaires vendus. Il se hissera même quasiment au niveau de la demi-finale de 1999 (voir Midi Olympique de la semaine dernière) avec plus de 160 000 exemplaires vendus certifiés. On le considère comme le numéro le plus vendu de l’histoire. Compte tenu du contexte, la performance fut impressionnante.

Patrice Pons, responsable de la publicité narre : « Ce fut une très belle Coupe du monde pour nous. Des marques sont venues spontanément à nous alors que, d’habitude, c’est nous qui les démarchons. Il faut se rappeler que nous étions déjà avec les All Blacks en poule. Affronter très tôt le pays hôte avait suscité quelque chose. On avait vendu des blocs, « avant le match, après le match. » Après, il y a eu la montée en puissance et le parcours jusqu’à la finale. Je me souviens que des marques qui ne venaient jamais chez nous s’étaient manifestées. L’association française des banques, par exemple. Ils ne sont plus revenus depuis. Mais les marques de cosmétique masculine avaient été très présentes, surtout celles du groupe L’Oréal. Mennen, Men Expert, Soins Hommes avaient pas mal pris d’espace. Il faut dire aussi qu’à cette époque, plusieurs joueurs du XV de France étaient ambassadeurs d’une marque : Vincent Clerc, Dimitri Yachvili, Thierry Dusautoir. Ça avait une grosse influence. Une chose qui, hélas, n’existe plus de nos jours après des années de disette au niveau des résultats de l’équipe de France. On sent que la nouvelle génération porte un nouvel espoir et je suis persuadé que tout peut repartir d’un seul coup... »

2011 fut une sorte de chant du cygne. Après, ce ne fut plus tout à fait la même chose. Les sites, dont Rugbyrama, ont pris les devants en termes de puissance. Mais le papier reste une référence, incontournable, sur le chemin de la légitimité et de l’expertise. Il ne manque jamais que les grands succès pour raviver la flamme. Avec des « Unes » magistrales et mémorables qui resteront toujours l’apanage de la presse écrite.

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