Boudjellal : « Une coupe du monde des clubs est la meilleure chose qui pourrait arriver au rugby »

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L’ancien président toulonnais a milité de longues années pour la création d’une compétition entre les clubs de l’hémisphère Nord et les provinces du Sud.

Êtes-vous favorable à la création d’une Coupe du monde des clubs ?

À mon arrivée dans le rugby, j’ai tout de suite regretté que cette compétition n’existe pas. Très vite, j’ai même déposé le nom "Coupe du monde de rugby des clubs" auprès de l’INPI. J’ai même essayé d’organiser dès 2013 un match entre le champion d’Europe et le champion du Super 15. À l’époque, nous avions signé un contrat avec les Crusaders pour organiser cette première rencontre à Hong-Kong. J’avais fait une demande d’autorisation de match, elle a été refusée par World Rugby, l’ERC (devenu l’EPCR) et la Fédération. Les trois institutions se sont un peu affolées… Fin de non-recevoir. Quelque temps plus tard, j’ai essayé de nouveau de mettre en place une opposition entre le RCT et une province sud-africaine (les Sharks, N.D.L.R.). Je me disais que ce serait une première pierre posée. Encore une fois, ça n’a pas plu…

Pourquoi ?

Je n’en sais rien. Peut-être parce que l’idée venait de moi… Mais c’est dommage. Aujourd’hui, dans un calendrier surchargé, on trouve de la place pour envoyer le Stade toulousain ou le Racing jouer en Italie contre les Zèbre, mais aucune date pour que les meilleurs clubs français se frottent aux meilleures provinces de l’hémisphère Sud. Étrange, non ? En clair, le produit le plus séduisant, on préfère s’en passer au profit d’un truc dont tout le monde se fout aujourd’hui.

Les Coupes d’Europe ne seraient-elles pas menacées par une telle compétition ?

En Coupe d’Europe, on s’ennuie, il faut élargir. On retrouve toujours les mêmes : les Français, les Anglais et les Irlandais… C’est la coupe des trois pays, pas la Coupe d’Europe. Il y a donc une forme d’usure, de lassitude. Ce qui fait la beauté de la Ligue des Champions en football, c’est que tous les ans il y a des nouveaux clubs qui peuvent émerger.

Pourquoi cette idée de Coupe du monde des clubs resurgit aujourd’hui ?

Parce que c’est une évidence ! La Coupe d’Europe tourne en rond. Depuis que cette compétition est passée sur BeIN Sports, reconnaissons qu’elle a disparu des écrans. À l’époque du grand Toulon, il était déjà plus facile de vendre un match de Top 14 que de Champions Cup. Et puis, soyons honnêtes, la Coupe d’Europe ne rapporte pas beaucoup d’argent. Un club qui joue la Champions Cup aujourd’hui ne touche que 700 000 euros. Or, les recettes liées à cette compétition sont souvent moribondes.

Les partenaires et les supporters seraient-ils vraiment plus intéressés par un Mondial des clubs ?

Il n’y a pas photo. Je me serais bien vu affréter des avions avec des supporters, des partenaires pour des matchs en Afrique du Sud ou en Australie. Nos partenaires auraient suivi. Une telle compétition aurait excité les diffuseurs. À la vente, c’est probablement la compétition la plus chère. Avec une Coupe du monde, il y aura une vraie plus-value économique. C’est aussi pourquoi elle doit se jouer tous les ans. Une Coupe du monde des nations, à l’échelle d’une équipe nationale, c’est le reflet d’une génération. À l’échelle d’un club, c’est moins vrai. Une équipe sacrée une saison peut se retrouver à jouer la relégation la saison suivante.

Pourquoi la LNR et World Rugby s’opposent sur ce sujet ?

Parce que la Ligue outrepasse son rôle : elle se prend aujourd’hui pour le ministère du rugby. Elle a totalement oublié ses prérogatives, notamment celle de développer le rugby professionnel en France. Ces dernières années, j’ai entendu parler de développement aux Etats-Unis, au Japon. Jamais sur le territoire français. Je me souviens un jour avoir dit à Paul Goze et à ceux qui dirigent la LNR de se présenter à l’élection de la présidence de World Rugby. J’ai le sentiment que pour eux, la France, c’est trop petit.

N’est-ce pas surtout parce que cette éventuelle compétition pourrait bien se révéler être une machine à cash ?

Je crois surtout que la LNR et l’EPCR se sont fait secouer par Bernard Laporte. À peine le président de la FFR avait-il évoqué cette Coupe du monde des clubs qu’ils se sont réveillés. La Ligue en avait bien parlé il y a trois ans, mais depuis, plus de son, plus d’image. C’est un dossier qu’elle avait mis aux oubliettes.

Croyez-vous vraiment que cette Coupe du monde des clubs verra le jour ?

Bernard Laporte est un homme d’action. Il ira au bout de son idée. Vous savez, quand il était manager de Toulon, il ne se passait pas une semaine sans que nous parlions d’une Coupe du monde des clubs. Et puis, cette compétition, c’est d’une logique implacable. C’est la meilleure chose qui pourrait arriver au rugby après la crise du Covid-19 pour relancer l’économie de ce sport.

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