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  • Waisea Nayacalevu (Stade français) contre Montpellier donne des informations à ses coéquipiers
    Waisea Nayacalevu (Stade français) contre Montpellier donne des informations à ses coéquipiers Icon Sport / Icon Sport / Icon Sport
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L'édito d'Emmanuel Massicard... Vous connaissez la chasse à la taupe ? C’est un sport vieux comme l’humanité qui consiste à débusquer un ennemi invisible causant des ravages dans votre pré carré. Autrement dit, trouver le traître qui diffuse les secret-défense ou les échanges livrés en petits comités.

Figurez-vous qu’en ces temps de crise, alors que l’avenir du rugby s’inscrit en pointillé, certains dirigeants ont relancé l’activité. Depuis un bon mois, ils cherchent avec force le(s) salaud(s) qui informe(nt) la presse en général et Midol en particulier des discussions entre clubs et LNR, à propos des différents scenarii de reprise ou d’annulation du Top 14 et du Pro D2. Manière de comprendre les impacts financiers et de mesurer les risques encourus auprès des diffuseurs, partenaires ou supporters abonnés qui pourraient demander à être remboursés.

Vous voulez notre avis ? Ces sujets nous semblent assez graves pour dépasser allègrement la crise de nerfs de certains. Lesquels préfèrent jeter l’opprobre à grands coups de mails, quand ils ne refusent pas de participer aux travaux, tant que la taupe n’aura pas été démasquée. Et pourquoi pas dénoncée, tant qu’on y est. Ou mieux, qu’elle soit rayée de la carte !

Le ridicule ne tue pas. Permettez-nous quand même d’insister un peu, naïfs que nous sommes. Et excusez-nous de chercher à bien tout comprendre : ces chasseurs en battue se posent-ils vraiment les bonnes questions : d’où vient le danger pour le rugby français ? Des fuites inévitables relayées par la presse (qu’elles proviennent des dirigeants eux-mêmes ou de leur entourage) ? Des déclarations fracassantes de présidents ? Ou bien que tous ne parviennent jamais à se mettre véritablement d’accord ?

Personnellement, notre religion est faite quand ils oublient allègrement le collectif et qu’ils s’opposent à tour de rôles. Sans cesse. Qu’ils se figent derrière les intérêts individuels, s’accommodent des vérités sportives de la saison pour inventer une histoire à leur avantage. Le tout sans reconnaître de mérites à leurs adversaires.

Tout cela n’est pas très rugby sur la forme, même si les historiens de service nous rétorquerons qu’au contraire, notre sport a toujours été le théâtre d’épiques luttes entre forts en gueule qui se déchiraient avant de trinquer à l’amitié. À toutes les époques, les directions ont déminé leurs propres terrains. Dans tous les vestiaires, on a cherché la taupe qui dévoilait la composition d’équipe à l’adversaire. Pour autant, l’urgence actuelle impose un engagement collectif sans faille. Plus encore, une solidarité exemplaire derrière le chef.

Nous en sommes loin aujourd’hui, avec un Paul Goze présent à la barre mais qui peine à faire régner l’ordre autour de lui. Comment pourrait-il en être autrement, d’ailleurs, alors que le Catalan s’apprête à tourner la page de huit années d’une présidence réussie, mais sans ce troisième mandat imaginé par ses supporters et refusé par la FFR ?

Nous en sommes loin aujourd’hui, même si la chasse à la taupe devrait finir par rassembler tout ce petit monde autour d’une cause à défendre. Si ce n’est pas l’intérêt supérieur du rugby pro, ce pourrait être l’honneur de tous.

Le nôtre sera de continuer à vous informer au plus juste des faits. Et qu’importe si toutes les vérités ne sont pas heureuses à lire… Ce serait plus facile, hein !

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