LNR : avant de se mettre d'accord, les présidents menaçaient la Ligue de plaintes en justice

  • Les Toulousains de Yoann Huget et François Cros, champions de France en titre, devraient connaître leurs successeurs à la fin du mois d’août plutôt que le 18 juillet.
    Les Toulousains de Yoann Huget et François Cros, champions de France en titre, devraient connaître leurs successeurs à la fin du mois d’août plutôt que le 18 juillet. Icon Sport / Icon Sport
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Après un début de semaine électrique où chacun a encore avancé ses pions au mieux de ses intérêts, le monde du rugby professionnel est enfin parvenu à avancer sur une sortie de crise. Une lueur d’espoir au cœur d’un tableau bien sombre pour les clubs...

Lundi soir à 20h02 pétantes, 36 millions de Français avaient pris place devant leur télévision. Un chiffre record. À n’en pas douter, les présidents des trente clubs professionnels de rugby et tout l’aréopage de la LNR comptaient parmi ceux-là, pour ne rien manquer de l’intervention du Président de la République, Emmanuel Macron. Les attentes étaient nombreuses, l’espoir immense.

Évidemment, il n’a pas été question du sport professionnel, n’en déplaise à Simon Gillham, le président du CA Brive qui s’en est insurgé plus tard, sur ses réseaux sociaux. Ce dernier, en réponse à une Française expatriée en Grande-Bretagne affirmant sur Twitter qu’Emmanuel Macron était un exemple à suivre pour le Premier ministre anglais, Boris Johnson, a rapidement rétorqué : « Euh non pas du tout… ». Et de développer sa pensée : « Macron ce soir a été bavard, de longue haleine et « donneur de leçons ». Il n’a à aucun moment appelé un chat, un chat. Il a pris 26 minutes pour dire ce qui aurait pu être dit en 6. […] Et zéro aide, zéro mention pour le monde sportif. Un vrai exemple pour les britanniques », a-t-il ajouté avant de conclure : « Il (Emmanuel Macron) a beaucoup de choses, mais pas de tripes. Jusqu’à présent, il a reculé sur toutes les réformes… Il n’a pas eu le courage d’annuler les municipales uniquement pour des raisons politiques et, ce jour-là, des milliers de personnes ont été infectées. » Des propos illustrant les nerfs à vif des dirigeants œuvrant dans le microcosme du rugby.


Clermont et Perpignan brandissent la menace judiciaire


Depuis le début de la crise liée au Covid-19, les présidents s’écharpent par médias interposés. Les votes actés en réunion n’ont pas le temps d’être entérinés qu’ils sont remis en cause par les uns ou les autres. Chacun y va de sa solution, souvent dictée par des intérêts individuels. Et certains brandissent même la menace juridique. Un exemple ? Dans la droite lignée de François Rivière, le président de l’Usap, qui a évoqué durant un temps cette hypothèse afin que soit respecté le règlement concernant les montées et descentes entre Pro D2 et Top 14, c’est Clermont par la voix de son président éric de Cromière, qui a agité ce spectre en ce début de semaine. La raison ? Le système de péréquation, un moment évoqué pour déterminer les clubs qualifiés en Champions Cup et qui aurait exclu le club auvergnat de la prochaine Champions Cup, au profit du Stade toulousain. Vous en conviendrez, l’unité de façade constamment prônée par la LNR semble loin. Très loin. Globalement, l’image actuelle qui s’affiche en taille XXL est regrettable pour un sport qui ne cesse de revendiquer sa différence et ses valeurs.

Ces comportements, Paul Goze les a dénoncés la semaine dernière dans un courrier envoyé à tous les présidents de club. Et à peine Emmanuel Macron avait-il terminé ses annonces que le président de la LNR a encore dégainé. Une nouvelle missive jugée « opportuniste » par un président de Top 14 ayant peu goûté le contenu. Tout le contraire de Jacky Lorenzetti. « Bravo Paul pour ton appel à la raison et bravo à tous les permanents de la Ligue qui sont mobilisés 7/7 », écrivait le patron du Racing 92. Toujours sous le sceau du secret, de la communication interne. « Bravo d’avoir fait partir ce courrier une heure seulement après l’allocution du Président de la République un lundi soir de Pâques. Amitié à tous, il va falloir se serrer les coudes. »

Dans ce courrier que Midi Olympique a pu consulter, le président de la LNR affirme clairement son intention de siffler la fin de la récréation. Il y martèle qu’est venu le temps de prendre des décisions. Goze écrit ainsi dans un style affirmatif : « Elles seront prises par le comité directeur puis l’assemblée générale, après concertation avec les Présidents de clubs, qui devront se montrer solidaires de toutes les décisions aussi bien sportives, que financières et réglementaires. » En clair, il entend s’imposer en patron, affirmant qu’il assumera « en conscience la totalité des propositions qui seront présentées au comité directeur, ainsi que les décisions qui en résulteront. »


Wild sort du silence


Las, chacun y a encore été de son interprétation. Et visiblement, tous ne parlent pas le « Macron » de la même façon. Au lendemain de l’intervention du Président de la République, Eric De Cromières, chez nos confrères de France Bleu Auvergne, confiait : « Il ne me semble pas possible d’entraîner les joueurs avec des contacts, des mêlées, des rucks, en respectant les règles médicales basiques qui nous sont demandées. Pour moi, il n’est pas possible d’entraîner les joueurs pour qu’ils soient aptes à rejouer en juin. Très concrètement, le championnat est terminé et on ne peut pas rejouer ».

Hans-Peter Wild, président-propriétaire du Stade français.
Hans-Peter Wild, président-propriétaire du Stade français. - Icon Sport

Une lecture partagée par le président-propriétaire du Stade français, Hans-Peter Wild. Ce dernier, par mail, nous a fait connaître son positionnement : « Thomas (Lombard) me tient informé des nombreuses réunions et courriers entre les présidents et les organes dirigeant le rugby professionnel avec des résultats changeants de jour en jour, en raison des intérêts personnels. Comme si le monde seul se composait du rugby français… Le rugby est un sport de contact et la distance sociale est le meilleur outil pour contrôler le virus. Il n’y a aucun moyen que nous puissions jouer au cours des prochains mois […] C’est le moment d’aborder les réformes nécessaires et les nouvelles réglementations pour permettre aux clubs de jouer le jeu et de ne pas gaspiller des tonnes d’argent. »

Seulement, en annonçant la fin du confinement le 11 mai et en précisant que le gouvernement allait communiquer sous quinze jours les conditions du déconfinement progressif, une brèche s’est pourtant ouverte dans laquelle certains se sont engouffrés. Après Eric De Cromières, c’était au tour de Laurent Marti, le président de Bordeaux, de rebondir : « Finir la saison, c’est notre position, notre volonté partagée par la LNR et la très grande majorité des présidents du Top 14. L’UBB est d’accord pour qualifier les huit premiers et disputer une phase finale d’un Championnat déjà joué sur le terrain à 66 %. » Et d’ajouter : « Il y a différentes formules et projections présentées qui semblent convenir à beaucoup de monde. On n’est pas obligés de finir la saison en juillet... Et si on repousse l’échéance, on peut espérer finir avec du public. »


Laurent Marti disait donc (presque) vrai. Si les chances de jouer une phase finale dans un stade comble sont faméliques, le document de travail remis aux présidents de clubs en amont de la réunion de mercredi soir et pondu par le groupe 1 indique bien que le scénario privilégié par la LNR et Paul Goze est de disputer a minima les demi-finales et la finale au mois d’août 2020. Un scénario sans descente ni montée, qui a semble-t-il fait consensus. À l’exception du Président du Stade toulousain, Didier Lacroix, s’exprimant vertement en préambule de la réunion des présidents de mercredi soir. N’empêche, la quasi-unanimité est une première depuis de longues semaines… Si la LNR s’est empressée de communiquer pour affirmer que deux scénarios étaient encore envisageables, c’est bien un épilogue aoûtien que le rugby professionnel privilégie désormais.

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Les commentaires (1)
IlBanlieusard Il y a 5 mois Le 17/04/2020 à 12:17

L'intérêt financier est trop important pour dire stop à la saison. Et pourtant c'est la seule solution logique et consciencieuse. Parce-que soyons lucides, même la saison 2020/21 semble en partie compromise. Tout au moins son début prévu en septembre. Au mieux elle pourrait démarrer en janvier 2021.