Phases finales en août : toutes les coulisses de l'accord

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Il s’est encore passé plein de choses, cette semaine, dans le monde merveilleux des présidents. La très longue réunion du 15 avril, au cours de laquelle fut unilatéralement décidé de disputer la phase finale du championnat 2019-2020 au mois d’août, a d’abord été largement commentée par les uns et les autres. 

Au téléphone, certains dirigeants de clubs voyaient dans l’acceptation résignée du projet « un Brennus pour Marti ! » le coup de génie politique de Paul Goze et de son bras droit, Emmanuel Eschalier, que Mourad Boudjellal, au temps où il parlait moins de football, avait aimablement surnommé le « Cardinal ». D’autres, au contraire, semblaient considérer le coup de force du comité directeur de la Ligue comme un retour à la « démocrature » qui avait fait le sel des mandats précédents, à l’époque où Serge Blanco savait convaincre, avant le tour de table, les votants que sa décision était incontestablement la bonne : « Rafael Nadal vient de dire qu’il ne reprendrait pas le tennis tant que le vaccin ne serait pas trouvé, nous soufflait un président vendredi matin. Dès lors, comment peut-on imaginer rejouer au rugby cet été ? Au rugby, putain ! Le sport de contacts par excellence ! »

De fait, Paul Goze est-il sorti renforcé ou affaibli de cette intense semaine de visioconférence ? On jurerait que la deuxième option semble la plus probable, tant les opposants d’hier semblent avoir accepté le scénario « privilégié » par la Ligue avec un détachement nouveau. Si ce n’était pas le cas, on se demande bien pourquoi le président de l’Usap, François Rivière, quoique virulent dans les médias, ne s’est point indigné mercredi soir, au moment où le projet (un champion mais point de promu) lui fut officiellement présenté. Quelle que soit sa colère, Rivière sait probablement que le gouvernement travaille actuellement à un décret protégeant des ligues et des fédérations aujourd’hui contraintes à modifier le format de leurs compétitions : en clair, tout recours juridique contre la formule proposée durant la crise sanitaire sera bientôt jugé irrecevable par les tribunaux…

L’ombre de Boudjellal

Malgré tout, l’accomplissement du 15 avril est-il pour Paul Goze et son équipe une voie royale vers un troisième mandat ? N’exagérons rien. Pour permettre au Catalan de briguer une troisième fois d’affilée la présidence, il faut que les statuts de la LNR soient au préalable modifiés par le comité directeur de la FFR et donc, in fine, par la main de Bernard Laporte.

« Entre Paul et Bernard, nous expliquait un président de Top 14 vendredi soir, il va prochainement débuter un jeu intense de négociations : l’histoire des montées de Fédérale 1 à Pro D2 pourrait en faire partie. »

À ce sujet, la Fédération (pour ne pas déplaire à son électorat) souhaite promouvoir deux clubs amateurs en deuxième division professionnelle quand la Ligue, pour ne pas fâcher le sien (l’option fédérale ferait passer les bénéficiaires des redistributions télévisuelles de seize à dix-huit), aurait préféré geler le championnat. Au bout du bout, si Paul ne pouvait s’entendre avec Bernard, les options ne seraient pas vraiment légion et consisteraient, en fait, à l’avènement du séditieux Boudjellal, au retour du juge de paix Revol ou alors à la promotion du gentilhomme Tingaud, lequel n’avait pas hésité, en 2017, à provoquer en duel Mohed Altrad, alors invité « dans un pré et avec ses armes » à régler un différend dont on a tous oublié l’objet…

Clermont sanctionné, Toulouse boycotte ?

Dans les arcanes du rugby pro, cette semaine, il a aussi beaucoup été question du dossier toulousain : le club du Capitole, actuellement en proie à d’importantes difficultés financières, vivrait très mal le fait d’être laissé sur le bord de la route dans le cas où les phases finales ne concernaient que les quatre premiers du championnat actuel. Et pour tout dire, c’est aujourd’hui l’option que privilégieraient les organisateurs, tant il semble difficile d’ajouter une autre date à un calendrier constipé de nature.

« Si Toulouse et Clermont ne peuvent se joindre à la fête, ajoute un président, ce mois d’août ne rimera plus à grand-chose. Le prochain champion de France aura peut-être même un peu honte de son Bouclier… »

Concernant Toulouse, il a d’ailleurs été évoqué que le club rouge et noir boycotte son match de barrages européen contre Clermont, si l’EPCR ne parvenait à accéder au souhait de la LNR, à savoir qualifier d’office huit clubs français en Champions Cup la saison prochaine. Si le dédit toulousain se confirmait, l’ASMCA en serait alors fort aise et oublierait, in fine, que la LNR vient d’amputer la prime de méritocratie qui lui était accordée. En cause ? Le non-respect, au cours des dix-sept premières journées, des nouvelles réglementations sur le nombre de Jiff (quinze par feuille de match). Un manquement qui, en tout état de cause, aurait pourtant pu être rééquilibré au fil des neuf journées suivantes…

Un système de prêts novateur

Quoi d’autre ? Au sujet de la finale de Pro D2, une récente hypothèse enverrait celle-ci au stade Ernest-Wallon, histoire de tempérer la colère des dirigeants toulousains. Bénéfice estimé ? Quelques milliers d’euros, soit l’équivalent des réceptifs (des buvettes, quoi…), la billetterie d’une finale étant par nature dédiée aux caisses de la Ligue. Par ailleurs, il a été évoqué en réunion la validation prochaine d’un nouveau système de prêts entre deux divisions ou au sein de la même. Pour être clair, deux clubs se mettent d’accord sur le prêt d’un joueur en début de saison. Le salaire ? Il est assumé par les deux entités et, au fil de la compétition, le joueur prêté peut donc circuler entre les deux clubs autant de fois qu’il le souhaite, dans un sens comme dans l’autre, sans que cela ne mobilise la montagne de paperasse habituelle. Un exemple ? Imaginons que le Lou et Carcassonne se mettent d’accord en début de saison sur le prêt de Kevin Yameogo, le quatrième pilier droit du club lyonnais : suivant les besoins des clubs, Yameogo pourrait débuter la saison en Pro D2, disputer les doublons de novembre avec le Lou et revenir dans l’Aude lorsque la fin de saison sonnerait en deuxième division.

Et tiens, puisque l’on parle de mouvements de joueurs, on raconte aussi, dans le monde merveilleux des présidents, que les péripéties financières des fédérations néo-zélandaise ou australienne seraient suivies de très près par les recruteurs du Top 14, soudainement conscients de pouvoir embaucher pour une broutille (les salaires des All Blacks ont récemment été baissés de 50 %) des joueurs qui, en temps normal, en vaudraient le quadruple. De là à dire que la coquette somme de 400 000 € que pourrait bientôt verser le Racing au Wallaby Kurtley Beale ne correspond plus à la réalité du marché, il n’y a qu’un pas… que nous ne franchirons évidemment pas…

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Les commentaires (2)
jmbegue Il y a 5 mois Le 19/04/2020 à 16:16

Ce que je retiens de tout ça, c'est que le ST se fait arnaquer les grandes largeurs. On veut que les clubs soient les fournisseurs heureux de l'EDF. Ils ont trouvé la meilleure manière pour que ce soit tout le contraire.

Urtamoug Il y a 5 mois Le 19/04/2020 à 13:48

Article rédigé dans une forme tellement alambiquée qu'il en devient illisible ! A reprendre !