Fritz : « J'aimais être oublié »

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Le 19 mai 2018, Florian Fritz disputait son dernier match, une défaite en barrage contre Castres. Quelques jours plus tard, il acceptait de conter ce parcours rendu unique par ses performances et sa personnalité. Un événement, lui qui n’avait plus accepté d’entretien en face-à-face depuis une éternité. Il assurait que le revers face au CO servirait à la nouvelle génération toulousaine et confiait en aparté : « Quand je suis arrivé en 2004, on disait déjà le Stade en fin de cycle. Vous verrez, ce club a la faculté à toujours sortir des jeunes et se relever. » Un an plus tard, il était champion de France.  

Pourquoi avoir accepté cette interview ?

C’est une façon de boucler la boucle. Je n’ai jamais aimé parler de moi, même si c’est ce que je fais là (rires). Le rugby est un sport collectif et cela m’a toujours dérangé d’en sortir un individu. Je préférais me fondre dans la masse.

Mais on a l’impression de peu vous connaître. Était-ce par pudeur ? Ou volonté de protéger votre intimité ?

C’est une manière de se protéger. Quand tu es exposé, tu reçois de bonnes ou mauvaises critiques qui, dans les deux cas, ne sont pas toujours justifiées. Si on te met trop haut, tu te casses la gueule. Si on te met trop bas, c’est dur à gérer. Le fait de moins en dire, de faire en sorte qu’on parle le moins possible de moi m’a arrangé. J’aimais être oublié, bosser tranquille dans mon coin.

D’autres joueurs sont discrets mais font attention à leur image…

Mon image et le reste, je m’en fous complètement ! Ce n’est pas du tout une façon de maîtriser ou contrôler quoi que ce soit, juste ma vision des choses. Je suis moi-même, ça plaît ou pas. Ce que les gens pensent à l’extérieur, ça m’est égal.

Ugo Mola dit qu’il a cherché comment vous décrire et que le mot idoine est « authentique », prenant l’exemple du théâtre qu’il avait organisé pour que les joueurs apprennent à se connaître. Vous aviez quitté la scène après cinq minutes…

Avec moi, rien n’est prémédité. Attention, ce n’est pas toujours bien et ça a pu me desservir mais j’essaye de… (il hésite) Pour reprendre cet exemple, je n’étais pas du tout à l’aise et j’ai vite dit à Ugo : « C’est pas mon truc, j’arrête et je m’en vais. » Il n’y avait aucun calcul. Voilà, ça ne me plaisait pas.

Vous étiez capitaine cette saison. Avez-vous dû forcer votre personnalité ?

Oui, car ce n’était pas une ambition chez moi. Être un jour capitaine du Stade toulousain ne me tenait pas particulièrement à cœur. C’est surtout venu de l’ancienneté mais je n’ai finalement rien changé à mon comportement au quotidien. Le seul truc différent, c’était d’aller faire le toss avec l’arbitre avant le match.

Pour parler de cette saison, très prometteuse mais finie sur ce barrage perdu à domicile, comment l’avez-vous vécue ?

On avait l’impression d’être dans une bonne dynamique, qu’un truc se passait dans le groupe… C’est la loi du sport et, comme j’ai dit à mes coéquipiers après le match, il ne faut pas oublier d’où on venait. Ce n’est plus le Stade toulousain des années 90 et 2000 qui remportait tout. Il y a eu une période très dure où ce club a beaucoup moins gagné, jusqu’à finir douzième l’an passé. L’été dernier, j’étais le premier sceptique et ne savais pas où on mettait les pieds. Terminer troisième de la phase régulière, c’est déjà très bien. Il ne faut pas gravir les échelons trop vite, il serait injuste d’être trop exigeant après ce barrage perdu. L’équipe est jeune, plein de nouveaux joueurs sont arrivés, ça va continuer à se renouveler. Si on avait été champions, j’aurais été ravi mais cela aurait été l’arbre qui cache la forêt. Ce club se reconstruit doucement et doit être patient.

Vous aviez du mal à cacher votre mal-être en fin de saison passée. Étiez-vous si inquiet l’été dernier ?

Après la douzième place, ce n’était pas dur de m’y remettre pour faire mieux. Faire pire, c’était la relégation. Mais, je l’avoue, si on m’avait dit qu’on finirait troisièmes, je signais tout de suite. Je ne savais pas du tout où on allait. Je suis resté droit dans mes baskets, fidèle à ce que j’ai toujours fait. On avait un super groupe, l’ambiance était bonne. À mes yeux, cela rejaillit toujours sur le terrain, même si on a trébuché à la fin. Les jeunes ayant disputé ce barrage vont s’en servir pour l’avenir. C’est un acquis dont ils profiteront dans les années qui viennent.

Avez-vous ressenti une émotion particulière en regagnant les vestiaires après ce dernier match ?

Forcément. On y pense avant mais tant qu’on ne le vit pas, on a du mal à se projeter. Une fois que l’arbitre siffle, on se dit : « Ça y est, c’est fini. »

Mais vous aviez pu vous y préparer et avez choisi votre sortie…

Je me sens privilégié, déjà car je termine sur une saison honorable, ce qui n’a pas été le cas pour certains de mes anciens coéquipiers. J’ai pris cette décision rapidement. Je ne me voyais pas quitter le club, aller faire un an ou deux sous un autre maillot, repartir à zéro. Je n’en avais pas envie et ne m’en sentais pas capable. Et puis l’âge, le niveau des matchs… Au bout d’un moment, on se voit jouer : « Bon, tu vas moins vite, tu tapes moins fort. » Je ne voulais pas faire la saison de trop, celle où tu gâches les belles années.

Était-ce si important de finir sous le maillot toulousain ?

C’est mon club et cela fait partie des raisons de mon choix. Ici, j’ai vécu des moments incroyables, j’y ai joué de 20 à 34 ans. Même si j’ai fait une saison à Bourgoin, que je ne renie pas, toute ma carrière professionnelle est associée à ce club. Je me sens dix fois plus Toulousain que Berjallien (sourires).

Une image qui restera de vous sera celle de votre visage en sang quand vous sortez sur protocole commotion puis revenez sur le terrain contre le Racing en 2014. Cette séquence avait provoqué l’admiration de certains, l’indignation d’autres…

Elle reste car il y avait beaucoup de sang. Mais des joueurs revenus sur le terrain après un choc ou du rouge sur le maillot, il y en a encore tous les week-ends. Celle-là a un peu plus marqué car le choc était impressionnant et l’image aussi du coup. On me la ressortira sûrement encore dans dix ans.

Le rugby va-t-il vraiment beaucoup plus vite aujourd’hui ?

Tout le monde le voit. Sans manquer de respect aux adversaires que j’ai affrontés quand je suis arrivé à Toulouse, on savait à l’époque qu’à 80 ou 90 %, on passait quand même. On avait le groupe qui allait bien mais, aujourd’hui, c’est dur chaque week-end. La preuve quand tu vois le jeu déployé par Oyonnax cette saison. Si tu n’es pas à 100 %, tu passes à la trappe contre n’importe qui. Ce n’était pas vrai il y a encore cinq ou six ans. Tout le monde est armé, ça tape fort, ça va vite…

Et on met plus de temps à récupérer ?

Les coups, tu les encaisses moins bien à 34 ans qu’à 20 ans, surtout dans le rugby actuel (sourires).

Comment jugez-vous son évolution physique ?

Le problème, c’est que je ne vois pas comment on peut la contrôler et la réguler. Tu veux aller dire aux joueurs de moins s’entraîner ? C’est un énorme débat, déjà ouvert et qui continuera à l’être. Mais je n’ai pas la solution pour endiguer l’évolution physique des mecs, leur vitesse qui s’accentue toujours. Franchement, je ne vois pas où ça va s’arrêter, encore moins comment tu peux l’arrêter.

Votre cas a justement fait évoluer les choses sur le protocole commotion…

C’est un premier pas. Mais que vont-ils faire par la suite ? Ma conviction est qu’on ne pourra pas échapper à cette évolution, à moins de se mettre à jouer au rugby à toucher. Ne plus avoir de commotions sur un terrain de rugby, c’est impossible. Il y a toujours des faits de jeu qui entraînent ce genre de chocs. Protéger davantage les joueurs en leur interdisant de revenir en jeu dès qu’il y a la moindre suspicion ? Oui, peut-être. Mais après ?

Existe-t-il moins d’espaces aussi ?

Peut-être parce que je vais moins vite (rires). Moi, je n’en trouve plus mais Cheslin (Kolbe,) en trouve ! L’essai de 2004 contre le Stade français, je ne suis pas persuadé que je le remettrai aujourd’hui. Sérieusement, il y a beaucoup moins d’espaces. Pour caricaturer, le cinq de devant était très lourd avant et ne se déplaçait pas trop. Les autres joueurs étaient plus mobiles et on se disputait les espaces à dix contre dix. Aujourd’hui, vous avez des piliers qui vont aussi vite que les centres et des deuxième ligne qui courent autant que les flankers, donc les intervalles sont forcément bouchés.

Vous parliez de cet essai de 80 mètres contre Paris. Qu’a-t-il changé ?

Il a peut-être fait décoller ma carrière. J’arrivais de Bourgoin, les gens ne me connaissaient pas, mes partenaires et entraîneurs non plus. Au début de mon aventure à Toulouse, j’ai surtout profité des blessures de Xavier Garbajosa ou Benoît Baby pour jouer. Je n’étais pas encore dans les plans de Guy Novès, c’est normal. Mais, ce jour-là, les forfaits m’ont permis d’être sur le terrain et cet essai a sûrement convaincu l’encadrement qu’il pouvait compter sur moi.
Vous évoquez Novès. Que représente-t-il à vos yeux ?
Il est à part. Il m’a permis de jouer au Stade toulousain, m’a fait confiance toutes ces années, malgré des désaccords entre nous parfois. Si j’ai eu cette carrière en club et en équipe de France, c’est en grande partie grâce à lui.

Avez-vous été touché par ce qu’il lui est arrivé en décembre dernier ?

Quand on a autant de respect que moi pour Guy et qu’on voit la façon dont ça s’est fini pour lui en équipe de France, on est forcément touché. Il ne méritait pas ça. Personne ne le mérite mais lui… On va dire que c’est le professionnalisme…

On le disait dur mais il semblait avoir un lien particulier avec vous. Il avait notamment pris publiquement votre défense quand vous aviez adressé ce doigt d’honneur au public des Wasps.

(Il coupe) On parle de moi mais je ne l’ai jamais entendu dire publiquement du mal d’un de ses joueurs. Après, je peux vous assurer qu’il savait vous dire les choses en privé. Guy est quelqu’un qui protégeait toujours ses hommes et, même quand ça se passait moins bien en équipe de France, je ne l’ai pas vu dézinguer un seul mec.

Comment vos entraîneurs ont-ils géré votre fameux gros caractère ?

Il n’y a jamais eu de discussion autour de ça. On parle de mon caractère mais j’espère que tous les joueurs de Top 14 et Pro D2 en ont ! Chacun a des traits de personnalité plus ou moins singuliers mais je n’ai pas croisé un seul mec au haut niveau qui n’a pas de caractère. Aucun entraîneur ne m’a dit : « Fais attention, il faut moins en dire, moins en faire. » Jamais.

Car il y a aussi ces coups de sang. Ce doigt d’honneur aux Wasps, qui faisait suite à votre expulsion, le regrettez-vous ou fait-il partie du personnage ?

Je ne peux pas dire que je ne regrette pas le geste. Ça ne se fait pas, ça donne une mauvaise image de moi, de mon club, du rugby. Si je pouvais l’effacer, je le ferais… Mais c’est facile avec du recul. Si on me remet exactement dans la même situation au même moment, je ne vais pas mentir, je suis persuadé qu’il se repasse la même chose. C’est comme ça. Je le regrette mais ça ne m’a jamais empêché de dormir.

Ce n’était pourtant pas la première fois que vous vous faisiez insulter…

Bien sûr, mais j’avais le sentiment d’être victime d’une énorme injustice sur le carton rouge. Si, dès que tu te fais brancher par des supporters, tu sors de tes gonds comme ça… C’était la conséquence de la sanction. Le match était qualificatif, nous étions bien au score, et il me sort ce rouge sur une action où, pour moi, il n’y avait rien. C’est ça qui m’a fait réagir ainsi.

Aseptise-t-on parfois un trop peu le rugby ?

Oui, un peu. Mais où est la limite ? Si tu laisses faire, il y aura toujours un mec pour venir te le reprocher… La vidéo joue un rôle là-dedans. De nombreuses actions ne seraient jamais sanctionnées et ne seraient même pas remarquées sans elle. Sauf que voir une action avec trois ralentis ou la vivre en direct, ce n’est pas pareil. Elle a fait évoluer les choses, parfois dans le bon sens, parfois dans le mauvais aussi.

Revenons sur votre carrière. Quel est le coéquipier qui vous a le plus marqué ?

Il y en a tant. J’ai toujours eu la chance d’être dans des collectifs forts. Je viens d’une région (Sens) où le rugby n’est pas légion et, dès mon plus jeune âge, je me suis retrouvé dans une génération incroyable. Avec mon petit club, on a été champions de France cadets, certes catégorie C. Mais je n’ai jamais été dans une équipe faible ou très moyenne. Si je dois en citer un, c’est Yannick Jauzion. J’ai quand même joué à côté de celui qui était le meilleur centre du monde durant je ne sais combien d’années. C’était un joueur énorme.

Parmi vos adversaires ?

Là aussi, il y en a eu un paquet. Mais on a tous un chat noir et le mien, c’était Gordon D’Arcy. Je détestais jouer en face de ce mec. Il était costaud, rapide, avait des appuis.

Et si vous deviez garder un titre ?

Elle est dure cette question. Je dirais ma première année au Stade toulousain. J’arrive et je deviens champion d’Europe en fin de saison. C’est un souvenir incroyable.

Vous comptez 34 sélections en équipe de France. Le paradoxe étant que, par rapport à la carrière qui est la vôtre, on se dit que vous pourriez en avoir 80…

Mais je ne les ai pas eues ! En équipe de France, je n’ai strictement aucun regret. En débarquant à Toulouse, si on m’avait dit que j’aurais autant de sélections, je ne l’aurais jamais cru. Quand on voit les joueurs au même poste, je suis fier de ces 34 sélections. Je ne me dis pas : « J’aurais dû en avoir 70 ou 80. » Qui suis-je pour ça ? Ceux qui les ont atteintes ne les ont pas volées, les Jauzion et autres. Je ne me range pas dans la même catégorie. Les Bleus, c’est une consécration. Mais il y a aussi des mecs meilleurs que toi sur certaines périodes. Ils prennent ta place et tu n’as rien à dire.

Vous n’avez disputé aucune Coupe du monde. N’est-ce pas une déception ?

Pas du tout. Si je méritais vraiment de faire une Coupe du monde, je l’aurais faite. Je n’étais pas assez bon à cet instant-là. C’est aussi simple que ça.

On dit souvent que votre personnalité vous a desservi en équipe nationale…

Il faut poser la question aux gens concernés. Peut-être que ma façon d’être n’a pas plu à certains sélectionneurs. Mais, franchement, si t’es meilleur que ton concurrent au même poste, j’ai tendance à croire que ce n’est pas ton caractère qui va t’exclure de l’équipe de France. Si t’es le meilleur, tu joues.

Avez-vous eu une altercation avec un sélectionneur ?

Jamais.

Vous retrouvez-vous dans le rugby actuel, avec notamment l’apparition des réseaux sociaux ?

La jeune génération vit avec son temps. Quand je suis arrivé à 20 ans, je faisais peut-être des choses que les anciens ne comprenaient pas non plus. C’est une évolution, elle est obligatoire. Mais pour le coup, les réseaux sociaux, j’en suis à des années-lumière. Je ne veux pas critiquer même si cela a parfois tendance à prendre trop de place à mes yeux. Je me rappelle être entré une fois dans le vestiaire et avoir vu deux mecs assis à l’autre bout. Personne ne parle et ils se mettent à rigoler en se regardant. Je vais les voir : « Qu’est-ce qu’il vous arrive ? » En fait, ils s’étaient envoyé un truc par téléphones interposés. Je leur ai fait remarquer : « Mais vous auriez pas pu vous le dire ? » Je vais passer pour un vieux mais ça me dépasse. Ce n’est tellement pas mon monde. Cette évolution doit être prise en compte mais tu ne peux pas tout dévoiler. Il y a quand même des histoires avec des mecs qui, à la mi-temps d’un match, on trouvé le moyen de filmer ou de tweeter un truc… Tu dois faire attention car tout va plus vite. Si tu fais ou dis une connerie, tout le monde est au courant dans la minute.

D’autant plus que vous apportez une importance considérable à la vie de groupe.

Je suis persuadé qu’une grande partie de la réussite d’une équipe passe par là. Je ne sais pas si la nouvelle génération y est aussi sensible mais tu ne peux pas te battre pour les autres si tu n’as pas un minimum de cohésion avec tes partenaires en dehors. Si tu ne crées pas quelque chose de fort avec tes coéquipiers, c’est impossible. Et je ne crois pas que ce soit propre au rugby.

Mais il y a cette notion de combat…

Certes, mais je suis un peu le football et j’ai vu le parcours de Marseille. Tu les entends tous dire à quel point ils s’envoyaient (sic) les uns pour les autres. Ils sont allés jusqu’en finale de Coupe d’Europe, ce n’est pas un hasard. Ils avaient juste plus envie que d’autres de vivre ces choses ensemble.

Quels liens garderez-vous avec le Stade toulousain ?

Simple supporter. Je viendrai voir les matchs, en tribunes. Pour l’instant, ça s’arrête là.

À quoi va ressembler la vie de Florian Fritz ?

Je suis associé dans une entreprise de menuiserie extérieure. J’insiste sur « extérieure » car on demande déjà si je vais faire des meubles et tout (sourire). Non, des fenêtres, des volets roulants. J’ai toujours été attiré par les métiers du bâtiment. J’ai souvent eu des amis maçons ou autres. C’est un milieu dans lequel je me retrouve et me sens bien naturellement.

Vous allez donc couper avec celui du rugby ?

Je ne sais pas si je vais couper mais il est certain que je ne ferai pas d’interviews et que je ne serai pas consultant télé.

Ni entraîneur ?

A priori non. Pour l’instant, ça ne m’attire pas. Être joueur ou entraîneur, ce sont deux mondes différents. Pour les avoir observés de près, les entraîneurs n’ont pas de vie. Pour moi, ça ne s’improvise pas. Tu l’as en toi ou pas, mais tu ne peux pas dire du jour au lendemain : « Je vais le devenir. » Je comprends que certains veulent rester absolument dans ce milieu où il y a pas mal d’argent. Je ne ressens pas cette envie. Dans dix ans, je ne sais pas, mais aujourd’hui non.

Alors, rendez-vous dans combien de temps pour la prochaine interview ? Dix, quinze ans ?

Oui voilà, quinze ans, c’est parfait pour moi (rires).

Ce mec à part

Pour essayer de percer le mystère Florian Fritz, il n’y a qu’à écouter ceux qui le côtoient au quotidien. Lui qui fait l’unanimité chez eux, admiré et respecté pour son authenticité. « Je sais qu’avec vous, il est taiseux, mais il est différent à l’intérieur d’un vestiaire », nous avait un jour confié Gaël Fickou. « Des Florian Fritz, il n’y en aura plus dans le rugby », affirmait récemment Gregory Lamboley. Fritz, c’est un paradoxe, un joueur que l’on voit évoluer au plus haut niveau depuis seize ans, que l’on croise chaque semaine à l’entraînement et que l’on connaît finalement si peu. Parce qu’il a une sainte horreur d’attirer la lumière sur sa personne. Encore davantage d’oser parler de lui. Du coup, on rappelle sans cesse son exemplarité en match, son goût pour le combat, cette rage de vaincre si contagieuse. Puis reviennent en mémoire quelques coups de sang ou écarts de conduite qui font aussi partie intégrante de son parcours. Parce que Florian Fritz, c’est exactement ça : un mec qui ne laisse pas indifférent. Jamais. Mais, sur l’homme, difficile d’en savoir plus… Alors, oui, l’entretien ci-contre est un événement. Durant toute sa carrière, ceux qu’il a accordés doivent se compter sur les doigts d’une main. Pour tout avouer, cela fait plus de trois ans qu’on lui propose de manière régulière. Avec, à chaque fois, la même réponse : « Non, je n’ai rien à dire, ce n’est pas mon truc. Faites-le plutôt avec ceux qui aiment ça. » Toujours poli. C’est ce qui nous fait tant apprécier ce personnage si naturel, égal à lui-même. Et n’allez pas croire qu’il ferait la moindre exception. Non, Florian Fritz s’est constamment tenu à distance de la presse et des médias en général. Imaginer une quelconque proximité avec lui quand on fait notre métier aurait été utopique. Voilà neuf jours, deux heures après le coup de sifflet final du barrage perdu contre Castres qui était sa dernière sortie professionnelle, on est tombé sur lui par hasard et on a retenté notre chance. « Allez, il faut bien faire une interview pour terminer. Mais il n’y en aura qu’une. » Si c’est un privilège, il est estimé à sa juste valeur mais aussi relatif : Midi Olympique était au bon endroit au bon moment. Assis dans les tribunes d’Ernest-Wallon, celui que l’on classe définitivement à part s’est confié durant 45 minutes. Parfois en retenu. Toujours avec le sourire.

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