Grisoli : « Ce sera des matchs à huis clos ou rien ! »

  • JEAN-BAPTISTE GRISOLI - Ex-médecin du XV de France et de Toulon
    JEAN-BAPTISTE GRISOLI - Ex-médecin du XV de France et de Toulon / Dave Winter / Icon Sport
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Il demande, entre autres, aux instances du rugby de ne pas la pression sur les épaules de ses confrères médecins. Pour lui, la reprise devra se faire à huis clos afin d'éviter la reprise de la contagion.

Quelles sont les raisons pour lesquelles vous avez d’abord interpellé la Ligue sur Twitter, puis le grand public, sur, selon vous, l’impossibilité de disputer des phases finales en public au mois d’août prochain ?

Il y a deux problématiques dans votre question. Tout d’abord, la responsabilité que l’on veut faire porter aux médecins de clubs. J’ai eu plusieurs de mes confrères au téléphone ces derniers jours, et ils ont peur. Si jamais on reprend le rugby de manière anarchique et qu’il y a un souci, c’est sur eux que cela va retomber. Je tiens à souligner d’ailleurs le très gros travail de Bernard Dusfour, médecin référent de la LNR, et Sylvain Blanchard, mon homologue du Racing. Ce qu’ils ont pondu comme protocole de reprise est complet. On a intérêt à les écouter même si cela met en péril les phases finales en août qui, si elles ont lieu, ne pourront se faire qu’à huis clos.

Pourquoi ?

Parce qu’il leur faut du temps pour mettre en place la reprise. Le 12 mai, on ne pourra pas reprendre les entraînements collectifs sur le terrain. Cela passera par de nombreuses étapes, avec divers examens médicaux.

Mais ce virus est surtout dangereux pour les populations à risque, on peut penser que des hommes de moins de 30 ans, censés être en bonne santé ne sont pas en première ligne face à ce virus ?

Oui, je vous entends sur ce plan-là. Nous sommes face à un virus très sournois, dont on n’imaginait pas l’existence il y a six mois, qui est peu mortel mais extrêmement contagieux. Et c’est là tout le problème. Pas de souci, en principe si un sportif surtout de haut niveau est contaminé mais quid de son entourage ? S’il a une épouse diabétique, que son médecin de club est en surpoids, et je parle en connaissance de cause, ou même son entraîneur ? On fait quoi ? On les laisse mourir ? Non, il faut les protéger. Et puis, même si le risque est mince, il y a aussi celui de myocardite chez les « porteurs sains » pour schématiser. On ne peut pas bricoler avec la santé des personnes. Il faut laisser faire les médecins, et surtout ne pas leur mettre de pression. Après, je suis plus circonspect sur la tenue de rencontres en public.

Selon vous, c’est huis clos ou rien du tout ?

Oui, ce sera des matchs à huis clos ou rien ! Remettre du public dans les stades n’est pas raisonnable. Et je pèse mes mots. Je travaille actuellement en service infectieux à l’hôpital de La Timone à Marseille. Globalement, les choses sont en train de s’arranger. Il n’y a plus de surcharge de patients dans le milieu hospitalier, mais les nouveaux cas positifs qui se présentent à nous, ce sont tous des personnes qui ne respectent pas ou ne peuvent pas, la distance sociale ou les gestes barrières. Tous sans exception. Et sur le peu de recul que l’on a, on s’est rendu compte que les trois centres de concentration de contagion, c’est le match de Ligue des Champions entre Bergame - Valence disputé à Milan, le rassemblement évangélique à Mulhouse et la station de ski autrichienne d’Ischgl qui a refusé de fermer ses pistes de ski et ses bars. Aujourd’hui, on sait que la concentration de personnes augmente de façon exponentielle la propagation du virus. Le gouvernement n’est pas près de rouvrir les stades et j’attends avec impatience qu’il siffle la fin du bal.

D’accord mais l’économie du rugby professionnel est basée sur la billetterie. Une phase finale à huis clos n’a que peu de sens ?

Je le sais mais je crois que l’on doit prendre le temps de s’écouter, de se montrer solidaire. Les clubs les plus riches doivent aider les plus pauvres, les joueurs vont devoir rogner sur leurs salaires. On doit tout faire des efforts. La Ligue doit prendre exemple sur vous, Midi Olympique. En l’absence de compétition, vous vous êtes réinventés. Le Top 14 doit le faire, lui aussi. Imaginer d’autres animations autour des matchs. Apprendre à vivre sans public dans les stades. Ce ne sera pas possible autrement. Je le répète, pour moi ce se sera le huis clos ou rien !

Le processus de reprise du rugby, pour les professionnels est lourd et coûteux. Qui doit payer ?

Ce n’est pas à moi de le dire. Mais il faut aussi rassurer les joueurs. Ils ont peur, eux aussi ! Ils ne veulent pas reprendre. C’est pour cela que j’ouvre ma gueule. Je suis en dehors du rugby et je peux dire «Laissez faire les médecins». Ne les poussez pas à faire n’importe quoi !

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