Comment le ministère a repris la main sur les fins de saison

  • Roxana Maracineanu, Ministre des sports
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Si les prises de décisions se ralentissent, c’est que tous les acteurs du rugby sont désormais tournés vers le Ministère. En attendant, ils ne peuvent qu’émettre des préconisations, au mieux, des souhaits, au pire. Le rugby n’a plus la main sur ses destinées.

Au fil des semaines, la fièvre des réunions s’estompe en même temps que les destinées du rugby français semblent échapper à ses présidents. S’il y a moins de coups de gueule ou de passes d’arme, c’est aussi qu’il y a moins de réunions. Tout simplement. « Et celles qui restent, c’est de la réunionite aiguë », raconte un de ses acteurs. « Chacun s’affaire aux urgences internes à son club, sur lesquelles il doit décider au plus vite mais dans l’inconnue des chiffres. En revanche, d’un point de vue collégial, plus ça va et moins il y a de choses à décider. » Les présidents du Top 14 et Pro D2, donc, ne s’écharpent plus sur le scénario d’une reprise. Tout simplement parce qu’ils ont partiellement perdu la main sur ce sujet.

Il y a dix jours, ils s’étaient pourtant accordés sur un scénario de phases finales à plusieurs sorties. À quatre ou à huit clubs concernés, en juillet ou en août. L’option de juillet, très tôt jugée utopique vu le contexte sanitaire, a sans surprise été écartée la semaine dernière par la LNR, via un communiqué : « après avoir fait le point sur la situation, notamment sur les travaux en cours de la commission médicale sur le protocole de reprise et de la commission sportive sur les délais de réathlétisation et de préparation, le comité directeur de la LNR a décidé l’abandon du scénario 1 d’organisation des phases finales du Top 14 à compter de fin juin jusqu’à mi-juillet. »

Réunion sur les huis clos, FFR et LNR ne sont pas conviées

Pour ce qui est du mois d’août, l’option reste théoriquement en vie. Et si elle ne fait plus grand débat en interne, c’est surtout que les présidents s’en désintéressent globalement. Certains la jugent désormais tout aussi intenable, au regard des éléments médicaux présentés par les « docs » des clubs en début de semaine et des étapes, longues, qu’imposera le protocole de reprise. D’autres, les premiers intéressés par la tenue de phases finales, continuent de s’y raccrocher. Mais un message, transmis il y a deux semaines par le ministère des Sports, se fait doucement accepter : in fine, les clubs ne décideront pas de grand-chose. Pas plus que la Ligue.

C’est au ministère des Sports que reviendra le dernier mot sur les reprises. Le seul qui compte, en fait. Les scénarios de phases finales n’étaient que des propositions que la LNR transmettait, comme tous les sports, à son organe de tutelle. Des souhaits, en quelque sorte, mais qui n’engageaient en rien leur réalisation. Le ministère écoute mais travaille aussi, de son côté, avec une cellule d’experts médicaux pour imposer un cadre médical à la reprise. Des conditions strictes qui supplanteraient toutes les problématiques individuelles. Pour les clubs et leur Ligue, il faudra faire avec, ou plutôt à l’intérieur de ce cadre.

Un exemple de cette remise en place hiérarchique des dirigeants du rugby ? Ce vendredi se tenait, à l’échelon gouvernemental, une réunion regroupant des représentants des ministères de l’économie, de la santé et des sports, justement pour traiter du cas du sport. Et plus précisément des modalités des reprises, ses délais et ses possibles huis clos. « Une reprise à la mi-juin est le scénario optimum mais il y en a d’autres, promettait la ministre des Sports, Roxana Maracineanu, la semaine dernière sur les antennes d’Eurosport. Celui d’une reprise peut-être en septembre des championnats, voire d’une saison blanche cette année pour pouvoir reprendre au mieux la saison prochaine. » Pour en discuter et, bientôt, en décider, ni la FFR ni la LNR n’étaient conviées autour de la table. Pas plus que les autres sports. Un message clair : les mesures prises à l’étage national s’affranchiront sans mal des envies de titres de tel club, des besoins de qualification européenne d’un autre et qui pourraient orienter la réflexion. Ces doléances ne seront même pas prises en compte au regard du contexte économique qui se profile. Pas seulement pour le sport.

La problématique des tests sérologiques

C’est d’ailleurs par le prisme de cette reprise en mains par le politico-médical et de l’ordre des priorités qui en découle qu’il fallait bien lire la sortie médiatique de la ministre Roxana Maracineau, la semaine dernière toujours sur les antennes d’Eurosport. De son interview, on a d’abord retenu cette phrase choc, de nature à interpeller quand venant de quelqu’un qui se doit de défendre le sport : « Ce qui est certain, c’est que le sport ne sera pas prioritaire dans notre société. Il n’est pas prioritaire aujourd’hui dans les décisions qui sont prises par le gouvernement. » C’est pourtant sur la suite qu’il fallait s’attarder. « Si, en sortie (de confinement), il n’y a pas assez de masques, si comme aujourd’hui les tests restent réservés aux personnes qui présentent des symptômes et que c’est la condition édictée par les sportifs, ça ne se fera pas. » Le puzzle se construit alors et le message de la ministre prend sens. Pour une reprise des compétitions, les médecins du rugby préconisent de commencer par tester tous les joueurs, pour ensuite adapter les programmes de reprise en fonction des profils (infectés, ou non). Ces tests sérologiques sont même la phase 1 du protocole envisagé, celle qui conditionne tout le reste. Or, au déconfinement, il n’y aura pas de tests disponibles pour l’ensemble de la population. Et c’est désormais clair : « le sport ne sera pas prioritaire. »

Voilà qui en dit plus sur les espoirs de reprise du rugby. Bien avant de savoir si elle se fera en août, en septembre ou plus tard, si ce sera à huis clos ou en public, il convient d’en connaître le cadre médical. La clé de tout. « C’est même la clé de toutes nos discussions et négociations », admet un président. « Un exemple : en ce moment, le comité directeur de la LNR entérine des décisions prises par les groupes de travail. Mais, à chaque fois, il faut ajouter la mention « sous réserve que… ». En clair, on ne décide vraiment de rien. On ne fait que des préconisations. Parce qu’on ne sait pas, tout simplement. » Parce que le rugby ne sait pas le contexte qui sera exactement le sien, demain. Ni le cadre médical qui sera imposé par le ministère, ni les mesures économiques qui seront nécessaires. « Pour l’instant, nous mettons surtout le nez dans les chiffres de nos clubs. Et on prend peur ! Cela alors que de nombreuses variables n’ont pas encore livré leur verdict et que nombre d’entre elles pourraient encore aggraver la situation. » Prenez les abonnés, par exemple, qui pourraient demain se retourner contre leur club en demandant le remboursement des matchs annulés. Idem pour les partenaires. « On ne sait rien et tant que le ministère n’imposera pas la ligne à suivre, on restera dans le brouillard. » Voilà pourquoi les médecins, au front de leur présentation, réclament une prise de position forte de l’état. Voilà aussi pourquoi Paul Goze ripostait, quand ses présidents lui demandaient de trancher enfin une issue à la situation : « Est-ce sérieusement à la Ligue de prendre une décision de cette ampleur et qui nous dépasse ? » Tous en appellent désormais aux voix ministérielles. Une manière, aussi, de ne pas avoir à supporter la responsabilité de catastrophes éventuelles, demain.

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Les commentaires (1)
TM1348 Il y a 4 mois Le 27/04/2020 à 10:25

La question des flux économiques au regard de la crise sanitaire. prend le pas sur l amenagement d un deconfinement qui reste lui dans un flou artistique persistant. La position de la LNR et de la commission médicale valident une prudence nécessaire. Toutefois l'inquiétude de remboursement des abonnés...ceux ci ont acheté sous forme contractuelle un service..il normal en matière commerciale de respecter ces engagements ...donc de trouver les moyens compensatoires idoines...le sport professionnel ne peut s exempter de rester conforme à ces principes .