Contaminé par le Coronavirus, Sacha Valleau raconte

  • Membre important de l’équipe de France à VII, Sacha Valleau a été atteint du Covid-19. S’il semble aujourd’hui guéri, le Toulousain continue de prendre toutes les précautions nécessaires.
    Membre important de l’équipe de France à VII, Sacha Valleau a été atteint du Covid-19. S’il semble aujourd’hui guéri, le Toulousain continue de prendre toutes les précautions nécessaires. DR / DR
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L’international à VII, Sacha Valleau, 23 ans, a été atteint par le coronavirus au début du mois. Après avoir été touché aux poumons principalement, le Toulousain de formation va mieux. Il aborde l’avenir et ses prochains défis avec un relatif optimisme. Témoignage.

Avant toute chose, comment allez-vous aujourd’hui, vous qui avez été atteint du Covid-19 au début du mois ?

J’ai passé un scanner de contrôle il y a dix jours : il a permis de voir que je n’avais plus de traces de Covid-19 dans les poumons. Ça va de mieux en mieux. Je pense que le plus dur est derrière moi. Je me sens chanceux d’aller bien maintenant. J’essaye de me reposer car je suis encore fatigué. Après un mois de confinement sans pratique, je reprends le sport progressivement. J’ai entendu parler des risques de myocardite, ça incite à la prudence. Je ne fais donc les efforts qu’à 80 %.

Quand je me suis retrouvé avec les électrodes sur le cœur, j’ai compris que c’était sérieux et j’ai commencé à m’inquiéter. J’ai alors pris conscience du danger.

Comment votre maladie s’est-elle déclarée ?

Avec la sélection, nous venions de rentrer de notre tournée à Los Angeles et Vancouver. C’était une semaine de récupération. J’ai vu des copains sur Paris. Il y avait une petite soirée organisée et il se trouve qu’un des potes que j’y ai croisé avait le virus, sans le savoir. Et il me l’a refilé, voilà… Je suis descendu sur Toulouse pour voir de la famille et c’est à ce moment que les premiers symptômes se sont fait sentir. Ça s’est rapidement dégradé. Quand j’ai commencé à avoir des douleurs aux poumons, j’ai compris que j’étais en plein dedans. Et ça s’est enchaîné. J’ai vu le médecin qui m’a dit : "Tu files direct aux urgences. Tes poumons ne sont pas bien." En urgence, j’ai passé un scanner pulmonaire qui a révélé des taches dans le poumon droit. Je suis resté toute la journée à l’hôpital. Il ne pouvait pas me garder plus longtemps car l’hôpital recevait des patients de Mulhouse et de l’Oise avec de gros soucis respiratoires. Ils étaient prioritaires. Moi, j’avais mal mais je n’étais pas dans cet état extrême. En tout cas, le personnel soignant de la Croix du Sud, au Sud de Toulouse, a été top.

Vous êtes donc rentré chez vous en suivant…

Oui, les médecins m’ont dit de rester à la maison et de prendre un maximum soin de moi. J’étais en lien avec le médecin de la sélection et le pneumologue à Toulouse qui m’ont donné les précautions à suivre. Ma quarantaine a été encore plus stricte. Au moindre souci, je devais repartir directement aux urgences. Par chance, je n’en ai pas eu. Au bout d’une semaine, ça allait mieux.

Quelle a été votre réaction quand le diagnostic a été posé ?

Je ne pensais pas que ça pouvait m’atteindre : j’ai 23 ans et je suis sportif de haut niveau. Mais quand je me suis retrouvé à passer tous les tests avec des électrodes sur le cœur, j’ai compris que c’était sérieux et j’ai commencé à m’inquiéter. J’ai alors pris conscience du danger. Quand je vois qu’une gymnaste de 19 ans a succombé, à Toulouse… Ça fait froid dans le dos. Mes parents étaient très inquiets, aussi, et moi, je ne voulais surtout pas les contaminer. J’ai envoyé un message à mes amis dans la foulée : ne faites pas de conneries. Personnellement, j’ai eu la chance que ça ne soit pas plus grave. J’espère que beaucoup de gens contaminés en auront autant.

Vous êtes en tout cas la preuve vivante qu’on peut être sportif de haut niveau et être sévèrement touché par le coronavirus…

Oui, en plus, j’étais en bonne forme à ce moment-là. Je n’ai jamais eu de souci de santé. Mes poumons, d’ailleurs, fonctionnent bien en temps normal. C’est pour ça que j’ai demandé au médecin : "Mais qu’est-ce que j’ai pu faire pour me retrouver dans cette situation ?" En plus, je n’ai même pas eu de fièvre. J’avais juste perdu le goût et l’odorat. Mon ami qui a aussi été touché a eu de la température pendant trois jours et puis plus rien. J’aurais préféré que ça soit la même chose pour moi. Mais je ne vais pas me plaindre. Je semble guéri. Et j’espère que je n’aurai plus de soucis.

Quelles sont vos sensations, à l’heure actuelle ?

Je me sens bien. La toux a vraiment diminué et je ne suis pas si fatigué que ça. J’ai pu reprendre les "abdos", le travail de gainage et un peu de partie cardio. Ça fait du bien. Ça me rend plutôt positif pour la suite.

Avez-vous une inquiétude pour la suite de votre carrière ?

J’ai une petite appréhension sur la phase de reprise. Les médecins ont peu de recul sur cette maladie et ses conséquences. Alors, pour le moment, j’essaye de reprendre tranquillement pour mettre le maximum de chances de mon côté avec l’objectif de retrouver toutes mes sensations.

Pensez-vous sortir indemne de tout ça ?

J’ai confiance en mon destin et en la médecine pour la suite. On m’a dit que si je respectais les consignes, ça devrait revenir. J’ai envie d’y croire. La reprise est prévue vers la mi-juin. Je suis en contact avec le docteur de la FFR. Je sais que j’aurai un suivi particulier avec toute une batterie de tests cardiaques et pulmonaires. Il faudra prendre le temps d’être sûr que tout va bien. C’est indispensable car à VII, si tu n’es pas à 100 %, tu ne peux pas être compétitif. Après, au niveau du calendrier, c’est encore le flou, comme pour tout le monde : les étapes sont toutes reportées et nos vacances vont sûrement être reprogrammées. On ne sait pas encore quand la compétition va véritablement reprendre.

Au beau milieu de tout ça, il y a eu l’imbroglio du report des JO. Comment avez-vous suivi ce dossier ?

Quand je l’ai appris, je venais juste d’être infecté mais je ne le savais pas encore. J’étais déçu sur le coup car c’est l’objectif fixé depuis quatre ans qui était repoussé, celui pour lequel nous travaillons tous si dur. Le groupe avait vraiment l’envie de se qualifier avec le TQO. C’est repoussé, c’est embêtant, mais avec ce qui s’est passé depuis, je sais d’autant plus que ça l’a été pour de bonnes raisons. Le plus important, ça reste la santé, celle des athlètes, des dirigeants, de tout le monde. Je comprends tout à fait la décision. En plus, on ne sait pas encore comment le Covid-19 peut évoluer à l’avenir ni combien de temps les gens qui ont été touchés comme moi sont immunisés.

Je suis un amoureux du VII et je le serai toute ma vie. [...] Mais j’ai l’envie de tenter ma chance à XV. Je commence à voir mes potes de génération qui percent et s’éclatent : les Dupont, Tolofua, Jelonch...

Toutes proportions gardées, on peut dire qu’entre l’échéance olympique et vos performances de l’année, l’interruption des compétitions n’est pas arrivée au bon moment…

Oui, on peut dire ça. La sélection était en train de réaliser son circuit mondial le plus complet et abouti. Notre montée en puissance se confirmait : nous étions sixièmes, à la lutte pour le podium. Tout le travail payait vraiment. Ça nous a coupés dans notre élan, d’autant que nous étions tous très excités à l’idée de disputer le Paris Sevens. C’était l’occasion de montrer à nos supporters que l’équipe de France à VII se porte bien. Et puis l’on espérait aller chercher cette superbe médaille aux JO après. C’était vraiment un beau début d’année avec ma première finale en Nouvelle-Zélande, la victoire contre les Fidji…

Quel impact le report des JO peut-il avoir sur le groupe, alors que votre sélection pense en grande partie son projet en fonction de ce rendez-vous ?

Ça décale pas mal de choses à vrai dire, à commencer par le possible retour à XV de plusieurs joueurs. Je pense que la plupart des mecs vont pousser jusqu’aux JO quand même. Ce sera mon cas.

Vous êtes engagé jusqu’en 2021, c’est bien ça ?

Oui, dans un peu plus d’un an, je serai libre et j’irai où le vent me portera. J’ai l’envie de tenter ma chance à XV. Je veux m’y essayer, me lancer ce challenge. J’aurais déjà fait deux olympiades et une Coupe du monde. Mais à côté de ça, il y a les Mondiaux de 2023 puis les JO à Paris en suivant. Ce sont de super événements qui font rêver. Tout ça fait réfléchir. Si je dois rester à VII, j’y prendrai du plaisir, c’est une certitude.

La tentation du XV devient tout de même grandissante dans votre esprit ?

Je commence à ne plus être jeune (il rigole). Enfin, je n’ai que 23 ans. Mais disons que pour les clubs, il est plus intéressant de voir débarquer un joueur de 24 que de 27 ans, surtout quand il doit prendre ses marques. Il faudra que je me pose les bonnes questions et que j’explore toutes les pistes. Je suis un amoureux du VII et je le serai toute ma vie. Mais je commence à voir mes potes de génération qui percent et s’éclatent à XV : Antoine Dupont, Selevasio Tolofua, Boris Palu, Anthony Jelonch, Judicaël Cancoriet, Yohan Beheregaray… C’était la cuvée 1996 du pôle France. Après, à aucun moment, je ne regrette ma décision d’avoir tenté l’aventure à VII.

Vous vous y étiez tourné avant même de postuler à une place à XV, c’est bien ça ?

Oui, j’avais des propositions de contrat espoir à droite et à gauche à ce moment-là. J’étais alors troisième ligne au Stade toulousain, mon club de cœur. Mais la FFR m’avait fait une offre à un an des jeux Olympiques. Je ne pouvais pas passer à côté de cette chance. C’est ce qui m’avait motivé. Je me rappelle encore quand les coachs m’avaient dit qu’ils ne comptaient pas vraiment sur moi pour 2016, car ça leur semblait trop tôt, mais qu’ils me voulaient me préparer pour 2020. Je leur avais dit que j’allais m’accrocher pour gagner ma place. Je me suis envoyé comme un âne et ça avait souri. À XV, je n’aurai sûrement pas eu une telle opportunité de défier les meilleurs.

En cinq saisons et à seulement 23 ans, vous avez déjà un vécu considérable au plus haut niveau avec près de deux cents rencontres avec France 7…

Je n’ai pas vu le temps passer. J’ai vécu des rêves de gamin : il y a eu Rio, les Mondiaux à San Francisco, les victoires devant les Blacks ou les Fidji. C’est magnifique. Je suis heureux d’avoir pris ce risque car c’en était un à l’époque.

Si vous sautez le pas, cette nouvelle aventure serait un défi pour vous, le septiste de conversion ?

Oui, je pense qu’il faudrait un temps de réadaptation. Mais je m’estime surtout chanceux d’avoir pu compléter ma formation avec le VII. À mon avis, cette expérience ne serait que bénéfique car elle m’a permis d’avoir plus de caisse, d’arriver à sprinter sur 100 mètres, de pouvoir enchaîner les plaquages avec intensité, de parvenir à envoyer des passes vrillées de 20 mètres des deux côtés, de savoir lifter… Il y a moins de contacts directs et de défi purement physique, certes. Mais, vous savez, à VII aussi, on apprend à bien défendre. Car si vous manquez un plaquage, c’est essai direct derrière. Je pense que la bascule est plus dure à réaliser dans le sens inverse.

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