Là-haut, World Rugby

  • Agustin Pichot et Bill Beaumont ont avancé ensemble pendant quatre ans à la présidence de World Rugby. Au printemps 2020 le premier, qui était alors vice-président, challengera le second pour se placer tout en haut de l'instance mondiale.
    Agustin Pichot et Bill Beaumont ont avancé ensemble pendant quatre ans à la présidence de World Rugby. Au printemps 2020 le premier, qui était alors vice-président, challengera le second pour se placer tout en haut de l'instance mondiale. / Sportsfile / Icon Sport
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L'édito d'Emmanuel Massicard... De loin, c’est un rendez-vous d’un autre monde qui s’est ouvert ce dimanche avec l’élection du président de World Rugby. Le challenger, l’argentin Agustin Pichot, défie le tenant du titre, l’Anglais Bill Beaumont. Deuxième ligne contre demi de mêlée. Si les deux ne boxent clairement pas dans la même catégorie, nous sommes bien là dans un combat de poids lourds du rugby international. Deux époques, deux hémisphères et deux cultures. De quoi saliver même si, vu de France, l’affiche passerait volontiers aux oubliettes d’une actualité strictement concentrée autour des crises sanitaire et économique liées du Covid-19.

C’est qu’il y a chez nous de quoi s’occuper avec l’avenir du Top 14 et du ProD2, la survie des clubs professionnels et amateurs, ou encore les prémices des joutes politiques qui vont accompagner les élections à la Ligue et à la Fédé… Autant de sujets qui, vous le comprendrez bien, sont des raisons parfaites pour qui veut snober une institution aux contours opaques, vieillotte, lointaine et qui ne nous a jamais fait de cadeau. Mieux vaut donc se concentrer sur nos petites affaires franco-françaises et laisser Beaumont et Pichot s’étriper.

Avec un peu de cynisme, on pourrait considérer que la France n’a clairement rien à gagner dans cette guerre des hémisphères. Elle sera dans tous les cas courtisée par le futur gagnant. Forcément. Bernard Laporte, promis au fauteuil de vice-président si Beaumont est réélu, deviendrait un précieux soutien nordiste pour Pichot en cas de succès de l’Argentin. Pourquoi ? « Gus », l’ancien demi de mêlée du Stade français, a beau jurer qu’il écartera alors son ancien ami « Bernie », celui qui a jusqu’ici pratiqué la politique de la terre brûlée en Europe devra bien trouver un appui chez les barons du Nord. Alors, Laporte…

Le monde donc, on s’en fichera demain. Un tel point de vue se défend, face à l’urgence de la situation dans laquelle est aujourd’hui plongé le rugby français. Notre sport est ainsi contraint de s’inventer un avenir sportif à huis clos, quand les principales recettes de ses clubs sont liées aux guichets et aux partenariats. Il y a clairement là une équation difficile à résoudre. Impossible ? Sûrement pas.

Alors, le monde ? Finalement, on ne s’en fiche pas tant que ça. À bien y regarder, c’est là-haut que tout commence. Et c’est à Word Rugby que l’avenir de ce sport va se décider dans les semaines et les mois à venir. Il sera d’abord question du calendrier international, ce vieux serpent de mer qu’aucun président n’a jamais osé attaquer de front et qui ne saurait être abandonné sous peine de banqueroute générale. En suivant, les formats des compétitions seront sur la table, la Coupe du monde des clubs que veut porter Bernard Laporte, le développement de la discipline à l’échelle de la planète, sa médiatisation et, par-dessus tout, la santé des joueurs.

À bien y regarder, on pourrait jurer que la France n’a jamais eu autant d’intérêts dans l’institution suprême depuis que Bernard Lapasset en a refermé la porte, en novembre 2016. Bien au-delà de son rôle de place forte, stratégique et politique, placée au milieu de l’échiquier international, c’est sa vision du rugby de demain qui est en cause. Ses choix et surtout son modèle, qui paraît aujourd’hui très éloigné des préoccupations de l’hémisphère Sud… Ce monde qui nous sépare et qu’il convient de relier.

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