Afflelou : « Cet argent fut mal utilisé »

  • Afflelou : « Mike Phillips, il était bourré tout le temps »
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De 2007 à 2014, le lunetier, Alain Afflelou, fut le partenaire principal de l’Aviron bayonnais. Il revient, pour nous, sur ces années rugby. Pas si fou, Afflelou...

Vous souvenez-vous de quelle manière étiez-vous arrivé à Bayonne, en 2007 ?

Ce fut un pur hasard, en fait. Un copain, alors directeur de la régie pub de RTL (Michel Cacouault, décédé depuis, N.D.L.R.), m’avait demandé d’aider le club. À l’époque, je vivais entre Paris et Biarritz. L’image de l’Aviron était très bonne et finalement, je me suis dit que m’associer à elle était une bonne idée. (Il marque une pause) C’est drôle… Vous me parlez de rugby et j’ai immédiatement des flashs qui remontent…

Lesquels ?

Celui d’un match à Montauban (2010), par exemple. Le perdant de cette rencontre de la dernière journée du championnat était condamné à la relégation. Pour le cœur, c’était une épreuve terrible.

Et ?

On a perdu 22 à 8, je crois. Mais…

Quoi ?

Avant la rencontre, je m’étais renseigné. À l’époque, le club de Montauban avait des difficultés financières et voulait contracter un emprunt de plusieurs millions d’euros. Le banquier était d’accord mais voulait des garanties. Le club comptait sur la mairie.

Alors ?

J’avais connu le même problème du temps où j’étais président des Girondins de Bordeaux (1991-1996). Pour l’avoir vécu, je savais qu’une mairie ne pouvait pas se porter caution pour un club sportif. Avant qu’on ne joue ce match de la peur, j’avais donc compris que Montauban déposerait le bilan peu après et que l’on serait sauvé…

Pour être franc, nous avions totalement oublié cet épisode.

Pas moi ! Ce jour-là, j’avais même profité de ce match pour recruter Abdelatif Boutaty. En tribunes, je disais à Francis (Salagoïty) : "Il est terrible, celui-là ! Pourquoi n’a-t-on de joueur comme lui, chez nous ?" à Montauban, il nous avait battus à lui seul et, derrière ça, Boutaty a passé plusieurs années à Bayonne.

Vous aimiez ça, le rugby ?

Je le suivais de façon très lointaine. J’ai donc appris sur le tas, au stade. Et je n’ai plus jamais lâché. Aujourd’hui, je regarde encore tous les matchs de Top 14 à la télé.

En 2011, vous êtes devenu président de l’Aviron bayonnais, un rôle que vous avez occupé durant trois saisons. En quoi était-ce différent de ce que vous aviez connu aux Girondins ?

Quand on m’a nommé à la tête de l’Aviron, je n’avais aucune culture rugby. Je regardais tout ça avec une certaine distance, au départ.

Et après ?

J’ai succombé. Je trouvais que le public du rugby avait plus de cœur que celui du foot. Jean-Dauger, c’était une expérience exceptionnelle les soirs de match. (Il soupire) Oui… Tout ça me donne encore des frissons, quand j’y repense…

Quels rapports aviez-vous avec vos joueurs ?

J’ai toujours vouvoyé les joueurs. Au foot, comme au rugby. Nos relations étaient conviviales, ce qui ne m’empêchait pas de taper du poing sur la table quand il le fallait. Mais je ne me suis jamais mêlé de la stratégie sportive, que ce soit avec Rolland (Courbis) à Bordeaux ou les autres.

Quel est votre plus gros coup, sur le marché des transferts ?

Au rugby, je ne sais pas. Mais au foot, ce fut probablement d’avoir arraché Zinedine Zidane à Tapie…

Ah oui ?

À l’époque (1992), Zinedine jouait à l’AS Cannes et Bernard Tapie (alors président de l’Olympique de Marseille) avait proposé 8 millions de francs (1,2 million d’euros) pour ce jeune joueur, ce qui était une somme énorme. Mais j’ai profité de mon amitié avec Alain Pedretti, le président de Cannes, pour faire basculer l’affaire en notre faveur. On a fait une sorte de troc, en fait. […] Zidane, c’était fou. Après l’entraînement, je demandais à Roland Courbis : "Mais comment il fait ses roulettes et ses trucs ? Tu as une explication, toi ?" Courbis me répondait : "Franchement, j’en sais rien Alain… Quand je lui demande, il me dit qu’il fait tout ça sans réfléchir…"

Quel type de président étiez-vous, à Bayonne ?

Un président absent ! (rires) On m’avait proposé ça… Bon… J’avais accepté tout en prévenant les dirigeants : "Je n’ai ni le temps ni l’envie de m’occuper d’un club de rugby. Mes affaires me prennent trop de temps." Et puis…

Oui ?

Il y a eu cette histoire avec Bernard (Laporte). Ça m’a écœuré. Je me suis dit : "Au foot et au rugby, les gens sont pareils. Ils n’aiment que le pouvoir."

De quelle histoire parlez-vous ?

En 2011, je suis allé chercher Bernard Laporte. Il était d’accord pour travailler gratuitement pour nous. Il le faisait simplement par amitié pour moi et Jean Grenet (l’ancien maire de Bayonne).

A-t-il travaillé au club, in fine ?

Un peu, oui ! Il avait d’ailleurs recruté Sione Lauaki, qui arrivait de Clermont. (Il marque une pause) Pauvre garçon… Mort à 35 ans… Je me souviens qu’on lui avait diagnostiqué un problème cardiaque, à l’époque…

Quel fut le problème avec Laporte, au juste ?

Francis (Salagoïty) trouvait qu’il lui faisait de l’ombre. Il devait se dire : "Si je prends Laporte et Afflelou, je n’existe plus". Je lui avais dit : "Je ne te suis pas, Francis… Tu étais enthousiaste au départ et tu lui trouves maintenant tous les défauts de la terre. Garde-le, ton club ! Fais en ce que tu veux !" Quelle connerie, quand j’y repense…

Pourquoi ?

Mourad Boudjellal, qui a recruté Bernard Laporte quelque temps plus tard, m’a dit un jour : "Tu remercieras pour moi les dirigeants bayonnais. : ils ont eu du flair ! Parce que les moyens d’Afflelou et les compétences de Laporte, l’Aviron serait devenu presque injouable". Je n’ai jamais oublié cette phrase. (Il marque une pause) Bon… Voilà, quoi… La nature humaine est ainsi faite que l’on cherche toujours le pouvoir pour le pouvoir. Et ça se fait au détriment de l’intérêt général. (Il soupire à nouveau)

Pourquoi soupirez-vous ?

C’est du gâchis… J’ai dit mille fois à Francis (Salagoity) : "Ne t’inquiète pas ! Je n’en veux pas de ta place ! " Mais il était mal conseillé, je crois. Autour de lui, il y avait quelques intrigants, des personnes de l’ombre qui aimaient foutre la merde. Ces gens-là n’étaient pas bien brillants.

Aujourd’hui, Total est le plus gros sponsor du Top 14 avec 5 millions d’euros distribués chaque année à la Section paloise. Vous n’étiez pas loin, à l’époque.

Oui. On donnait 4 millions d’euros par saison. Cet argent fut mal utilisé, au final.

Pourquoi ?

Moi, je n’y connaissais rien. On me disait : "Il faut signer untel ! Il est bon en touche ! Il faut signer tel autre ! Il pousse en mêlée !" Moi, j’avais confiance. Je fonçais. Au bout du bout, on recrutait des joueurs qui n’avaient pas envie de se battre. On avait fait venir le demi de mêlée Gallois…

Mike Phillips ?

Oui. À son sujet, j’avais dit qu’on ne pouvait jouer avec des "pochards". Le mec, il était bourré tout le temps. Au lendemain d’une défaite cuisante à Bayonne, il était même arrivé à la séance vidéo du lendemain totalement saoul. Mais pas qu’un peu, hein ! Bourré, grave ! Là, j’ai dit stop et je l’ai viré.

Et ?

Le Racing l’a recruté, ce qui manquait un peu de classe. Mais il n’a pas fait des étincelles là-bas non plus…

Il se dépensait des sommes folles à l’époque, sur le marché des transferts…

Oui. En 2010, on avait ce jeune ailier (Benjamin Fall) qui avait des qualités. Le Racing s’est mis dessus. Francis (Salagoïty) est venu me voir et m’a dit : "On fait quoi ? On l’augmente ? " J’ai répondu : "Ce mec te fait six matchs par an. Quand il n’est pas blessé, il est en équipe de France. On va prendre les 400 000 euros du Racing et le laisser partir." Pour lui, et je le regrette, la mauvaise série s’est d’ailleurs poursuivie dans les Hauts-de-Seine puis à Montpellier.

Avec qui aviez-vous des affinités, dans le rugbyprofessionnel ?

J’appréciais Mohed Altrad, Mourad Boudjellal, Pierre Martinet… Mourad est un mec bien. Avec sa grande gueule, il a réussi à faire quelque chose de grand à Toulon. Comme Jean-Michel Aulas à Lyon (football).

Vous avez quitté l’Aviron bayonnais en 2014, sur un projet avorté de fusion avec le Biarritz olympique. Pourquoi vous étiez-vous lancé là-dedans ?

Mais je ne suis pas lancé dedans ! Manu Mérin (ancien président de l’Aviron bayonnais) et Serge Blanco, que j’ai rencontré quatre fois, m’ont juste dit que c’était une bonne idée !

Pourquoi y étiez-vous opposé à ce projet de fusion, alors ?

Il n’y avait rien à gagner dans cette affaire : on ne pouvait pas avoir plus de monde en tribunes, on n’avait plus de place sur les maillots pour accueillir d’autres sponsors et, qu’on le veuille ou non, nos supporters se détestaient. Je disais aux autres dirigeants présents avec moi autour de la table : "Vous croyez que des gens qui ont une telle rancœur les uns envers les autres vont s’embrasser demain sur la bouche ?" (il soupire) Non, franchement… Je n’y voyais rien de bon…

Ok mais alors ?

In fine, on aurait eu un million d’euros en plus dans les caisses avec la fusion mais tout ça, c’était utopique. Un et un ne font pas deux, dans ce genre de transaction.

Reviendrez-vous au rugby ?

Non. Quand une page est tournée, elle est tournée.

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