Les blouses du rugbyman Château

  • Karl Chateau of Perpignan during the Pro D2 match between Perpignan and Beziers on August 22, 2019 in Perpignan, France. (Photo by Manuel Blondeau/Icon Sport)
    Karl Chateau of Perpignan during the Pro D2 match between Perpignan and Beziers on August 22, 2019 in Perpignan, France. (Photo by Manuel Blondeau/Icon Sport) Icon Sport / Icon Sport / Icon Sport
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Tous les matins, Karl Château travaille bénévolement au sein d’une association confectionnant des blouses et surblouses. Le troisième ligne catalan raconte cette expérience.

"Des mecs comme lui, même dans le rugby, il n’y en a pas beaucoup. C’est lui qui m’a directement appelé pour me demander comment il pouvait m’aider." Entrepreneur catalan, Jean-Baptiste Torres a accueilli à bras ouverts son ami Karl Château au sein des "Petites Mains du 66 ", association basée à Cabestany, en périphérie de Perpignan. Le troisième ligne, privé de compétition, avait spontanément proposé ses services pour la bonne cause. "J’avais envie de me rendre utile, tout simplement, raconte le Toulousain d’origine. J’avais demandé une première fois à Jean-Baptiste mais il n’avait pas besoin alors. Puis il m’a rappelé pour me dire qu’il lançait une production de blouses et surblouses pour le personnel soignant. Il y avait une pénurie complète. Une chaîne de production a été mise en place : moi, je suis à la découpe et il y a des couturières bénévoles sur deux chaînes. J’y suis tous les matins depuis lundi dernier. Parfois jusqu’à 15 heures. Ça tourne à plein régime. Il y a des demandes de partout, de Lyon, de Toulouse… Lundi, nous avons battu notre record avec 439 blouses. " Karl Château s’est rapidement pris au jeu : "Au début, ça fait bizarre de changer d’environnement et de collègues, raconte le flanker de 27 ans. Mais petit à petit, je m’y fais et j’apprécie. Ça commence à ressembler à une cour d’école au niveau de l’ambiance. Et puis c’est intéressant. Le fait de goûter à un autre univers me servira pour mon après-carrière."

"Un moyen de s’ouvrir au monde"

La semaine passée, le Catalan d’adoption a tenté de rameuter ses camarades de vestiaire. En vain, pour le moment : "Je suis un poil déçu. Je n’ai pas forcément eu de retour. Damien Chouly m’a dit qu’il aimerait venir. Gert Muller et sa femme vont faire le repas pour nous un midi. Après, je comprends que ça puisse faire peur de travailler avec quarante personnes autour en ce moment et il y en a qui doivent s’occuper de leurs enfants. Mais c’est un peu dommage, d’autant que des joueurs disent que c’est dur d’être confiné alors que s’engager au sein de l’association est un bon moyen de s’ouvrir au monde." De le repenser, aussi, d’une certaine manière.

Karl Château est devenu acteur d’une initiative amenée à prendre de l’ampleur au niveau national. "Les Petites Mains du 66 " sont en train de grandir : "Nous avons la volonté de dupliquer le modèle mis en place, explique Jean-Baptiste Torres, chef d’entreprise dans la sécurité incendie, désireux de mettre ses idées et la main-d’œuvre au service de la bonne cause. Un groupement d’intérêt économique, "GIE Territoires Solidaires", vient d’être créé dans le but d’apporter une réponse locale aux demandes de l’Etat. Il permettra notamment aux industries à l’arrêt de relancer leurs outils de production et, grâce à l’ESS (le concept d’économie sociale et solidaire), de produire localement des protections médicales. Je pense notamment à toutes les sociétés qui agissent dans le textile du sport : elles qui n’ont pas de visibilité jusqu’à la fin de l’été et ont une capacité de travail à apporter. Elles peuvent nous rejoindre." D’ici là, Karl Château aura peut-être suscité d’autres bonnes volontés chez ses confrères rugbymen…

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