Michalak : « Avec Toulon, on se sentait invincibles » (2/2)

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Exclusif - L’ancien ouvreur du Stade toulousain, du RCT, du Lou et du XV de France, a accepté le principe d’un très long entretien pour évoquer sa carrière mais aussi se projeter sur sa vie actuelle. Frédéric Michalak, a gardé un petit côté facétieux, mais a aussi un avis pertinent et légitime sur toutes les problématiques actuelles du rugby français.

Qu’est-ce que vous ont amené vos deux passages en Afrique du Sud, chez les Sharks de Durban ?

C’est là que j’ai connu la mère de mes enfants, ce n’est pas rien. J’ai trouvé une philosophie, une manière de travailler et une préparation mentale différentes. On met à disposition du joueur plein d’outils et il choisit ce qui lui convient. Cette responsabilisation m’a beaucoup plu. J’ai pu développer mon mental et mon physique. Quand je suis revenu à Toulouse après le premier passage, j’étais comme un fou car j’avais l’impression d’avoir découvert un nouveau sport ; mais je suis retombé dans le train-train quotidien de la préparation du Top 14 qui est un marathon. Si je l’ouvrais, on me faisait comprendre que si j’étais si bien là-bas il fallait y rester... C’est pour cela que j’y suis reparti trois ans après.

Ce retour en Afrique du Sud vous a probablement privé d’une participation au Mondial 2011 ?

C’est dur de répondre à cette question parce qu’en 2011, je pense que j’étais au meilleur de ma forme. Je n’ai jamais eu d’aussi bonnes "stats", je faisais des grosses prestations avec les Sharks et j’y ai cru jusqu’au bout d’autant qu’à mon poste, il y avait eu des blessures. J’aurai pu être rappelé, mais bon…

N’avez-vous pas payé le fait d’évoluer à l’étranger, trop loin des radars et du sélectionneur, Marc Lièvremont ?

Il avait des moyens assez faciles de voir mes matchs ! On ne peut pas dire que la Currie Cup ou le Super Rugby ne sont pas assez télévisés ! Marc a fait ses choix. J’évoluais dans ce qui était considéré comme le meilleur championnat du monde, le Super Rugby. C’est sûr que c’était impossible de me sélectionner pour le Tournoi, notamment compte tenu des distances. Mais pour la Coupe du monde…

Après coup, en avez-vous discuté avec lui ?

Il avait expliqué qu’il ne voyait pas mes matchs. Point barre. Cela ne servait rien de demander des explications, surtout a posteriori. Cette non-sélection m’a poussé à m’entraîner plus dur encore pour revenir chez les Bleus, ce que j’ai pu faire en 2012 lors de la tournée en Argentine. Sur cette dernière période, j’ai pris énormément de plaisir avec le groupe, même si les résultats n’étaient vraiment pas là, et que nous en avons pris plein la figure. Mais j’ai bien aimé ce rôle de grand frère. La génération qui est arrivée sous Philippe Saint-André avait des côtés attachants, même si au final elle n’aura pas réussi grand-chose avec les Bleus.

N’était-ce pas une génération qui s’est trop vite habituée à la défaite ?

Tout le monde a des torts dans les mauvais résultats, moi aussi. Selon moi, ils sont partagés et les explications nombreuses, un choc de générations avec le staff, peut-être du management, à des personnalités particulières chez les joueurs. En sport, c’est toujours pareil : l’osmose dans un groupe est parfois difficile à mettre en place et l’équilibre est toujours précaire. Il faut aussi connaître les hommes, pas seulement les joueurs. Savoir quels seront leurs comportements au sein d‘un groupe. Cette démarche n’a peut-être pas été faite et cela nous a coûté cher. Regardez ce que fait Didier Deschamps au football, dans sa sélection : il sélectionne des joueurs pour ce qu’ils peuvent apporter au groupe, sur le plan sportif et aussi humain. J’ai été témoin, au moins jusqu’à 2015 car après je n’y étais plus, d’incompréhensions au niveau des langages et dans les attitudes entre staff et joueurs.

N’étiez-vous pas trop seuls, vous et Thierry Dusautoir le capitaine, pour cadrer les choses ?

Je ne sais pas. C’est facile de réécrire l’histoire. Après, quand tu n’es pas bon sur le terrain, tu essayes d’expliquer toutes les choses pour trouver une lumière d’espoir... On n’avait peut-être pas non plus le talent. On a vu qu’après, ce n’était pas qu’une question de personnes.

En 2012, vous décidez de porter le maillot de Toulon au milieu d’une constellation de stars. Pourquoi ?

Je n’avais pas perdu d’ambition et je ne regrette surtout pas mon choix. Mes quatre années au RCT m’ont marqué. Il y avait sur le papier, la plus belle équipe du monde, Hayman, Botha, Fernandez-Lobbe, Wilkinson, Giteau et Mitchell, Habana… Notre force, c’était le souci de la performance. Il fallait nous voir aux entraînements notamment en 2014 et 2015... Le ballon il ne fallait pas qu’il tombe, la passe ne devait pas être ni trop haute, ni trop basse. Toujours juste. L’exigence d’un Wilkinson ou d’un Giteau était incroyable. Ils pouvaient t’engueuler si la passe n’arrivait pas quand ils le souhaitaient, là où ils l’attendaient. Ce côté déterminé, psychorigide même, tirait tout le monde vers le haut. Les joueurs avaient envie de s’approprier le projet. On n’était pas clients mais acteurs ! Bernard Laporte nous permettait d’avoir droit au chapitre sur tous les sujets : la préparation, la stratégie, le contenu des entraînements. On était force de proposition et cela faisait partie de notre cohésion.

Les jeux à toucher devaient être d’un sacré niveau…

Oui mais dans ce domaine, ceux du Stade toulousain étaient au-dessus. Le jeu dans l’espace cela reste une marque de fabrique de ce club. Nous avions tous grandi là-dedans. Et à toucher, Toulouse fait référence. à Toulon, les joueurs étaient experts dans des domaines bien précis. Chris Masoe et Rudy Wulf sur le plaquage, Bryan Habana sur les ballons aériens, la passe avec Matt Giteau, Jonny (Wilkinson) le jeu au pied bien sûr. Et au poste de Général, Bernard Laporte tirait les ficelles.

Aviez-vous parfois l’impression d’être invincibles ?

Clairement, oui. On avait parfois l’impression avec Toulon, que nous étions invincibles que rien ne pouvait nous arriver. Et heureusement qu’on avait Bernard Laporte comme garde-fous, notamment pour le cinq de devant... N’empêche, nous avons quand même connu quelques belles contre-performances, avec le RCT. Il y a le souvenir de Grenoble à la Mayol en 2013, et bien d’autres... Quand on perdait, Bernard convoquait une séance vidéo le dimanche à 6 heures du matin. Et pas question d’arriver en retard ou d’être mal réveillé. Les étrangers, ils hallucinaient !

Racontez-nous...

Fallait voir les têtes de Giteau ou Mitchell quand Bernard élevait la voix à ces occasions ! Ils se demandaient où ils étaient ! En 2013, on n’avait encore rien gagné. Je me souviens qu’une fois Bernard avait mis les entraînements pour le "fat club", à 6 heures du matin car il estimait qu’ils ne se déplaçaient pas assez. Bakkies Botha avait été convié et il était très énervé... Dans le vestiaire, il nous annonçait qu’il allait repartir avec sa famille dans son pays. Il avait cherché à y échapper... Bernard n’avait pas lâché et finalement Bakkies, comme pour n’importe quel autre entraînement, était arrivé avec un quart d’heure d’avance. Bernard voulait toucher son ego, et ça marchait. Pour tout vous dire, les étrangers ont longtemps pris Bernard pour un fou. Il n’y avait que des grands joueurs tous voulaient être performants, gagner des titres et laissaient Bernard tranquille sur les demandes d’explication. Jamais personne n’est venu remettre en cause une composition d’équipe. Pourtant sur le banc, il n’y avait que des internationaux. L’état d’esprit si particulier de notre groupe se voyait avec les remplaçants, qui se mettaient tous au service des titulaires. Personne ne pensait à se plaindre de son sort. J’avais perçu ce type de comportement lors de mon passage en Afrique du Sud mais, en France, c’était une vraie nouveauté.

Si vous deviez faire un top 3 de tous vos matchs ?

La finale 2001 avec Toulouse, c’est celui qui m’a procuré le plus de sensations. Toujours avec le Stade, la Coupe d’Europe 2005 remportée face au Stade français qui était notre adversaire préféré : au bout des prolongations, j’avais inscrit un drop. Enfin, la finale de la Currie Cup avec les Sharks en 2008. Je repense aussi à la demi-finale de Top 14 avec Toulon à Nantes, contre Toulouse (2013)…

Vous étiez un joueur réputé facétieux. Quel papa êtes-vous ?

Je n’ai jamais rien fait de ce que l’on raconte... Je vous jure que ce n’était pas moi (rires). En équipe de France, peu importent les générations, on a toujours pensé j’étais le coupable. Le problème, c’est qu’il y avait aussi de drôles de loustics comme William Servat, Fabien Pelous ou Christophe Dominic. Après, il y a eu aussi Brice Dulin. Perso, je ne faisais rien du tout ! Comme papa, c’est pareil : mes enfants savent que ce n’est jamais moi, mais toujours leur mère (rires).

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