Un monde à inventer

  • France team huddle during the captain's run at BT Murrayfield Stadium, Edinburgh. 

Photo by Icon Sport - --- - Edimbourg (Ecosse)
    France team huddle during the captain's run at BT Murrayfield Stadium, Edinburgh. Photo by Icon Sport - --- - Edimbourg (Ecosse) PA Images / Icon Sport / PA Images / Icon Sport
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L'édito du jeudi par Léo Faure... Plus que jamais, on ne lâche rien. C’était la promesse, à notre première page il y a de ça six semaines. Pas sûr, à l’époque, qu’on pensait en être encore là fin avril, à se demander si on reverrait du rugby dans un stade hypothétiquement en août, sûrement en septembre, peut-être en décembre. Pourtant, plus que jamais, on ne lâche rien.

Cette semaine, nouvel épisode à la série. Le discours tant attendu du déconfinement, prononcé par le Premier ministre depuis le Palais Bourbon, a donc posé ce jalon de paille : le sport, en tant que spectacle de divertissement, donc en public, ne reprendra "pas avant septembre". Ce qui ne tranche finalement pas grand-chose.

Voilà pour l’avancement, proche du néant. Si ce n’est ce message, primordial, adressé en calque à toutes les ligues professionnelles : non, l’État ne portera pas la responsabilité du verdict dans des juridictions qui leur incombent. Chacun devra assumer, sur son territoire, les choix qui feront le sport de demain. Et le rugby, la LNR en tête, qui réclamait le jugement étatique de sa propre destinée, devra trouver tracer seul sa route.

Est-ce une contrainte ? Surtout pas. Cela ne devrait jamais être considéré autrement que comme une chance. Le rugby, dans sa dimension professionnelle, a ainsi tout le loisir de se réinventer et de décider, seul, du bois qui le fera demain. Grande responsabilité, beau défi.

Grande responsabilité car le chantier est immense. Ce chantier, avant démolition par un virus façon Oppenheimer, était déjà très imparfait. Depuis le début de la crise, on entend en boucle "l’occasion de faire revenir le rugby dans une économie raisonnable, plus en phase avec sa réalité". Les présidents, les joueurs, les agents, les dirigeants d’institution l’affirment. Ceux-là mêmes qui, hier, faisaient exploser la bulle des salaires et des dépenses. Qu’importe, après tout. À la libération, on ne tondra personne. En matière de régulation, toutes les bonnes idées sont à prendre, même celles venant de ceux qui faisaient sauter la banque, hier.

Au rayon des chantiers, il conviendra surtout de bien mieux gérer les calendriers. Enfin ! Que diable, vingt-cinq ans après la professionnalisation de ce sport, rien n’a avancé à ce sujet. Et puisqu’on ne saurait être critique de table sans mettre soi-même la main à la pâte, voilà un programme qui en vaut bien d’autres : un championnat d’élite au format réduit sur quatre à cinq mois, sans discontinuer. Une épreuve dense, nerveuse, haletante, écrite sur un fil tendu, jamais entrecoupée de fenêtres continentales ou internationales. Ensuite : une séquence de Coupe d’Europe, deux mois s’il le faut ; une fenêtre pour la Coupe du monde des clubs, c’est dans l’air du temps ; un dernier bloc entièrement dévolu aux sommets internationaux, demain vitrine suprême d’un sport qui ronronne aujourd’hui.

On n’invente rien, soyons honnêtes. On pioche ici et là dans les idées qui affleurent ou qui sommeillent, depuis belle lurette, dans les cartons. Le rugby et ses saisons seraient enfin lisibles, cohérents et engageants, pour le public comme les marques. Une révolution, vous dites ? Il y a de ça. Changer les calendriers, c’est changer tout un système et ses paradigmes économiques.

Pour l’instant, on traite l’urgence et le besoin vital de remettre, au plus vite, du rugby sur les terrains et du monde dans les stades, sans contrevenir aux préconisations médicales. Le rugby se meurt de sa mise au silence.

Demain, face aux risques financiers qui se lèvent, il y aura tout à inventer. La question des contrats pour les joueurs "XV de France", au moins sur les périodes internationales, se reposera. Celle des provinces reviendra.

C’est ici que le défi est beau, en cette période multi-électorale. Dans le dur, il est urgent de voir grand. Si la révolution ne vient pas en ces temps d’incertitudes, la crise que nous vivons n’aura servi à rien d’autre qu’à niveler ce sport par le bas.

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