Picamoles : « Aucune réticence des joueurs pour faire un effort financier »

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Le troisième ligne Louis Picamoles prend la parole pour donner le point de vue des joueurs des championnats de Top 14 et de Pro D2 face à la crise. Il indique que les joueurs sont prêts à consentir une baisse de leurs émoluments dans le respect du Code du travail.

En tant que membre du comité directeur de Provale, vous avez participé à la réunion paritaire sur une possible ou probable baisse des salaires des joueurs demandée par les présidents. Les joueurs sont-ils prêts à réaliser cet effort ? Il se dit que la grande majorité y est opposée…

La DNACG a présenté, pour information, ses préconisations en matière de masse salariale des clubs pour la saison 2020-2021. Nous ne sommes pas encore au stade d’imposer quelque chose, soit au club, soit aux joueurs. Il y a encore pas mal d’incertitudes, de flou sur l’avenir. Va-t-on reprendre à huis clos, quand exactement ? Il y a beaucoup d’interrogations. Ceci étant dit... Pour rectifier ce que j’ai pu entendre dans les déclarations de certains, c’est absolument faux de dire que les joueurs sont opposés à une baisse de salaire. Il n’y a aucune réticence des joueurs à participer à l’effort collectif. On va prendre notre part, assumer nos responsabilité, dans cette crise. Il n’y a jamais eu de débat, ni dans mon club au MHR, ni au sein de Provale.

Vous allez donc gagner moins l’an prochain. Mais dans quelle proportion êtes-vous prêt à faire l’effort ?

La volonté des joueurs est d’être solidaire des clubs, de leurs employeurs. Il faut trouver des solutions à cette crise. On se doit d’aider nos clubs, notre sport. Après il faut le faire dans de bonnes conditions, une fois que tout le monde se sera exprimé et quand on aura toutes les informations possibles. L’impact de cette crise est aussi énorme pour les joueurs. On fait un métier de passion. Notre bonheur, c’est d’être tous les joueurs sur le terrain, s’entraîner, préparer les matchs. Or, ce n’est plus notre quotidien depuis quelques semaines. Je tiens à préciser que, nous rugbymen professionnels, nous ne sommes pas les plus à plaindre, loin s’en faut. Tout le pays souffre et nous en sommes parfaitement conscients. Et que comme tous les Français, il y a pas mal d’impatience pour savoir comment cela va se passer, comment va-t-on sortir de cette crise ? Je le répète, il n’y a aucune réticence à faire l’effort financier.

Et cela passe donc par un accord avec vos employeurs respectifs, c’est-à-dire les clubs…

Le Code du travail indique qu’il faudra un accord de gré à gré, entre chaque joueur et la direction de son club. À Montpellier, nous sommes rentrés dans ce genre de discussion. Les échanges continuent, se font de manière intelligente. Je ne peux pas vous en dire beaucoup plus, car il n‘y a rien de signé et, surtout, c’est du cas par cas. Mais il n’y a aucune mauvaise volonté de part et d’autre.

Je trouve mes coéquipiers extrêmement réceptif, prêts à faire des efforts. Mais il faut aussi faire attention à eux. Que cette crise ne plonge pas certains d’entre eux dans d’autres soucis.

Votre rôle, en tant que joueur expérimenté, capitaine et membre du comité directeur de Provale, c’est aussi de rassurer les jeunes joueurs qui peuvent être dans une situation précaire, ou qui n’osent pas discuter avec leur club ?

Effectivement, il y a un stress important sur ce plan-là chez certains de mes coéquipiers. Mon rôle, c’est d’essayer de relayer les informations qui m’arrivent, d’être leur porte-parole au sein du club. Malheureusement, je n’ai pas de solution miracle à proposer. Ce n’est pas toujours facile de tout retranscrire aux coéquipiers mais j’essaye de le faire du mieux que je peux. Je les trouve extrêmement réceptif, prêts à faire des efforts. Mais il faut aussi faire attention à eux. Que cette crise ne plonge pas certains d’entre eux dans d’autres soucis.

Allez-vous aussi renoncer à une partie de vos congés, comme le souhaitent les présidents ?

Sur ce sujet, les discussions ont bien avancé. Nous l’avons dit, nous sommes prêts à faire un pas et même deux. Il va y avoir un effort de fait par les joueurs là-dessus. Je vous le répète, nous sommes conscients de la situation du pays, mais aussi de notre sport.

Sentez-vous de la crainte chez vos collègues à propos de la reprise de l’entraînement ?

De l’inquiétude, je dirai. Il y a beaucoup d’interrogations. Il y a pas mal de groupes de discussions qui se sont créés sur Whatsapp, et on se rend compte que tout le monde se pose des questions. Ceci dit, nous ne sommes pas les plus à plaindre, mais l’incertitude qui règne à la fois sur le sportif, mais aussi au niveau sanitaire, et savoir comment le déconfinement va se dérouler, font que nous nous posons pas mal de questions.

La LNR va décider dans les prochains jours de ne pas reprendre la saison en cours, ni de disputer d’éventuelles phases finales au mois d’août mais de repartir sur une nouvelle. Était-ce la bonne décision ?

Personnellement, vu comment les choses évoluent au sein du pays, j’avais du mal à voir quelque chose de positif à une reprise en août. Faire des phases finales, je comprenais l’intérêt même si l’équité sportive était discutable. C’est frustrant de ne pas jouer, mais je crois que l’intérêt commun est de trouver les bonnes solutions pour passe cette crise. Beaucoup de gens souffrent en raison de cette maladie. Il faut reprendre, une fois que la vie classique aura repris. Arrêter le championnat et préparer la saison suivante au mieux me paraît être la chose la plus sage. Je trouve que cette date du 4 septembre est un objectif raisonnable. Il y a pas mal d’impatience chez les joueurs de retrouver le terrain, la compétition. Les matchs, c’est notre adrénaline. Mais la reprise doit se faire dans de bonnes conditions, notamment en matière de santé et de sécurité pour les joueurs.

Est-ce à dire que vous voulez aussi suivre les prérogatives des médecins des clubs qui se veulent très prudents ?

Nous entendons pas mal de choses sur les conséquences que pourrait avoir une reprise trop intensive avec des possibles soucis cardiaques. Que faire avec des joueurs qui auront eu le virus de façon asymptomatique, et ceux qui l’auront déclaré. Il y a pas mal de cas différents et donc d’interrogations. Il faudra y répondre afin de dissiper l’inquiétude qui existe chez certains de mes collègues. Mais j’ai l’impression que toutes les parties en ont bien conscience et qu’il n’y aura pas de risque de pris.

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