Sanchez : « Le Mondial fut le moment le plus difficile de ma carrière »

  • Nicolas Sanchez a connu pas mal de moments difficiles cette saison que ce soit sous les couleurs du Stade français ou de l’Argentine lors de la dernière Coupe du monde.
    Nicolas Sanchez a connu pas mal de moments difficiles cette saison que ce soit sous les couleurs du Stade français ou de l’Argentine lors de la dernière Coupe du monde. Icon Sport / Icon Sport
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Nicolas Sanchez, le demi d’ouverture des soldats roses, décrit pour nous son quotidien de rugbyman confiné et revient, non sans douleur, sur le triste Mondial traversé par les Pumas au Japon…

Comment vivez-vous cette période quelque peu étrange ?

Pour l’instant, tout ça est très bizarre. Jusqu’à présent, ma vie était rythmée au fil des entraînements, des matchs et du quotidien du club. Tout ça me manque. Mais bon, on n’a pas trop le choix…

Comment tuez-vous le temps, au juste ?

J’essaie de faire des choses différentes, des trucs que je n’ai pas le temps de faire en temps normal… En ce moment, j’apprends l’anglais par exemple. Ma professeure est en Argentine, on s’appelle tous les jours via le logiciel Skype. Tous les deux, on discute deux heures par jour et derrière ça, je fais des devoirs. Comme un enfant, quoi ! (rires)

Où résidez-vous, en fait ?

Dans le seizième arrondissement de Paris, avec mon épouse, mon fils et une amie à nous, qui est arrivée d’Argentine il y a quelques semaines. J’aurais préféré avoir une maison et un jardin mais on est bien, ça va. Je n’ai pas le droit de me plaindre.

Continuez-vous à faire du sport, au quotidien ?

Tous les matins, je me lève à 6 heures et je vais courir sur les quais de Seine, un peu plus loin que la tour Eiffel. Je m’impose d’abord des séances d’une heure de footing et l’après-midi, je fais de la musculation à l’appartement. Le club m’a donné du matériel pour que je reste en forme. Tôt ou tard, le rugby reprendra…

Avez-vous grossi ? Maigri ?

Non, je fais exactement le même poids qu’au jour où le confinement a débuté, en mars dernier.

Tournez-vous en rond, parfois ?

Franchement, ça va. Mais ce qui me manque, c’est de toucher le ballon, rigoler avec les mecs au club, ressentir la pression de l’événement qui approche et entendre le bruit d’un stade…

Mis à part les cours d’anglais, quelles sont vos occupations ?

En ce moment, je lis un bouquin assez inspirant. Ça s’appelle "Le Club de 5 heures du matin". Ce livre me donne des pistes pour devenir plus performant, pour changer mes habitudes…

Quelles sont les "pistes" proposées dans ce livre ?

L’auteur recommande entre autres de se lever tous les jours à 5 heures du matin ! (rires) Il va me rendre fou, je crois…

Y parvenez-vous ?

Plus ou moins… Pour l’instant, je me lève à 6 heures, juste avant mon fils. Ce n’est pas trop mal…

Et le soir, alors ?

On regarde une série espagnole qui s’appelle "Mar de Plastico" (mer de plastique). C’est une histoire de trafiquants de drogues, de narcos… C’est rythmé et assez prenant, en fait.

L’objectif, ce n’était pas de rester en Top 14 parce qu’une crise sanitaire l’avait décidé ainsi. Le problème, on voulait le régler nous-mêmes

La semaine dernière, votre compatriote Juan Imhoff nous expliquait que la situation est très difficile en Argentine. Quelles nouvelles avez-vous du pays ?

Elles ne sont pas très bonnes, en effet… Je parle tous les jours avec mes proches. Au pays, ma famille tient un restaurant et un café ; comme vous pouvez l’imaginer, tout est à l’arrêt dans ce secteur-là. Mes proches traversent donc une période très compliquée.

Ok...

En Argentine, il n’y a pas d’aides gouvernementales. Pour la population, tout est donc là-bas bien plus complexe qu’en France. Ma famille ne sait pas quand elle pourra rouvrir ses restaurants mais elle continue néanmoins à payer ses employés. Financièrement, ce n’est pas facile… Mais c’est ainsi.

Convenez que la crise sanitaire ne colporte pas seulement des mauvaises nouvelles : à l’issue de cette saison, le Stade français, pourtant lanterne rouge du championnat, restera en Top 14…

Oui… C’est bizarre. Au club, on voulait à tout prix finir le championnat, montrer un autre visage, prouver à tout le monde que le Stade français valait mieux que cette dernière place…

En clair ?

Nous voulions changer les choses nous-mêmes. L’objectif, ce n’était pas de rester en Top 14 parce qu’une crise sanitaire l’avait décidé ainsi. Le problème, on voulait le régler nous-mêmes.

Pourquoi la saison a-t-elle été si difficile, au Stade français ?

En réalité, tout a été très complexe dès le début. Après dix journées de championnat, on avait seulement dix points au compteur. On souffrait dans tous les compartiments du jeu et surtout, on était soumis à une énorme pression. Cela n’a pas aidé les joueurs. Derrière ça, on n’a jamais été capable d’enchaîner trois bons matchs d’affilée.

Que faire, maintenant ?

Il nous faut construire une meilleure équipe pour la saison prochaine.

Les choses ne fonctionnaient plus avec Heyneke Meyer. Était-il important de changer de staff en fin d’année ?

Je ne sais pas ce qu’il s’est passé avec lui… Pendant ce temps, j’étais à la Coupe du monde, au Japon. Une fois que les Pumas ont été éliminés, je suis rentré à Paris, j’ai profité d’une semaine de vacances et j’ai immédiatement joué contre le Racing, à Jean-Bouin. C’est ce week-end-là que les dirigeants ont décidé de changer les coachs. Tout est allé très vite, en fait.

L’équipe fonctionnait-elle mieux, après le départ de Heyneke Meyer ?

Oui, l’ambiance a changé au club. Aujourd’hui, tous les joueurs ont confiance en Julien (Arias) et Lolo (Sempere). L’atmosphère a changé, il me semble : il y a beaucoup moins de pression négative.

Imaginons que Thomas Lombard et Hans-Peter Wild vous demandent demain de baisser votre salaire de 30 %. Accepterez-vous ce sacrifice ?

On ne sait pas encore ce qu’il va se passer, concernant les baisses de salaires… Mais les joueurs ont tous conscience que le club traverse actuellement une période très délicate, d’un point de vue économique. On va parler, on va discuter…

Parlez-nous de la Coupe du monde au Japon, au cours de laquelle vous avez perdu votre place de titulaire en équipe d’Argentine. Comment avez-vous vécu cette compétition ?

Ce Mondial, ce fut le moment le plus difficile de ma carrière. Avec les Pumas, on a démarré par un mauvais match contre les Français et, derrière ça, nous ne nous sommes jamais relevés. L’équipe était touchée, meurtrie.

Au fil de la Coupe du monde, vous avez été doublé par le Castrais Benjamin Urdapilleta. Comment avez-vous réagi, à ce moment-là ?

Ce fut difficile. Mais l’équipe passe avant l’individu. Quand on m’a écarté du XV de départ, j’ai essayé d’encadrer les plus jeunes, de les rassurer avant le match contre l’Angleterre. La pression était à son comble, à ce moment-là.

Comment Mario Ledesma, le sélectionneur argentin, vous a-t-il expliqué que vous ne seriez pas titulaire contre les Tonga ou l’Angleterre ?

Il m’a parlé avant de donner la composition d’équipe contre l’Angleterre. Il m’a dit que je n’avais pas été performant contre la France et qu’il voulait changer. J’ai simplement accepté sa décision.

Allez-vous continuer avec l’équipe d’Argentine, la saison prochaine ?

Je ne sais pas… Je vais essayer de profiter au maximum des dernières années qui me restent. Mais je ne sais pas ce qui va se passer, me concernant.

Les incessants voyages entre le Top 14 et le Rugby Championship sont-ils au final fatigants ?

Je ne vous cache pas que disputer le Super Rugby, puis le Rugby Championship et terminer la saison par une tournée en Europe, c’est chaud… Quand j’étais en Argentine (avec les Jaguares), c’était vraiment difficile. Quand tu participes au Super Rugby, tu vis cinq mois dans un hôtel, tu traverses différents fuseaux horaires et tu ne vois jamais ta famille… Maintenant que je suis à Paris, j’essaie de rattraper le temps perdu auprès des miens.

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