Les personnages du rugby français : Guazzini, une fin de règne dans la douleur

  • Les personnages du rugby français : Guazzini, une fin de règne dans la douleur
    Les personnages du rugby français : Guazzini, une fin de règne dans la douleur Midi Olympique / Midi Olympique
Publié le / Mis à jour le

Pour beaucoup d'entre-nous, Max Guazzini fut l'homme qui fit basculer le rugby français dans la modernité et, en quelque sorte, un certain universalisme. Malgré tout, les derniers mois de sa présidence furent des plus douloureux...

Chanteur de variétoche, avocat puis patron de radio, Max Guazzini est souvent reconnu, dans le Lanerneau, comme l'homme ayant cassé les codes d'un rugby français recroquevillé sur lui-même et, plus sûrement, sur des frontières culturelles allant de Bayonne, à l'Ouest, jusqu'à Toulon, à l'Est. Hé quoi ? Qui fut le premier président à instaurer la gratuité au stade pour les « dames et les demoiselles », comme le disait alors la campagne de pub du Stade français ? Qui fut le premier dirigeant de club à intégrer le show (les pom-pom girls, les marraines glamour telles Madonna ou Mathilda May...) à un sport jusque-là uniquement tourné sur le déchaînement de testostérone ? Et qui fut le premier, in fine, à masser 80 000 rugbyphiles au Stade de France pour un simple match de clubs ? Puisqu'il est ici question de « grandes premières », on aurait également du mal à oublier que sous la présidence de Max Guazzini, le Stade français lança en 2005 la première vague de maillots roses, un choix qui fit dire au pilier international Sylvain Marconnet, la toute première fois : « Rose ? Mais je vais ressembler à un petit cochon, Max ! »

Au vrai, la genèse du « pink shirt » est la suivante. Au départ, les dirigeants parisiens cherchent un maillot pour les matchs à l'extérieur et Guazzini opte alors pour la couleur « argent », dans le but de faire ressembler ses joueurs à des gladiateurs. Pourtant, les premiers résultats d'impression sont catastrophiques et le maillot sort en « gris sale », dit aujourd'hui l'ancien patron de NRJ, qui a soudain l'idée du rose. « En Italie, écrit Guazzini dans son autobiographie, « Je ne suis pas un Saint », l'équipe de Palerme arbore cette couleur, tout comme la Juventus de Turin ou le leader du Giro. Pourquoi pas nous ? » Au moment où le fameux maillot est livré en septembre 2005, Christophe Dominici se promène dans les couloirs du stade Jean Bouin et, au hasard de sa déambulation, tombe sur le précieux colis. Il en ressort un exemplaire, se précipite sur le terrain d'entraînement et annonce à ses coéquipiers que l'aventure des soldats roses peut officiellement commencer. « Le problème, sourit à présent Guazzini, c'est que les joueurs ont souhaité inaugurer le maillot le week-end suivant, alors que nous jouions à Perpignan, notre ennemi juré à l'époque ! J'étais totalement opposé à cette idée mais je n'avais pas eu d'autre choix que de me soumettre à leur volonté commune. On est donc entré à Aimé Giral vêtu de rose... » Dans l'enceinte catalane, les photographes et les caméras se jetèrent sur la nouvelle excentricité,parisienne et, en tribunes, une minorité de crétins lançait même à David Skrela et aux remplaçants du jour : « Pédés, va ! Ca va les gonzesses ? » Ce jour-là, le Stade français s'inclina de justesse face à l'Usap mais le rose devint la couleur officielle du club. Jonah Lomu, que Max Guazzini croisera quelques années plus tard, surnommera d'ailleurs le président parisien « Mister Pink »...

La Facem, ce mauvais polar

Si Max Guazzini a connu de fiers succès à la tête du Stade français (cinq Boucliers de Brennus, tout de même...), sa fin de règne n'eut pas la grandeur qu'elle aurait mérité. En 2011, la régie publicitaire du Stade français, Sportys, est financièrement aux abois et ne peut apporter au club les millions d'euros de sponsoring initialement prévus dans le contrat. « Il faut alors trouver cinq millions d'euros, écrit Guazzini dans ses mémoires. Moi qui ai tellement donné pour le club, je ne peux aller au-delà sans me dépouiller davantage. […] Je réalise que je vais perdre un enfant. L'argent qui nous était destiné s'est évaporé et a servi à financer d'autres projets, notamment un vignoble en Bourgogne. Nous sommes victimes d'une escroquerie ». A Paris, une connaissance lui parle alors de Thomas Savare, le président d'Oberthur. Il lui rend visite au plus vite et, au départ, il trouve Savare « distant », « réservé ». Passé ce premier rendez-vous, les comptes du club sont néanmoins passés au peigne fin, épluchés, décryptés par les experts comptables d'Oberthür. « Dix-neuf années de ma vie vont s'écrouler, poursuit Max dans son livre. J'ai envie d'en finir. De rejoindre parents et grands-parents dans la tombe ».

La suite ? Elle est digne d'un mauvais polar. Un soir, aux abords de 22 heures, Thomas Savare, potentiel racheteur, appelle l'ancien attaché de presse de Dalida. Le président d'Oberthür a en effet entendu parler d'un plan B : Bernard Laporte, le bras droit de Guazzini dans la capitale, a trouvé une fondation canadienne, la Facem Corporation, qui souhaite reprendre le Stade français. Faut-il y croire ? Très vite, la Facem apporte pourtant des documents bancaires très précis et la certitude de pouvoir verser plusieurs millions d'euros dans les jours à venir. Dans la foulée, plusieurs rendez-vous ont lieu dans un hôtel de l'avenue Kléber, à Paris. « Le climat est étrange, se souvient Guazzini. Ils sont tout un groupe. L'un de nos interlocuteurs a une voiture avec un gyrophare et arbore une carte barrée bleu, blanc, rouge. » Dans le salon de l'hôtel Raphaël, le directeur de la Facem annonce à Guazzini qu'il souhaite deux places pour Roland-Garros et, pour lui être agréable, ledit Max lui fournit aussitôt. Pour faire preuve d'un peu plus de sérieux, Bernard Laporte organise même un dîner entre les gens de la Facem et Nicolas Sarkozy, dont Bernie a été le ministre. La DNACG rassurée, les dirigeants du Stade français apprennent pourtant très vite, de la part de la banque internationale HSBC, que les documents présentés par la Facem sont des faux. Comment ? Laporte et Guazzini viennent d'être « escroqués à la nigérienne » : sous prétexte de frais de dossiers exorbitants, les dirigeants parisiens ont déboursé sur leurs deniers personnels un maximum d'argent à des gens qui se sont depuis volatilisés. Passé l'épisode Facem, l'option Savare restera la seule viable. Dans la foulée, Max Guazzini recevra donc à son domicile un chèque de 1 euro signé de lain du nouveau propriétaire, correspondant au prix de rachat du club. Il ne l'encaissera évidemment jamais...

Voir les commentaires
Sur le même sujet
Réagir