Fofana : « On m'a collé la réputation d'un joueur qui se gère » (2/2)

  • Wesley FOFANA of Clermont during the Top 14 match between Pau and Clermont at Stade du Hameau on February 15, 2020 in Pau, France. (Photo by JF Sanchez/Icon Sport) - Wesley FOFANA - Pau (France)
    Wesley FOFANA of Clermont during the Top 14 match between Pau and Clermont at Stade du Hameau on February 15, 2020 in Pau, France. (Photo by JF Sanchez/Icon Sport) - Wesley FOFANA - Pau (France) Icon Sport / Icon Sport
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Avec quelques mois de recul, la colère apaisée et la retraite internationale désormais bien entamée, le trois-quarts centre international revient sur son départ polémique du Japon, ses dernières années de relation conflictuelle avec le XV de France et les actualités, nombreuses, d’un rugby à l'arrêt.

Votre dernière image de joueur international, c’est votre départ discret du Japon, un matin, dans un quasi-anonymat. Drôle de clap de fin, tout de même…
Les choses sont ainsi faites. J’aurais aimé jouer cette Coupe du monde, la vivre sur le terrain. Le destin en a décidé autrement. Au Japon, le staff a pris assez tard la décision de me remplacer. Ensuite, j’ai préféré que mon départ se fasse dans cette discrétion. Je n’avais pas envie de faire du bruit, c’était mieux pour le XV de France qui débutait sa compétition et qui avait besoin de calme. Fofana qui partait sur blessure, ce n’était finalement pas très important. De mon côté, je me suis vite tourné vers la suite et la prise en charge de ma blessure. Qui n’était pas une fausse blessure, contrairement à tout ce que j’ai pu entendre.

Quelle était-elle, alors ?
Une désinsertion partielle du quadriceps. Une partie des fibres, environ 10 %, était encore accrochée en bas, au genou. À chaque fois que je courrais, une partie de ces fibres restantes sautait. C’est comme si, à chaque fois que j’accélérais, je me faisais une nouvelle déchirure. C’était immédiatement douloureux. Il a donc fallu en passer par une intervention chirurgicale pour couper toutes les fibres restantes et arrêter ces déchirures à répétition. Désormais, j’ai le muscle décroché du bas et beaucoup plus haut dans la cuisse.

N’est-ce pas gênant, pour dire le moins ?
Non et c’est ce qui est fascinant avec le corps humain : comme pour une désinsertion du pectoral ou du biceps, le muscle est plus haut mais vous ne perdez pas de force.

Comment avez-vous vécu cette période de flottement autour de votre cas ?
À l’époque, j’avais des personnes de mon club tous les soirs au téléphone, que ce soit des entraîneurs ou des responsables médicaux. Ça me permettait d’échanger. Je pouvais parler avec des gens qui me connaissent par cœur et qui comprenaient ma situation. J’en avais besoin. Ils savaient, eux, que je ne faisais pas du chiqué.

Et le staff du XV de France ?
J’ai la réputation d’un joueur qui se gère, ça les a sûrement influencés. Très vite, ils ont eu des doutes.

Les doutes sur votre blessure, les « Wesley est le seul à penser qu’il est blessé » que nous avons entendus, ce sont aussi des informations qui venaient du staff…
Pas grave. Et tant pis. Je ne sais pas qui faisait circuler ces fausses informations et je ne cherche pas à le savoir. Beaucoup de gens parlent et parlent trop, mais je suis quelqu’un qui croit beaucoup au karma. Un jour, ça se retournera contre ces personnes. On verra ce que le destin leur réserve.

Après votre cas, il y a eu le départ précipité de Thomas Ramos, qui rejouait pourtant une semaine plus tard avec Toulouse. Puis la gestion du cas Dupont, aligné bien que blessé et qui n’a pas pu rejouer pendant deux mois après son retour en France. Le staff médical est-il en cause sur cette Coupe du monde ?
Bien sûr que certaines choses auraient pu être mieux gérées. À chaud, je leur en ai voulu. Avec le recul, j’ai tourné la page… Cédric Cassou (kinésithérapeute des Bleus au Japon, N.D.L.R.), je le connais depuis très longtemps. Il sait tout le bien que je pense de lui et j’ai envie d’en garder cette image. Bertrand Garet (deuxième kiné), je l’ai découvert en équipe de France et c’est un mec super. À froid, je ne peux plus lui en vouloir. Le docteur, je le connais depuis les sélections de moins de 19 ans…

Visiblement, la page fut tout de même lourde à tourner…
Je sais qu’il n’y a pas eu de méchanceté ou de volonté de nuire de leur part. Ils ont aussi écouté ce qui se disait de moi, cette idée que je suis un joueur qui se gère. Dès le départ, toute cette affaire a été mal gérée et par tout le monde. Mais c’est du passé. Je ne leur en veux plus. Je n’ai plus envie de polémiquer là-dessus.

Est-ce vrai, alors, que vous êtes un joueur qui s’écoute ?
Si certains veulent le penser…Quand je fais le bilan, je ne me suis pas forcément plus blessé que les autres. Prenez les jeunes qui émergent aujourd’hui avec le XV de France : souvent, ils ont déjà eu de grosses blessures, des trucs que je n’avais jamais eus à leur âge. Je me suis souvent blessé au mauvais moment, c’est vrai. Et on m’a collé cette étiquette en fin de carrière. Avant, on m’avait collé d’autres étiquettes. C’est le jeu, quand on est un peu dans la lumière médiatique.

C’est-à-dire ?
On vous catalogue vite. Au début, j’étais celui qui ne fait pas de passes. Ensuite, j’ai fait évoluer mon jeu et je suis devenu celui qui n’avance plus. À la fin, j’étais celui qui se blesse tout le temps. Je suis rugbyman, comme les autres j’ai beaucoup donné. Donc je me blesse. Rien de plus.

Que retenez-vous de vos huit années en Bleu ?
Beaucoup de plaisir, malgré tout. Les gens peuvent parler en mal de cette période mais moi, j’en garde de la fierté. Il y a eu des matchs incroyables, de très haut niveau. De belles victoires et des défaites difficiles à vivre. Bien sûr que j’aurais aussi aimé gagner des titres avec le XV de France mais je garderai à moi toutes ces rencontres, des mecs qui seront mes potes pour la vie.

Qui sont-ils, ces potes ?
Yoann Huget, s’il ne fallait en citer qu’un. Dès mon arrivée en Bleu, ça a «matché» entre nous. Cette relation nous suivra après nos carrières et sans l’équipe de France, sans ce maillot qui nous a reliés, on ne se serait peut-être jamais rapprochés.

Question titres, vous êtes effectivement tombé sur la pire période de l’histoire du XV de France. Dur ?
Qu’est-ce que je pourrai y changer désormais ? Depuis tout jeune, je suis d’une génération exceptionnelle sur le papier mais qui n’a pourtant rien gagné (Yoann Maestri, Mathieu Bastareaud, Morgan Parra, Maxime Machenaud, Yann David pour la seule année 1988). Ainsi va la vie du sport, avec des hauts et des bas. Moi, j’ai joué pendant une période de bas. Mais je ne regrette rien. J’ai pris tout ce qui m’arrivait avec énormément d’envie et de plaisir. Avec le temps, quand ces deux paramètres se sont un peu estompés, que le plaisir et l’envie se sont faits un peu moins présents, j’ai été honnête et j’ai annoncé que je préférais arrêter.

Vous avez connu de nombreux staffs en Bleu. Lequel vous a le plus marqué ?
Je n’ai jamais caché ma proximité avec Philippe Saint-André et Patrice Lagisquet. Je les ai adorés, vraiment. Je côtoyais Yannick Bru d’un peu moins près, qui travaillait surtout avec les avants. Mais j’ai noué de belles choses avec les deux autres. Patrice, on lui a fait tous les reproches de la terre alors que c’est un mec en or. Philippe, idem. Sur la fin, il avait une énorme pression sur les épaules mais il est toujours resté aussi attachant. Ensuite, il y a eu Guy (Novès) et son staff. Guy sait toute l’affection que je lui porte, j’ai eu l’occasion de le lui dire de nombreuses fois et ce n’est pas un secret. Derrière, à l’époque, on travaillait aussi avec Jeff (Dubois) et j’ai adoré le rugby qu’il nous proposait. À ce sujet, je sais que beaucoup de joueurs sont dans le même cas que moi. Pour tout dire, on n’a pas trop compris le chamboulement et leur licenciement. Un autre staff est alors arrivé. J’ai bien accroché à Jean-Baptiste (Elissalde) qui pue le rugby, transmet sa passion et avec qui j’ai aimé travailler.

Les autres ?
C’est une époque où il y a eu beaucoup de mouvements, des mecs qui sont arrivés, d’autres qui sont partis. Il y avait beaucoup de trafic et c’était difficile de vraiment s’attacher. Pourtant, j’en ai besoin. Je fais partie de ces joueurs qui donnent grâce à l’affectif.

Sans le nommer, pour les mecs qui arrivent et repartent, vous faites clairement allusion à Mathieu Bastareaud…
Putain, mais Mathieu ! On se connaît depuis qu’on a, quoi ? Neuf ou dix ans ? Voilà l’exemple typique du mec qui, si tu lui donnes ta confiance, il te donnera le double en retour. C’est certain. Il est exactement dans le profil de ce que j’évoquais : il a besoin de s’attacher pour se livrer pleinement. Or, ces dernières années, il n’était pas appelé. Ensuite, il revient et il passe presque directement capitaine. Puis il se retrouve sorti du groupe et, enfin, il n’est pas retenu pour la Coupe du monde. Ces années ont été dures à vivre, pour lui. Il ne fonctionne pas comme ça.

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