Margot et la petite reine

  • À vélo, Margot Louis et ses acolytes livrent à domicile les courses de personnes vulnérables de l’agglomération clermontoise.
    À vélo, Margot Louis et ses acolytes livrent à domicile les courses de personnes vulnérables de l’agglomération clermontoise. / Camille Colomp
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Joueuse de Romagnat, Margot Louis a mis en place un système de courses livrées à domicile par des sportifs dans l’agglomération clermontoise.

Originaire de Bordeaux, Margot Louis n’aurait probablement jamais croisé le rebond d’un ballon de rugby, si un professeur d’EPS lui-même ancien pratiquant ne s’était mis sur son chemin, au temps béni du lycée… "C’est peut-être parce que j’avais quelques prédispositions, j’ai tout de suite accroché… Pourtant, au départ, ma mère ne voulait pas trop en entendre parler !" Exilée pour ses études du côté de Lille, Margot poursuivit alors en universitaires jusqu’à ce que, lassée de ne plus progresser, elle se décide à rejoindre le glorieux LCMRV. "J’y ai joué trois ans, essentiellement en équipe réserve. Ce n’est cette année que j’ai décidé de m’y mettre à fond, en arrivant à l’ASM Romagnat. À la base, je suis venue à Clermont pour les études (en école d’ingénieur spécialisée dans l’agriculture agro-alimentaire et l’environnement, N.D.L.R.), et puis le rugby a un peu pris le dessus…"

Un reportage comme déclic

À tel point que, privée de sport en raison du confinement, Margot Louis ne décide de joindre l’utile à l’agréable… "Je fais partie deceux qui ont besoin d’agir, explique la jeune pilier droit. Voir autant de monde se trouver en position de vulnérabilité m’était insupportable…" Ne restait, au final, qu’à trouver la bonne idée… "J’ai vu un jour un reportage sur Christophe Bétard, un champion de VTT qui avait lancé un service de livraison de courses. Alors je l’ai contacté un peu au culot, pour savoir comment il avait procédé. Il m’a très gentiment répondu, expliqué comment il avait fait, on a beaucoup échangé. Et puis, je me suis lancée… Je me suis souvenue que j’avais rencontré un garçon qui faisait partie d’une association de vélo sur Clermont, "Un Guidon dans la Tête". Je me suis dit que mon idée pouvait les intéresser… Au final, j’ai rencontré Thomas Valente, un ancien coureur cycliste en régional, qui est devenu le cofondateur de l’association avec moi. On a lancé le dispositif sur les réseaux sociaux, puis le bouche à oreille a fait le reste…"

Un cycliste pro dans l’équipe

Et comment ! Une équipe d’une vingtaine de sportifs s’est rapidement constituée, avec, en tête de gondole, un certain Rémi Cavagna, coureur pour Deceuninck-Quick Step et vainqueur de la Classique de l’Ardèche en début d’année. "Pour nous, il était important que les livreurs soient des sportifs, car on agit sur une aire urbaine de 10 kilomètres particulièrement accidentée… Et il faut que tout le monde soit capable de livrer ! Le seul critère, c’est qu’on essaie de limiter le volume de courses à 50 euros, pour que la livraison à vélo soit possible… Il s’agit d’un service gratuit, et le principe est tout simple : on a un standard, les gens appellent, et on essaie de caler les courses de la veille pour le lendemain. Et ça tourne plutôt bien…"

À une (petite) réserve près pour Margot, cependant… "Comme je gère les coups de fil et la répartition des courses, j’ai plus de mal à aller sur le terrain, se marre-t-elle. Mais j’essaie de me ménager des créneaux pour monter sur le vélo de temps en temps…" Mais jusqu’à quand ? "C’est la grande question, avoue Margot Louis. On s’est lancés au jour le jour, et de fil en aiguille, les gens nous on s’est rendu compte qu’il y avait un vrai besoin. On est bien conscient que la fin du confinement sera progressive, et que les gens qui ont besoin de nous seront probablement parmi les derniers à sortir. Alors, je pense qu’on va faire perdurer cette initiative encore quelque temps." 

Nicolas Zanardi avec Nicolas Augot
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