Sur les traces de Pocock, l’homme aux mille combats

  • David Pocock avec l'Australie
    David Pocock avec l'Australie Icon sport / Icon sport
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S’il est un rugbyman international qui agit pour la protection de la planète et de ceux qui la peuplent, c’est bien le troisième ligne australien David Pocock. Son engagement citoyen est aussi féroce que celui qui faisait trembler ses adversaires sur le terrain.

 

Pendant onze années, David Pocock a été considéré comme l’un des meilleurs défenseurs de la planète. Onze années au cours desquelles il a été craint par toutes les équipes du monde, lesquelles échafaudaient toutes des plans « anti-Pocock » pour se prémunir de ce redoutable joueur qui, entre 2008 et 2019, a accumulé 83 sélections avec les Wallabies - dont 70 en tant que titulaire -, disputé trois Coupes du monde - dont une finale en 2015 - et remporté un Four Nations (2015) avec les Green and Gold. Mais il est un terrain que le colosse zimbabwéen a défendu avec encore plus d’acharnement que n’importe quel en-but ou autre ligne d’avantage : ce terrain, c’est la Terre et ses habitants. Cela fait 32 ans que cela dure, et au vu de l’incroyable engagement de l’intéressé et de son épouse Emma, on se dit qu’il défendra notre belle planète bleue jusqu’à son dernier souffle.

Car David Pocock n’est pas un de ces activistes qui préfèrent les causes animale ou végétale parce qu’ils ont perdu tout espoir dans le genre humain. Non. Pocock est un vrai défenseur de la vie au sens large, et aime au moins autant ses congénères que la faune et la flore. En 2009, il a fondé Eightytwenty Vision, une association à but non-lucratif destinée à venir en aide aux plus démunis du district de Nkayi, une région située en plein du Zimbabwe, en installant des points d’eau et en leur apprenant à subvenir à leurs besoins par l’agriculture. La flanker des Brumbies et son épouse Emma sont aussi de fervents défenseurs des égalités sociales, et notamment des droits des homosexuels. En 2010, les deux tourtereaux ont pris un engagement solennel pour affirmer qu’ils ne se marieraient pas tant que leurs ami(e)s homosexuel(le)s ne seraient pas capables d’en faire autant. La loi l’autorisant ayant été adoptée en Australie dans le courant de l’année 2017, ils ont donc célébré leur union en 2018. Un engagement féroce qui, au passage, nous fait penser qu’en sélection, le flanker aux idées larges ne devait pas partager la chambre d’Israel Folau, l’intégriste catholique et homophobe des Wallabies dont l’étroitesse d’âme n’avait d’égal que sa cupidité, laquelle le fit tout de même lancer une cagnotte en ligne afin de financer son propre procès contre la fédération australienne…

L’homme qui s’éleva contre un chef d’État

En 2019, on a aussi vu la silhouette massive du troisième ligne des Brumbies défiler au milieu de celles plus frêles des étudiants australiens dans leurs marches pour la lutte contre le changement climatique, au moment où ceux-ci se faisaient lyncher par les médias et les politiciens du pays qui s’offusquaient de les voir sécher les cours un vendredi pour manifester contre la sacro-sainte exploitation du charbon, l’une des principales richesses de l’Ile-Continent. Son combat contre l’or noir australien lui valut d’ailleurs d’être arrêté par la police en 2014 quand, avec huit autres personnes, il s’attacha pendant 10 heures à une pelle mécanique afin de stopper l’exploitation d’une mine de charbon située au nord de la Nouvelle-Galles du Sud. Pocock et ses acolytes n’avaient pas agi sans raison : quelque temps avant, le Premier ministre australien de l’époque, Tony Abbott, avait déclaré ceci : « Le charbon est bon pour l’humanité. » Une phrase inacceptable quand on sait que même si elle est rentable et offre beaucoup d’emplois, l’industrie charbonnière est l’une des plus néfastes sur l’environnement, tant au niveau des sols, de l’atmosphère et que des nappes phréatiques…

Vacances militaires

Comme nous l’avons dit plus haut, la protection de la faune fait aussi partie des innombrables luttes du troisième ligne. En guise de « vacances », il s’était offert en 2015 une semaine d’entraînement spartiate avec des Rangers qui protégeaient les rhinocéros africains d’une réserve zimbabwéenne : « Ces mecs sont des athlètes impressionnants. Certains pourraient courir toute la journée ! » avait alors déclaré Pocock. La photo a depuis fait le tour des réseaux sociaux. L’Australien est enfin un passionné d’ornithologie. Sur les réseaux sociaux, il partage avec ses « followers » ses interminables balades en forêt où, armé de ses chaussures de rando et d’une paire des jumelles, il cherche les espèces d’oiseaux les plus rares et notamment au Japon, où il a vécu sa dernière aventure rugbystique avec les Panasonic Wildknigths.
Pour célébrer la richesse de la faune et de la flore, les Pocock ont édité cette année un ouvrage intitulé « In our nature » (« Dans notre nature »). Un recueil d’essais, de poésies de photos écrits et prises par le couple ainsi que par des amis qui partagent leurs combats. Vendu au prix de 40 dollars australiens (24 euros), une grande partie des bénéfices ira à des associations luttant pour la restauration des milieux naturels après les terribles incendies qui ont récemment ravagé l’Australie.

L’agriculture régénérative, son nouveau combat

Vous l’aurez compris, David Pocock est aussi infatigable sur un terrain que dans sa vie de citoyen de la Terre. Sa dernière cause écolo est celle de l’agriculture régénérative. En clair, il défend une agriculture raisonnable et responsable qui fait de la santé des sols une priorité : « Elle consiste à passer d’une approche réductionniste à une autre plus holistique qui imite les mécanismes de la nature pour favoriser la fertilité de la ferme », selon lui. Et Pocock sait de quoi il parle, car il est issu d’une famille de fermiers qui ont été chassés du Zimbabwe en 2002 à d’une saisie gouvernementale de leurs terres. Un exemple concret de l’agriculture régénérative ? La plantation d’arbres sur les fermes qui développent la biodiversité, protège les terres des vents froids qui ralentissent la pousse des plantes, nourrissent les animaux et isolent l’ensemble du carbone : « Notre avenir dépend de notre capacité à prendre soin de nos terres, nous savons tous cela. L’agriculture régénérative n’est pas un concept utopique qui sort de nulle part, c’est une façon pragmatique d’assurer notre survie ainsi que celle des espèces qui nous entourent », a expliqué Pocock dans les colonnes du Guardian, qui lui avait offert une chronique en janvier dernier. Et pour lui, tout le monde peut apporter sa pierre à l’édifice, en faisant simplement ses courses : « Dans les villes, on se sent souvent déconnecté de cette réalité agricole, et même impuissant face à ces problèmes environnementaux. Mais le simple fait d’acheter les produits des agriculteurs qui pratiquent ces méthodes est une solution. De nos jours, manger est devenu un acte politique. On crée ou l’on détruit le monde qui nous entoure en choisissant ce que l’on achète. En faisant ses courses, on choisit le type d’agriculture que l’on soutient. »

On terminera sur ce cri d’alarme lancé en janvier dernier par le flanker aux 83 sélections : « Nous avons besoin d’une révolution. Nous n’avons jamais été aussi riches mais sur les questions environnementales nous sommes au fond du gouffre, et nous continuons de creuser. La révolution que l’on doit mener se situe entre nos deux oreilles, et concerne le sol qui se trouve sous nos pieds. Et celle-ci doit être guidée par la réponse à une seule question : quel futur voulons-nous ? » Pour notre part, c’est tout vu. On choisit celui de David, ce Goliath vert au grand cœur et aux idées larges. 

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