La Coupe d'Europe, le sujet qui fâche les présidents

  • Le RCT, dernier club français à avoir remporté la Champions Cup et quatrième du Top 14 interrompu, pourrait ne pas être qualifié pour la prochaine édition si la LNR venait à décider une saison blanche et les mêmes clubs qualifiés que la saison dernière.
    Le RCT, dernier club français à avoir remporté la Champions Cup et quatrième du Top 14 interrompu, pourrait ne pas être qualifié pour la prochaine édition si la LNR venait à décider une saison blanche et les mêmes clubs qualifiés que la saison dernière. Sportsfile / Icon Sport / Sportsfile / Icon Sport / Sportsfile / Icon Sport
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Alors que le flou persiste sur les formats de la prochaine Coupe d’Europe, le mode de qualification tend les discussions à la Ligue. Avec des options sur la table qui feront toujours des déçus s’il faut désigner six clubs, les présidents du Top 14 militent pour un passage de la Champions Cup à 24 clubs, ce qui permetrrait d’accorder huit tickets qualificatifs aux Français. S’ils n’étaient pas entendus par l’EPCR, les clubs français agitent la menace d’un boycott.

Faute d’avoir pu mener au bout son projet de phases finales, que ce soit en juin puis en juillet et en août, le rugby professionnel a donc fini par se ranger à la décision la plus sage médicalement : la fin effective (et sans attendre) des saisons 2019-2020. On sait, c’est désormais clairement assumé, qu’il n’y aura pas de champion au terme de cet exercice et que la ligne «2020» restera vierge, sur les boucliers. On sait aussi qu’il n’y aura ni relégation, ni promotion. Ni en Top 14, ni en Pro D2, malgré la dernière tentative de passage en force de la FFR ces derniers jours au sujet des accessions depuis la Fédérale. À ce stade, un dernier sujet collectif reste ouvert au débat et animera désormais la traditionnelle réunion des présidents, le mercredi : les qualifications pour la prochaine Coupe d’Europe et sous quel format.

Tensions en réunion

Le sujet est brûlant. Pour preuve, mercredi dernier, le point sur la situation relative aux Coupes d’Europe présenté par Emmanuel Eschalier (directeur général de la LNR) ne devait durer que quelques minutes. Il disait ceci, en substance : il est urgent d’attendre. En l’état, sans savoir si les phases finales de l’édition en cours se joueront, si les Anglais et Celtes finiront leur championnat et si l’EPCR accède à la requête française de qualifier huit clubs, il «est périlleux de proposer un système à tiroirs suivant ces différents paramètres, sachant que pour l’instant on ne les maîtrise pas. […] Il est donc préférable de surseoir à cette question pour mieux l’étudier dans quelques semaines.» Un appel au calme et un renvoi sine die ? Raté. Trente minutes plus tard, les présidents débattaient encore du sujet, sur des tonalités plus ou moins vindicatives.

C’est Éric de Cromières, dont le club compterait parmi les grands perdants en cas d’instauration de barrages, qui est le premier monté au front. «Pour ma part, ma position est claire : je suis parfaitement opposé à ces barrages, contrairement à des propos qui auraient pu m’être prêtés. Il n’y a aucune ambiguïté là-dessus.» Voilà comment la discussion a rebondi, malgré les tentatives de repousser le sujet à plus tard de la part de Paul Goze ou Emmanuel Eschalier.

Bien au-delà du prestige sportif, une qualification pour la Champions Cup revêt de nombreux enjeux économiques, là où justement tous les clubs de Top 14 tirent la sonnette d’alarme. Des attraits financiers qui incitent chacun à être de la fête 2020-2021. Les huit premiers du classement, en tout cas, qui pouvaient légitimement y prétendre d’ici à la fin de la saison. Voilà pourquoi, côté français, une solution est très clairement privilégiée : qualifier ces huit clubs (voir ci-contre) pour la prochaine édition (Bordeaux-Bègles, Lyon, Racing 92, Toulon, La Rochelle, Clermont, Toulouse, Montpellier). Une requête jusqu’ici restait lettre morte, dans l’attente de connaître la position définitive des clubs anglais et celtes. En France, donc, on réfléchit à passer en force. Quitte à brandir la menace d’un boycott aux yeux de l’EPCR, si elle n’accédait pas à ses desiderata (voir ci-contre).

Les barrages, plan B de la LNR

Au cas où, on réfléchit aussi à un scénario B, qui verrait la LNR contrainte de désigner six qualifiés sur les huit prétendants. Selon quelle méthodologie ? Les plus simples seraient le gel du classement à date (après dix-sept journées) ou l’annulation pure et simple de la saison en cours. Dans le premier cas, Toulouse et Montpellier seraient les grands perdants. Dans le second, ce serait une deuxième lame pour l’UBB et Toulon, déjà privés de phases finales et désormais de retour en Champions Cup. Surtout, face à ces deux scénarios, la Ligue s’avance vers un troisième : «la proposition retenue serait celle d’une qualification directe pour les clubs classés de 1 à 4 et des barrages pour les clubs classés de 5 à 8. Des barrages qui se dérouleraient sur le terrain des clubs classés cinquième et sixième.» Une solution qui mettrait toutefois en danger la place européenne de l’ASM et du Stade rochelais et face à laquelle ils se lèvent. «On ne jouera pas un barrage pour faire plaisir à je-ne-sais-qui» réplique Franck Azéma. "«Qui veut-on sauver avec ça ? À qui veut-on faire plaisir ?» Sur ce point, l’entraîneur de l’ASM trouvera un allié en la personne de Patrick Serrière, directeur général du Racing 92 et qui disait, mercredi dernier : «si on devait en passer par des barrages pour déterminer les six clubs qualifiés, nous ne serions plus du tout en cohérence avec ce que nous avons voté la semaine dernière. À savoir une année blanche.» Exercice de sémantique côté LNR, en réponse, pour argumenter que le gel du Top 14 en haut (pas de champion) et en bas (pas de relégation ni de promotion) n’est pas une année blanche mais «une réponse à des cas particuliers.» Serrière persiste : «très bien, mais alors comment expliquer aux gens qu’on ne fait pas de phases finales au championnat, qu’on ne décerne pas de titre de champion mais que, en revanche, on fait des phases finales pour les qualifications européennes ?» «Ce sont des réponses à des cas particuliers, je le répète. Mais il est surtout trop tôt pour discuter de ces décisions. Attendons un peu, quand nous aurons connaissance d’un plus grand nombre de paramètres. Je ne peux pas donner de date précisemais je pense que d’ici à 3 ou 4 semaines, nous aurons un peu plus de certitudes», martelait encore Paul Goze, qui obtenait enfin de clôturer temporairement le sujet. Il reviendra de toute façon très vite sur la table des négociations, c’est inévitable. Une seule option est promise un consensus : celle de qualifier huit clubs. Toutes les autres options allumeront des incendies.

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