À la découverte de Jean-Baptiste Gros, l'autre enfant de la famille Carbonel

  • Le pilier du RCT et de l'équipe de France a vécu pendant plusieurs années chez la famille Carbonel.
    Le pilier du RCT et de l'équipe de France a vécu pendant plusieurs années chez la famille Carbonel. Icon Sport / Icon Sport / Icon Sport
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Le Toulonnais a connu en mars dernier à Murrayfield sa deuxième sélection chez les Bleus. L’occasion, pour nous, de revenir sur un parcours étonnant…

Il a quoi, Jean-Baptiste Gros ? 21 balais, une saison et demie chez les pros et un titre de champion du monde avec les Bleuets. En l’absence de Cyril Baille, blessé à Cardiff, et puisque l’étoile de Jefferson Poirot ne brille plus autant qu’à l’époque de Jacques Brunel, « Jibé » a pourtant connu les honneurs du XV de France à deux reprises. De lui ? On ne sait rien ou presque. Et pour en apprendre davantage, il faut donc faire appel à ceux qui le pratiquent au quotidien. Patrice Collazo, l’entraîneur l’ayant lancé en Top 14, en fait partie : « La saison précédant mon arrivée à Toulon, « Jibé » n’avait fait qu’une feuille de match avec le RCT. Contre le Stade français, je crois. Très vite, je l’ai donc intégré au groupe et j’ai senti, malgré son extrême timidité, un potentiel énorme et un mental d’acier : l’an passé, Jean-Baptiste a appris le métier dans la douleur, au sein d’un paquet d’avants toulonnais qui n’était pas toujours dominateur. Mais ce dur apprentissage lui servira beaucoup, au niveau international. »

Ce qui frappe aussi, chez le nouveau gaucher des Bleus, c’est un gabarit atypique. Pour être clair, « Jibé » ne ressemble à aucun autre de ses congénères et, chez lui, l’indice de masse grasse est plutôt faible, la cage abdominale habilement dessinée. « Il est gaulé comme un flanker », écrivait à ce propos notre chroniqueur Richard Dourthe, après la dernière victoire des Bleus au pays de Galles. « Au plus haut niveau, nuance Collazo, les gauchers ne sont pas lourds. Jean-Baptiste est donc dans la norme : il fait 110 kilos, va très vite et se déplace beaucoup. Mais comme tous ces profils qui basent tout sur l’énergie, il a aussi besoin d’être canalisé. Il n’a pas la gestion de l’effort, se met dans le rouge trop facilement : en mêlée, par exemple, il avait au départ tendance à pousser tout seul… »

Introverti et quelque peu farouche, Jean-Baptiste Gros a également dû apprendre à dompter l’ardeur belliqueuse qui pouvait parfois l’animer, sur le terrain. Collazo appuie : « C’est quelqu’un d’agressif, oui. Jouer pour faire mal, ça ne lui pose aucun problème. Quand il y a du semi-contact à l’entraînement, il n’est pas à l’aise. C’est même un frein pour lui. […] Jean-Baptiste, c’est un taiseux mais sur le terrain, il a besoin d’évacuer beaucoup de choses. Cela fait aussi partie d’un parcours de vie… » Patrice Collazo n’en dira rien. Mais les relations entre le pilier du XV de France et son premier cercle familial, près d’Avignon, n’ont pas toujours été idylliques. Et en grossissant le trait à l’extrême, en empruntant quelques raccourcis propres au récit d’une vie, on jurerait que Jean-Baptiste Gros trouva à Toulon, chez les Carbonel, ce qu’il n’avait pas trouvé ailleurs…

Carbonel : « Le premier pilar de la famille ! »

C’est donc au pôle Espoirs de Hyères que Jean-Baptiste Gros, alors licencié à Châteaurenard, a croisé la route de Louis Carbonel, l’actuel ouvreur du RCT. « Ils sont devenus très potes et mon fils a facilement convaincu « Jibé » de le rejoindre à Toulon, explique en préambule Alain Carbonel, champion de France avec le RCT dans les années 80 et géniteur dudit Louis. Ils étaient alors adolescents et Jean-Baptiste avait besoin d’une famille d’accueil pour signer sur la Rade. Il n’y a pas eu débat. Il s’est très vite installé à la maison. » Au départ, Jean-Baptiste Gros ne devait vivre chez les « Carbo » que le week-end. Et puis… « Par commodité, enchaîne Alain Carbonel, il ne voulait pas faire trop souvent les allers-retours entre Toulon et son village. Il était bien chez nous et nous, bien avec lui. Alors, « Jibé » s’est installé. Tout était très naturel, entre nous : j’agissais avec lui comme je l’aurais fait avec mon propre fils. »

Chez les « Carbo », les premières semaines ressemblèrent pourtant à un long round d’observation. Le pater familias poursuit : « Jean-Baptiste a mis du temps avant d’oser un peu et de se considérer comme chez lui. J’avais beau lui dire que la famille était heureuse d’accueillir le premier pilar de son histoire, il restait méfiant. »

Méfiant et « fougueux », puisque c’est l’épithète que lui accole aujourd’hui « Carbo » : « Je voyais bien comme il était sur le terrain : assez méchant, très agressif. À l’époque, Jean-Baptiste était dans un âge difficile et le lycée m’appelait parfois pour venir le chercher… Voilà, c’est son tempérament… Il a parfois le regard noir et quand c’est le cas, il ne faut pas trop le chercher… » Aux côtés de son meilleur ami Louis et sous le regard aimant d’Alain, Jean-Baptiste Gros s’est découvert une autre famille sur la Rade. « Il est resté près de nous quatre ou cinq ans, poursuit le père Carbonel. Quand il a quitté la maison au bout d’une année, il a en effet emménagé dans un petit appartement situé à quelques dizaines de mètres. De son côté comme du nôtre, on avait probablement du mal à couper le cordon. »

D’évidence, l’ancien attaquant du RCT considère Jean-Baptiste Gros comme un fils, quand Louis a pour « Jibé » l’affection que l’on aurait pour un jumeau. Le père Carbonel enchaîne ainsi : « Depuis Christian Califano, des piliers de 20 ans en équipe de France, ça se compte sur les doigts d’une main. […] Il y a quelques années, j’avais d’ailleurs présenté Jean-Baptiste à Manu Diaz (ancien pilier de Toulon, N.D.L.R.) et aux glorieux avants du RCT comme un international en puissance. Je n’ai en effet jamais eu aucun doute là-dessus. » Et « Carbo » de conclure : « Jusqu’à l’an passé, il aurait pu jouer troisième ligne. À Toulon, il m’est souvent arrivé de voir Jean-Baptiste rattraper des ailiers à la course. Croyez-moi : maintenant qu’il a mis un pied en équipe de France, il sera difficile de le lui enlever… »

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