On a rencontré Maradona...

  • Rencontre avec Diego Maradona dans une loge de Twickenham.
    Rencontre avec Diego Maradona dans une loge de Twickenham.
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En marge de la demi-finale Argentine - Australie lors de la Coupe du monde 2015, la légende du football argentin nous avait accordés quelques minutes. Féru de rugby, Don Diego se livre.

Loge VIP 3010, au troisième étage de Twickenham. L’entrée y est aujourd’hui mieux surveillée que la prison d’Alcatraz. Quatre gardes du corps, tous sous les ordres d’un ancien parachutiste argentin. Un agent d’image. Un dandy cravaté, spécialement détaché par le gouvernement britannique pour accompagner la star. Deux amis d’enfance. Une épouse blonde comme les blés, belle comme le jour. Car Diego Maradona ne se déplace jamais seul. « Après le quart de finale, sourit-il en préambule, j’avais promis à Agustin (Pichot, N.D.L.R.) de revenir. Jusqu’à maintenant, j’étais un peu le porte-bonheur des Pumas… » Dans la nuit de samedi à dimanche, l’ancien meneur de jeu argentin a donc bouclé une valise à la hâte, claqué une bise à son chien avant de monter dans son jet privé. Direction le Royaume-Uni, où l’attendait Pichot, justement. Leur amitié ? Elle remonte à 1996. Au temps où l’ambassadeur du rugby argentin était simplement le demi de mêlée des Pumas. Celui-ci raconte : « Le jour où j’ai rencontré Diego, je n’étais pas au mieux. Je venais de me blesser gravement à un genou et ma période de convalescence était alors estimée à neuf mois. » à cette époque-là de sa vie, l’ancien demi de mêlée du Racing et du Stade français traînait sa misère de discothèque en discothèque, consumant dans la bringue l’énergie débordante qui le caractérise et qu’il ne pouvait plus évacuer sur les terrains. Il reprend : « Un soir, dans un club de Buenos Aires, un mec me tape sur l’épaule et me dit : « Viens, petit. Diego veut te voir. » Au départ, j’étais sceptique. Puis je l’ai suivi. »

Au premier étage de l’établissement, dans le coin VIP que fréquentait le plus grand joueur de l’histoire du football, Maradona demanda aussitôt à son petit frère de prendre place, dispersant d’un signe de la main les parasites qui squattaient les sièges alentour. Pichot poursuit : « Diego m’a dit qu’il me connaissait, qu’il suivait même ma carrière depuis mes débuts. Nous avons bu quelques verres ensemble. Nous avons dansé, rigolé. Puis il m’a demandé de ne pas me laisser aller. Lui avait connu la même situation à l’époque où il jouait à Barcelone. Il s’était fait opérer d’un genou. Puis de l’autre  »

Au terme d’une conversation qui dura près de deux heures, Maradona laissa son numéro de téléphone au « Petit Napoléon », l’invitant à l’appeler dès que le besoin s’en ferait sentir. Pichot conclut : « Nous n’avons jamais perdu le contact, depuis. Diego n’est pas une idole pour moi. C’est un ami. Un ami qui a su me sortir la tête de l’eau quand ça n’allait pas. » Assis à ses côtés, Diego se marre, dégustant une cervoise et attendant que la deuxième mi-temps de cette demi-finale ne se décide à reprendre. Au moment où Agustin Pichot se lève pour saluer le vaste cortège accompagnant la star, « Diegito » prend la parole : « J’ai assisté à mon premier match de rugby en 2001, à Velez Sarsfield (un stade de Buenos Aires). à l’époque, je n’y connaissais pas grand-chose mais j’ai pourtant accroché tout de suite. Pour moi, le rugby est le sport collectif par excellence. Un sport d’hommes, de guerriers, de soldats qui pourraient mourir les uns pour les autres. Ce sens du sacrifice n’existe pas ailleurs. »

« Pichot me ressemble : c’est un leader »

Dans la foulée de ce match à Velez, Diego s’est aussitôt plongé dans les règles de ce sport "so british" qui lui était jusqu’alors totalement inconnu. Il en rit : « On ne jouait pas au rugby dans mes faubourgs. Je dis souvent que je suis né dans un quartier privé. Privé d’eau et d’électricité ! Franchement, le rugby pourrait être une formidable école de vie pour les enfants qui, comme moi, sont nés dans des endroits modestes de Buenos Aires. Il ne sera jamais aussi fort que le foot mais il se développe à très grande vitesse en Argentine. Et c’est une bonne chose pour notre société. » Nouvelle pause. Puis Diego se tourne à présent vers Twickenham, qui résonne à présent de chants divers, de Waltzing Mathilda à « Vamos, vamos Argentina ! ». « Écoutez-les : ce genre d’ambiance n’existe pas au football. Le respect n’est pas une valeur galvaudée, au rugby. »

Diego Maradona n’a jamais joué au rugby. Si l’occurrence s’était un jour produite, il aurait toutefois aimé incarner son ami Pichot : « Parce qu’il est un leader, comme moi. Quand j’étais footballeur, j’aimais diriger le jeu, anticiper les choses que les adversaires n’avaient pas lues. J’étais celui qui marquait des buts et faisais des erreurs. Mais j’étais celui qui assumait tout. Les exploits comme les conneries. Agustin me ressemble. Il était le général des Pumas. Petit mais charismatique. Tous les géants de l’équipe lui obéissaient au doigt et à l’œil. » L’homme ayant offert le Mondial à l’Argentine en 1986 reprend son souffle, trempe ses lèvres dans son gobelet de plastique et reprend, manipulant délicatement sa casquette blanche : « Vous me feriez une faveur ? » On peut toujours essayer. « J’ai une idole. » Ah bon ? « Oui, c’est Jonah Lomu. Quand j’ai découvert ce type à la télé, j’ai voulu tout savoir de lui. Mon Dieu, vous vous en souvenez ? Il ressemblait à un géant se battant avec des enfants ! […] Je ne l’ai jamais rencontré et je le regrette. Pouvez-vous lui dire qu’il sera mon invité s’il passe un jour à Buenos Aires ? » Colis posté, señor... (Lomu est malheureusement décédé en novembre 2015, ndlr)

La paix avec la reine d’angleterre

La semaine dernière, Diego Maradona a accepté la mission que lui proposait la reine d’Angleterre, à savoir la présidence de « Football for Unity », une puissante ONG sud-américaine. Pas bégueule, Queen Elizabeth a ainsi fait une croix sur la « mano de dios », laquelle écarta l’Angleterre du Mondial 86 dans les circonstances que l’on connaît tous aujourd’hui. Heureux de constater que la grandeur d’âme de la couronne britannique n’est pas un vain mot, « Diegito » poursuit : « Si je pouvais m’excuser et changer l’histoire, je le ferai. Mais un but reste un but, après tout. L’Argentine a été championne du monde et je suis devenu le meilleur joueur de la planète. » Il s’arrête, fronce les sourcils, se tape bruyamment la cuisse et enchaîne : « Meilleur que Pelé si j’en crois ma mère ! Il ne faut pas vivre de remords. La main de Dieu ne nous a-t-elle pas offert un pape ? » Dieu vivant en Amérique latine, objet de culte pour le chanteur Manu Chao, Maradona fut aussi une véritable source d’inspiration pour les Pumas, au fil de cette Coupe du monde. « Rencontrer Diego, nous confiait Juan Imhoff une semaine avant, c’est comme rencontrer Dieu. Il est puissant, génial. Il nous motive. » Son coéquipier Martin Landajo avouait de son côté que la volonté argentine de produire un jeu de mouvement était, qu’on le veuille ou non, « un hommage déguisé à Maradona et à un peuple qui aime les buts et les grands attaquants ».

Conscient de la fascination qu’il exerce sur tous ceux qui ont un jour croisé sa route, « Diegito » conclut dans un sourire : « Agustin Pichot me dit que nous avons plus de chances de devenir champions du monde en 2019, au Japon. Alors, je serai là ! Ces jeunes me plaisent. Nous avions bien chanté, tous ensemble, après le quart de finale. » La ritournelle en question était l’œuvre du rocker argentin Ricardo, s’appelait « la Mano de Dios » et disait à peu près ceci : « Y todo el pueblo canto : « Marado, Marado ! » Nacio la mano de dios : « Marado, Marado ! » Su sueno tenia una estrella, llena de gol y gambettas. »

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