Jongle avec les stars

  • Pieter-Steff Du Toit sacré meilleur joueur du monde
    Pieter-Steff Du Toit sacré meilleur joueur du monde World Rugby / World Rugby
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L'édito d'Emmanuel Massicard... C’est une information qui est passée entre les mailles du chalut de l’actualité. Pour l’heure invisible, parce qu’éloignée des conditions de reprise de l’activité « rugby » et de nos vies normalisées qui gravitent autour. Notre seul baromètre depuis le 13, quand tout a basculé.

Ainsi donc certains clubs professionnels devaient échapper au marasme et présenter pour la saison prochaines des masses salariales à l’équilibre, voire même parfois à la hausse. Dans le jargon technico-financier, elles sont jugées « atypiques ». Un mot poli, manière de ne froisser personne. Avec un peu de liberté, on pourrait traduire par « détonant ». Ou carrément « déconnant ».

Tout est ici une question de contexte. En période de crise généralisée, alors que l’ensemble du rugby pro crie à l’aide, suspendu aux aides de l’État, à la générosité de ses supporters et, surtout, au bras de fer entamé avec les joueurs afin de baisser drastiquement les salaires, l’idée de voir certains faire gonfler encore l’enveloppe de leurs dépenses a de quoi heurter les consciences.

Rassurez-vous, nous ne jouerons pas les censeurs. Surtout, nous ne céderons pas à la facilité et au « tous pourris ». La réalité nous impose la prudence, parce qu’entre les rêves de quelques-uns et la réalité des autres, les gouffres sont impossibles à combler. Parce qu’enfin la réalité de la crise ne frappe pas tous les clubs de la même manière ; aussi curieux que cela puisse paraître, le Pro D2 est ainsi moins impacté.

N’empêche, si elle se confirme après validation de la DNACG, l’info aurait un goût amer. D’autant plus difficile à avaler que certaines stars sudistes sont proposées sur le marché français et qu’il sera difficile de résister à la tentation d’attirer un champion du monde sud-africain, par exemple. Jantjies et Marx devraient rebondir quelque part, entre la France, l’Angleterre et le Japon. Pieter-Steff Du Toit, le « poupon » springbok, est lui déjà attendu à Montpellier pour 2021 où l’ensemble de l’effectif aura été mis au régime sec avec des baisses de salaires estimées à 10 %.

Bref, vous l’aurez compris, la course à l’armement risque de repartir en version accélérée. Et le fossé entre les clubs de se creuser encore plus dangereusement si l’on ne prend pas le soin d’installer un modèle plus vertueux pour demain.

Si l’on n’y prend prête pas attention, ce « nouveau » rugby que l’on nous promet plus proche et remplis de magnifiques vertus va rapidement se fracasser sur le mur des ambitions sportives de chacun, confronté à une réalité : « The show must go on ».

À cette aune, soyez-en persuadés, le Top 14 va vite légitimer ces futurs recrutements clinquants, qui déstabilisent pourtant les édifices ! Pire, voici l’effet pervers de la crise : libérés de leurs contrats, nombre d’Australiens, Néo-Zélandais ou Sud-Africains vont fournir une main d’œuvre bon marché aux clubs français, qui tiendront leurs équilibres financiers au détriment des Jiff et de leurs espoirs.

Le rugby français a besoin de stars pour intéresser sponsors et diffuseurs. C’est implacable. Mais plus que tout, il a besoin d’enfants de ses clubs pour renouer et intensifier le lien avec leurs supporters. De grands Bleus aussi, tels Dupont, Ollivon et Ntamack. Ce sont eux qui touchent au cœur du public. Parce que sans têtes d’affiche reconnaissables et largement identifiées, il restera accroché à la crinière de Rives comme à la barbe de Chabal, et continuera de jongler avec les recrues pour en faire des stars. Dans la masse - salariale - il aura parfois l’illusion de trouver son bonheur…

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