Ghezal : « Le déclic a eu lieu au pays de Galles »

  • France's Charles Ollivon contests the line-out ball during the Guinness Six Nations match at the Principality Stadium, Cardiff. 

Photo by Icon Sport - Charles OLLIVON - Millennium Stadium - Cardiff (Pays de Galles)
    France's Charles Ollivon contests the line-out ball during the Guinness Six Nations match at the Principality Stadium, Cardiff. Photo by Icon Sport - Charles OLLIVON - Millennium Stadium - Cardiff (Pays de Galles) PA Images / Icon Sport / PA Images / Icon Sport
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En complément du long entretien quʼil nous a accordé dans les colonnes de Midi Olympique, lʼentraîneur de la touche tricolore a bien voulu se prêter au jeu du bilan spécifique à son secteur de jeu, en prenant le temps de détailler ses méthodes de travail et les dessous des stratégies élaborées par les Bleus. Passionné, donc passionnant.

Quel bilan avez-vous dressé du Tournoi, dans votre secteur particulier de la touche ?

J’ai voulu adapter notre philosophie générale à ce secteur. La finalité est de redevenir une touche conquérante et respectée. L’idée d’un projet est née, d’une identité, d’un chemin pour y parvenir et d’une exigence. Dans ce projet, il sʼagit d’utiliser les points forts des joueurs (les meilleurs sauteurs , les meilleurs lifteurs, les meilleurs défenseur derrière, les meilleurs défenseurs de mauls, le meilleur à lʼarrachage). Planifier les semaines de manières à être connecté aux autres secteurs, éviter le « travail en silo », avoir des moments ensembles. Dans ce chemin, notre première étape sur ce Tournoi était dʼêtre fort sur les défenses de mauls, se sentir dominant pour taper en pénatouche, mettre du rythme, valider cette manière de s’entrainer. Enfin, au sujet de lʼexigence, jʼattends des joueurs une certaine autonomie dans le travail. Cʼest pour cela que jʼai mis des « kits de touche » à leur disposition, mais je jeux surtout dʼeux quʼils connaissent les attendus techniques (appuis, défense et attaque de mauls), soient connectés et bonne humeur.

Comment planifiez-vous ces semaines ?

Avec l’ensemble du staff. Avec William Servat, nous avons le lundi soir un créneau où lʼon travaille 30 minutes, en deux groupes de 11. Ce moment me permet de travailler en autonomie avec ces fameux kits que j’ai donnés, qui contiennent des élastiques et une protection (que je dois améliorer). Ce travail me sert de base. Les appuis des sauteurs avec des élastiques, les appuis des lifteurs, les déviation en touches, la transition entre la défense en l’air et au sol. Le tout avec de la musique et de la bonne humeur... William fait pareil sur la mêlée, et sur les 10 dernières minutes, je mets en place la stratégie avec un « tapis de touche » que le jardinier m’a confectionné.Cela me permet de mʼadapter à tous les endroits car en équipe de France, tu bouges en permanence… Le mardi et le jeudi, nous avons un travail mixte avec deux groupes de 21 joueurs, soit 11 ou 10 avants. Nous travaillons le séparé avec William sur des séquences courtes de 10 ou 6 minutes, alternées avec le rugby mixte. Ça permet de pas rester statique pendant 40 minutes... On travaille en réelle connection et les ateliers sont rythmés. Lorsque les groupe de 21 se croisent, avec William, nous avons juste demandé 10 minutes en commun pour les deux groupes dʼavants. Histoire de se reconnecter ensemble, de faire deux, trois touches, de la stratégie, des mêlées, ou simplement laisser les joueurs se parler. À nos yeux, ce moment est très important.

Vous disiez avant lʼAngleterre que votre premier chantier serait la défense des mauls… Pourquoi ?

Les Anglais sont très forts dans ce secteur et marquent très souvent avec des mauls à 10 joueurs. Pour moi, la défense des mauls c’est le reflet de l’état dʼesprit d’une équipe, avec la défense proche de nos lignes. Ce n’est pas un contest au sol, après lequel tous les joueurs viennent te féliciter... Quand on défend un maul, impossible de voir qui sort du lot. Contre les Anglais, comme première base, nous avons travaillé ce secteur sur les deux semaines à Nice. La transition entre en l’air et au sol que je rabâche, la position des joueurs avec les 2 piliers devant... Ce jour-là, nous Avons défendus 6 mauls dont 3 proches de nos lignes, sans fautes, et avec un etat d’esprit remarquable.

On se souvient encore de mauvais choix dʼannonce, ou même de bras qui ont quelque peu tremblés sur dʼimportantes touches proches de votre ligne dʼen-but...

Nous construisons un pack avec William. Julien Marchand connaissiat se deuxième sélection après une première ou il s’est blessé, cʼétait aussi la première fois qu’il jouait avec Charles Ollivon comme leader dʼalignement, qui effectuait aussi sa première en tant que capitaine. C’est un contexte particulier que de jouer devant 80000 personnes, et des millions de personnes derrière les écrans. En plus, les Anglais avaient eux réculé Lawes en troisième ligne, ce qui leur avait permis de défendre en vis-à-vis grâce à ce sauteur supplémentaire. Ce quʼils nʼavaient plus fait depuis pratiquement 5 ans, où ils avaient essentiellement défendu en blocs… Certes, nous avons perdus 5 ballons sur 16 ce jour-là, mais eux 3 sur 17.

Comment lʼexpliquez-vous ?

Dans ma construction, je voulais démarrer avec mes méthodes d’entrainement, mes attendus techniques pour 22 avants à Nice sur les 15 jours. J’aurais peut être dû leur donner plus rapidement les 10 touches, car je sais que j’en fais très peu... Certains joueurs ont habitude d’avoir de gros books avec 50 sorties. Avec du recul, je sais que je ferais différemment les prochaines fois. Mais je savais que le chemin démarrait par les méthodes et les attendus. Sinon, on construit sur du sable.

Au final, quel bilan aviez-vous tiré de cette première rencontre ?

J’étais content. Déçu des cinq touches perdues (dont 4 en sorties de camp), mais satisfait dʼavoir vu cet état esprit sur les défenses de mauls. C’était une vrai clé du match. Avec 2 pertes de balle de moins, c’était  presque parfait, parce quʼil sʼagissait de détails techniques liés au stress. Je l’ai dit aux joueurs: notre touche avait été solidaire, mais pas encore conquérante. Sur notre chemin, cʼétait une bonne étape. Par contre, nous avions défendus 17 touches, cʼétait trop, car en moyenne on doit situer autour de 12-13. Cʼest pourquoi nous avons bossé pour en défendre moins grâce au staff, notamment Vlok Cilliers qui s’occupe du jeu au pied.

Avant Galles, il y a eu lʼItalie, un match où là encore lʼalignement a connu des ratés...

Pour le deuxième match, je voulais consolider la défense des mauls, mais aussi y ajouter de la possession et des ballons portés offensifs. La commande de Laurent Labit était dʼavoir des mauls qui tiennent debout, afin de mieux utiliser nos trois-quarts 3/4 car ce sont des situations qui correspondent à leurs qualités.  C’était une des vraies marges de progression recherchées avant le Tournoi. Ce jour-là, nous avons construit de bons mauls avec notamment l’essai de Ntamack. Nous avons eu moins de touches à défendre, cʼétait aussi un objectif affiché. Il y a aussi eu une meilleure possession avec un 13/16, sauf que nous avons perdu ces 3 touches d’affilés. Ce qui est dommage, car malgré les conditions à ce match et une tempête à 100km/h, nous aurions du faire un 100 %.

Et puis, il y a eu ce match au Millennium...

Il est arrivé après 4 semaines de travail en commun, et a été important car il a validé nos progrès et maintenus nos acquis. On réalise un 100% avec des lancements de qualité et des choix sur le terrain judicieux. On réalise une défense de mauls incroyable avec 3 séquences de pénaltouche, on obtient 2 pénalités sur des mauls important, et on inscrit même un essai après une combinaison en premier temps.

Racontez-nous les secrets de fabrication de cette combinaison sur lʼessai de Willemse...

Rien de bien compliqué. En connection avec les analystes vidéos, jʼavais décelé une opportunité à 5 mètres des lignes pour attaquer le côté fermé. Les Gallois défendent très bien les mauls et le week en d’avant, les Irlandais n’avaient pas réussi à les destabiliser. Le ballon aurait été facile à gagner, mais enclencher un maul et le perdre au sol aurait fait lever les 75000 spectateurs, ce qui les aurait probablement galvanisé. Ils étaient focalisés là-dessus, et dans le couloir des 5 ètres, lʼailier défendaut seul sans protection derrière lui. Mais le plus important à mes yeux, cʼest le processus des joueurs. Je leur ai donné cette possibilité avec deux façons de la faire, dont lʼune était dʼutiliser nos points forts avec Paul ou Tao qui sont nos joueurs les plus puissants. Ce sont les joueurs qui ont choisi, on a marqué, cétait génial. Toutefos, si je devais ne retenir quʼune touche de ce Tournoi, ce ne serait pas celle-là.

Laquelle, alors ?

Sur le même match, une défense de maul à 5 mètres de notre ligne. Cette touche représente tout à mes yeux. Le côté stratégique, avec la position de notre ailier Gael Fickou dans lʼaxe de la touche, et le placement du demi de mêlée Antoine Dupont dans le couloir des cinq mètres. Le choix de la zone à défendre en l’air. La défense de maul, tous ensemble. Cet adversaire si particulier, avec le passif que lʼéquipe de France traînait face à lui depuis dix ans, soutenu par un public en fusion. Sur cette action, au final, ce sont Gaël et Antoine qui passent sous le maul pour défendre la ligne. En termes dʼétat d’esprit, cʼétait tout simplement magnifique.

Vous parliez de tournant...

Cʼest à partir de cette semaine du pays de Galles que les joueurs ont compris les méthodes et se sont montrés autonomes. Les nouveaux qui arrivaient, je ne leur donnais pas le book ni les exercices. C’étaient les joueurs qui les transmettaient aux nouveaux. Les demis de mêlée ont commencé à la séances en salle des avants du lundis soir, les joueurs se sont donné dʼeux-mêmes rendez-vous la veille a lʼhôtel pour revoir les touches pendant 10 minutes, idem en Ecosse. Cʼest ce que je recherchais.

En Ecosse dʼailleurs, la touche a plutôt été performante malgré un contexte compliqué par lʼexpulsion de Mohamed Haouas et la blessure de Camille Chat à lʼéchauffement...

Dans la continuité de ces 6 semaines, on réalise un autre 100%, de bonnes défenses de mauls, avec notamment deux ballons récupérés autour des dominants Paul et Tao. On a également vu  des mauls qui tenaient debout, et 3 ballons perdus par les Écossais en l’air.

Dont un vous coûte directement un essai...

Improbable. Dylan Cretin volle un ballon alors qu’on était repassé à 8 avants, en sacrifiant un ailier. En temps normal, Antoine se positionne dans les 5 mètres, et lʼailier couvre derrière lui. Là, le ballon rebondit pile en direction du côté où lʼailier manque… Cʼétait rageant.

Au final, que retenez-vous de ce Tournoi ?

Une belle progression, avec des choses constantes comme la défense des mauls, puisquʼon nʼa concédé aucun essai sur un premier temps de jeu. Une possession à 85% avec une belle progression, et lʼobjectif d’atteindre bientôt les 90%.  Mais la vraie satfisfaction en tant que coach, cʼest dʼavoir proposé des contenus dʼentraînement qui correspondaient à ce que les joueurs ont rencontré en match. Je vais vous donner un exemple : on a disputé 55 touches pendant le Tournoi, et on en a fait 54 pendant nos entraînements durant la période de compétition.  Il faut quʼon progresse en revanche sur la répartition de ces touches. On nʼen a par exemple fait que 4 à lʼentraînemet pour répéter les sorties de camp, alors que nous avosn eu à gérer 18 fois ce genre de situation en match. Le delta est trop important, il faut quʼon sʼajuste par rapport à ça. Je pense aussi que nous avons une marge de progression dans notre contre en lʼair.

Quel est votre quotidien aujourdʼhui, dans cette période sans compétition ?

Jʼen ai profité pour réaliser des bilans poussés du Tournoi. Lʼidée, après ces sept semaines de travail en commun, est de pouvoir me projeter sur notre cinquième match lorsque nous nous retrouverons sur la semaine 8, en continuant notre chemin pour redevenir une touche conquérante et respectée. Jʼai parallèlement lancé un projet dʼaccéléromètre pour évaluer les joueurs en salle sur la qualité des lifts, afin de les faire mieux travailler avec lʼappui des préparateurs physiques. Lʼétude est en cours. Je finalise aussi un sujet sur lequel je travaille depuis un an, un projet de réalité virtuelle. Ce que jʼaimerais, cʼest proposer à nos joueurs des animations 3D de nos touches, afin quʼils puissent les visualiser sur leurs portables ou leurs ordinateurs avant nos premiers regroupements. Cela ne va peut-être permettre de gagner quʼune demi-heure. Mais une demi-heure sur une séance, ça nʼa pas de prix au niveau international.

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