Gallion : "Collazo s'est mis trop de pression" (2/2)

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Ancien demi de mêlée de toulon que ce soit avec le RCT ou en équipe de France, il fut l’un des très grands joueurs français des années 1980. Celui qui a pris la succession de Fouroux chez les Bleus, avant de perdre sa place au profit de Berbizier, revient sur une carrière ultra-riche mais aussi sur ses trois années de présidence à Toulon au début des années 2000.

À Toulon, vous avez évolué avec deux de vos frères en équipe première…

Oui. Bertrand aurait pu devenir international s’il n’avait pas été en concurrence avec Philippe Dintrans. C’était un client au talonnage, plusieurs fois International B. Dintrans n’était jamais blessé sinon je pense que mon frère aurait enquillé en équipe de France. Il a arrêté trop vite le rugby. C’était un quatrième troisième ligne, qui se déplaçait beaucoup et lançait de manière précise en touche. Il y a aussi Christophe, mais il était moins passionné que nous par le rugby. Il avait un peu moins envie de faire les efforts pour arriver au plus haut niveau. En fait, nous étions quatre garçons dans la famille : il y avait l’aîné, Frédéric, qui n’a pas joué en première mais qui avait pas mal de qualités. On se suivait tous à un an près.

C’était comment les frères Gallion à la charnière du RCT ? Vous en neuf et Christophe en dix...

On se trouvait facilement. Depuis tout petit, nous jouions au rugby à deux contre deux dans le jardin des parents. On se mettait minables entre nous, sur les plaquages.

Quel souvenir gardez-vous de vos trois années de présidence ?

J’ai pris le club en 2000, car il était dans une situation très difficile. Le Front National était à la mairie de Toulon, personne ne voulait de la place. Le RCT était tombé en deuxième division et je ne comprenais pas tout ce qui se passait au départ. Serge Blanco, alors patron de la Ligue, m’avait fait confiance : il m’accordait trois ans pour remettre les finances dans l’ordre. J’ai cherché des sponsors au milieu de serpents. Je savais que j’allais ramer mais je me sentais redevable envers le club. Pendant trois ans, j’ai cherché à remettre le club à flot et quand j’ai arrêté les finances étaient à nouveau saines. Mais je me suis fait beaucoup taper dessus... En fait, je n’ai pris aucun plaisir dans ma mission. J’ai voulu écarter des dirigeants des membres du comité directeur et cela n’a pas plu.

C’est allé assez loin…

Vous pouvez le dire. On m’a crevé les pneus de ma voiture plusieurs fois, on lançait des pierres sur les vitres de ma maison, des œufs sur la façade... Je voulais faire à ma façon et remettre de l’ordre dans le club. Je l’ai fait. Au final, j’ai souffert car j’ai vu la laideur de certains…

Et vous passez la main à Éric Champ, votre ancien partenaire ?

Je lui ai rendu une copie très correcte. Le club était certes en Pro D2 mais avec des finances qui n’étaient plus dans le rouge. Éric pensait que le rugby n’avait pas changé et qu’avec une bande de jeunes, on pouvait à nouveau tutoyer le haut niveau. Cela a été très difficile. Le pauvre a souffert autant que moi et je crois qu’il était content d’avoir trouvé Mourad (Boudjellal) après trois ans de présidence.

Lui aussi a bouleversé les codes...

Ah ça, oui. Avec son culot et son argent, il a amené un plus évident. Faire venir Tana Umaga en Pro D2 à Toulon ! Il n’y avait que lui pour oser proposer ce challenge. Il n’a pas eu de scrupules. Au début de sa présidence, nous nous sommes rencontrés avec Mourad Boudjellal. Je lui ai donné ma version des choses, comment on construisait une équipe, comment on pouvait espérer remonter. Il ne m’a pas écouté, il a fait à sa façon et il a eu raison. C’est quelqu’un de très intelligent. Avec lui, le RCT est devenu trois fois champion d’Europe et le Bouclier de Brennus est revenu à Mayol. Belle réussite ! Il a son caractère mais le duo qu’il a formé avec Laporte était très bien.

Étiez-vous leur supporter ?

Oui. Quand Mourad souhaite recruter Bernard Laporte, il voulait que je sois le manager du club. Je refuse car je n’avais pas les qualités requises, et je me sentais "has been". Je lui conseille de donner tous les pouvoirs sportifs à Laporte, qui est passionné et passionnant quand il parle de rugby. C’est la meilleure décision prise par Mourad.

Et Mayol a de nouveau fait le plein...

L’engouement avait recommencé quelques années auparavant, mais le RCT s’est mis à toucher un nouveau public, moins supporter, plus spectateur. L’ensemble cohabite très bien. Mayol est beau, avec cette nouvelle tribune. Je crois que le maire, Hubert Falco, veut lui donner le nom d’André Herrero. C’est une très bonne idée.

Que pensez-vous du Pilou Pilou ?

Je ne l’avais jamais entendu avant l’ère moderne. Je suis plus circonspect... Cela ne me correspond pas, cela ne veut pas dire grand-chose. En revanche, la mise en place de l’arrivée des joueurs avec la descente du car au milieu de la foule, c’est une riche idée. Ils peuvent s’imprégner de leurs supporters. Certains joueurs ont pris conscience instantanément de ce qu’était une rencontre à Mayol. Je le sais parce que des étrangers que j’ai soignés à mon cabinet dentaire, me l’ont dit. Le soutien du peuple toulonnais ne les laisse pas insensibles.

Parmi toutes les stars qui ont évolué au RCT ces dernières années, laquelle vous a le plus marqué ?

L’Australien George Smith, sans hésitation. Il savait tout faire et à chaque fois au bon moment dans la partie, au bon endroit sur le terrain. Il n’est resté qu’un an, mais je me délectais à chaque fois de venir à Mayol pour le voir jouer. Il était troisième ligne mais une fois pour dépanner il a même joué demi de mêlée. Il était aussi capable d’évoluer au centre. Jamais blessé ! Il était véritablement hors norme ! C’est l’un des plus beaux joueurs que j’ai pu observer.

Quel est votre regard, sur le Toulon de Bernard Lemaître, nouveau président, et du duo Collazo-Emmanuelli qui sont devenus les patrons du sportif ?

C’est un peu tôt pour tirer un véritable bilan mais je vois que Patrice Collazo a pu prendre ses marques cette année. Cela a été difficile, car je crois que l’année dernière, il s’est mis tout seul trop de pression. Il revenait dans son club, or, l’équipe qu’il a prise en mains n’était plus la grande équipe des années précédentes. Il a voulu tout porter sur ses épaules la saison dernière et le pauvre il était en train de s’éreinter. Mais là, il avait pris la mesure des choses et je crois que la crise du Covid-19 et l’arrêt du championnat leur ont été préjudiciables. Laissons les travailler !

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