Roman d'un club : Brive, très forts, très haut, trop vite

  • La victoire européenne en 1997 restera comme le summum des années de la présidence de Patrick Sébastien (qui tient la coupe entre ses mains). Ce succès doit aussi beaucoup à la patte de Laurent Seigne, l’entraîneur . Sans oublier les joueurs phares du CA Brive de cette époque avec Christophe Lamaison, Philippe Carbonneau Alain Penaud et Loïc Van Der Linden. Une équipe très soudée et qui adorait la bringue. On y distingue respectivement David Venditti, Cédric Heymans, Christophe Lamaison, Yann Domi, Didier Casadéï sur l’une; Francois Duboisset, Tony Rees et Éric Alégret sur l’autre.
    La victoire européenne en 1997 restera comme le summum des années de la présidence de Patrick Sébastien (qui tient la coupe entre ses mains). Ce succès doit aussi beaucoup à la patte de Laurent Seigne, l’entraîneur . Sans oublier les joueurs phares du CA Brive de cette époque avec Christophe Lamaison, Philippe Carbonneau Alain Penaud et Loïc Van Der Linden. Une équipe très soudée et qui adorait la bringue. On y distingue respectivement David Venditti, Cédric Heymans, Christophe Lamaison, Yann Domi, Didier Casadéï sur l’une; Francois Duboisset, Tony Rees et Éric Alégret sur l’autre. PA Images / Icon Sport / PA Images / Icon Sport / PA Images / Icon Sport
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Pendant trois ans, les corréziens ont empilé les finales et vécu dans l’excès à tous les niveaux. De la préparation physique avant-gardiste aux troisièmes mi-temps mémorables, en passant les démonstrations sur le terrain. Une ascension sur le toit de l’europe aussi brusque que la chute ne fut brutale…

Il n’y a qu’à converser avec un fidèle supporter briviste pour entendre l’adage : "Le CAB a remporté la première vraie Coupe d’Europe." Référence à la H Cup raflée le 25 janvier 1997, à l’issue d’une finale exceptionnelle où les Corréziens ont terrassé Leicester (28-9) à Cardiff. L’édition précédente, pour l’inauguration de la compétition, avait sacré Toulouse mais sans les équipes anglaises, d’où la fierté du peuple noir et blanc. L’Arm’s Park, point d’orgue d’une période formidable, aussi intense qu’éphémère, laquelle a trouvé sa source moins d’un an et demi plus tôt quand, juste nommé président, l’animateur télé Patrick Sébastien - corrézien pure souche et ancien joueur du club - avait confié le staff à Laurent Seigne. "La saison d’avant, je crois qu’on avait failli descendre, se souvient l’ancien flanker Loïc Van der Linden. C’était une année catastrophique. Là, en début d’exercice, Laurent n’était pas encore entraîneur mais il y a eu une sorte de révolution à son arrivée avec les joueurs qui se sont pris en mains. L’osmose s’est faite et Laurent a amené un jeu hyperstructuré, a mis un collectif et une grosse conquête en place."

"Il y avait de la débilité dans le vestiaire. […] Il y avait tout pour rigoler, jusqu’au président qui nous faisait marrer. Même lui était dingue." Loïc Van Der Linden

Le duo Sébastien-Seigne, symbole des années fastes, a alors posé les premiers jalons de la réussite. Entre fortes têtes et gros travail, avec la nomination de Bernard Faure comme préparateur physique. La clé du succès, tel que le capitaine d’alors, Alain Penaud, le confirmait à l’occasion des vingt ans du titre européen : "Nous étions les premiers à nous entraîner trois fois par jour. Brive a marqué une rupture avec le rugby du passé, coincé dans l’amateurisme. Nous avions déjà basculé dans le monde du professionnalisme." Ce qui fut à la base de tant de victoires… "Par rapport à nos adversaires, si on nous demandait d’accélérer à la 70e minute, nous étions capables de mettre le coup de reins que les autres n’avaient pas, renchérit Van der Linden. Contre Pau, en demi-finale, nous avons tenu le score grâce à ça. Sinon, on n’était pas très bien dans le match…" Il parle de la demie de championnat arrachée en mai 1996 (23-21), une semaine avant de tomber en finale face au grand Stade toulousain au Parc des Princes (20-13). Mais cinq mois auparavant, Brive avait enfin ouvert sa galerie à trophées en y installant le Du-Manoir, après avoir battu cette même Section (12-6), sous la neige, à Charléty. L’exercice qui a tout changé… "Certains mecs du cru avaient soif de victoires, souffle Van der Linden. On nous disait toujours : "En début de saison, les Brivistes veulent tout gagner mais, à partir de mai, ils sont à la maison et regardent les matchs à la télé." ça nous vexait."

" Jeunesse, insouciance et bringues"

L’autre refrain qui revient lorsqu’on demande aux acteurs comment caractériser cette aventure ? La folie ! "Nous étions des fous furieux et je me rends compte combien il devait être dur de nous tenir, en rigole l’ex-arrière Sébastien Viars. Laurent nous dirigeait d’une main de fer par moments, en sachant nous laisser faire certaines choses. C’était un groupe de caractère et de caractériels. Ce fut notre force pendant un temps et notre perte par la suite." Une vertu apparue donc dès la saison 1995-1996. "Des leaders nous manquaient et un mec comme Vincent Moscato a apporté ça, Laurent Bonventre aussi, note Van der Linden. Surtout, ils étaient déjà un peu tarés et se sont retrouvés dans un groupe de dingues. Nous arrivions une demi-heure avant chaque entraînement et il y avait de la débilité dans le vestiaire ! On avait envie de se retrouver, de rigoler tout le temps ensemble. Ce fut le déclic, une année charnière où le sens du sacrifice est devenu naturel."

Puis durant l’été 1996, la deuxième vague de recrutement a définitivement fait basculer le CAB dans une autre ère, avec le renfort des Philippe Carbonneau, Christophe Lamaison, David Venditti, Grégory Kacala ou Sébastien Carrat. "Ils étaient talentueux et avaient la même dinguerie que nous, se marre l’ancien troisième ligne. En fait, il y avait des sages, des fous, des besogneux. Et un équilibre du coup." Une forme de symbiose selon Penaud : "L’amalgame s’est fait rapidement. L’ambiance dans le vestiaire, l’aspect revanchard de certains, l’envie d’une grande carrière pour d’autres… Cette époque était bénie des dieux et on s’est laissé porter. C’est dur de mettre des mots derrière ça. Ce qui me revient, c’est l’atmosphère qui enveloppait cette période. Elle a été courte mais tout a pris une dimension différente. L’état d’esprit était incroyable, les rapports fusionnels, sur et en dehors du terrain. En 1993, j’avais failli quitter le club pour rejoindre Castres car je dénonçais un manque d’ambition. Puis les choses se sont mises à bouger, les mentalités ont changé." Jusqu’à atteindre l’étrange sensation de plénitude. Quand les triomphes s’accompagnent de sourires. "Il y avait tout pour rigoler, jusqu’au président qui nous faisait marrer, sourit Van der Linden. Même lui était dingue !"

L’excessif Patrick Sébastien, lequel, à la grâce de ses réseaux dans le milieu de la nuit, concoctait des troisièmes mi-temps d’anthologie à ses hommes. Et laissait Laurent Seigne, et son autorité naturelle, poser les limites quand c’était nécessaire. "Si je devais décrire notre équipe en trois mots, ce serait : jeunesse, insouciance et bringues, avoue l’ancien pilier Didier Casadéï. Après, nous étions au garde-à-vous devant Laurent mais il nous connaissait parfaitement." Ce qui lui a ainsi permis de préparer une machine de guerre, ou plutôt une bombe à retardement, en finale de H Cup en ce mois de janvier 1997. "Leicester, c’était quasiment l’équipe d’Angleterre qui venait de mettre quarante points au Stade toulousain en demie, poursuit Casadéï. Les deux tiers des tribunes étaient anglaises." Van der Linden encore : "Face à eux, on était les paysans de Brive qui montaient à Cardiff, inconnus au bataillon. Dans leurs têtes, ils avaient gagné d’avance." C’est du moins ce que Seigne avait intégré dans celles de ses joueurs. "Son briefing à l’hôtel, avant le départ pour l’Arm’s Park, avait été très émouvant, se rappelle "Casa". Il avait su nous toucher. Puis je crois que nous avons vraiment eu peur de passer pour des charlots; alors nous avons réalisé le match de notre vie. On avait la rage, c’était grandiose."

Cardiff, cette "boucherie"

Bien avant la démonstration offensive sur le terrain, le spectacle avait démarré en amont, dans une intimité classée secret-défense, à en croire les intéressés aujourd’hui. "C’était une boucherie", s’exclame Van der Linden. Et Viars de détailler : "Mon premier souvenir, ce sont les deux motards qui nous escortaient de l’hôtel au stade. Ils ne servaient à rien et s’arrêtaient aux feux rouges. On en rigolait. Mais une fois arrivés dans cet antre, ce qui me revient, c’est cette mobilisation de chacun poussée à l’extrême. Nous ne savions pas à quelle sauce nous serions mangés et on s’est mis dans un état phénoménal. Je revois Didier Casadéï survolté dans son discours d’avant-match. J’ai cru qu’il démontait le vestiaire de Cardiff. Et Laurent Seigne qui chauffait Loïc Van der Linden. Ce dernier l’avait ensuite plaqué et retourné sur le carrelage. On pensait qu’il était mort. Franchement, il fallait se sortir de là ! Si tu n’étais pas dans les quinze ou les vingt-deux, tu ne pouvais pas mesurer ce qu’il se passait dans ce groupe. Un mec normalement constitué nous aurait vus, il se serait demandé où il était tombé. […] J’étais en chambre avec François Duboisset et, le matin du match, il était déjà réveillé quand je me suis levé. Lui était dans son lit et, si c’était un chien fou sur le terrain, il était un peu philosophe dans la vie. Il m’avait dit : "J’ai bien réfléchi et si on veut espérer quelque chose, il faudra être prêt à y laisser de notre santé." Cette phrase résume toute notre épopée, toute cette rencontre aussi." Le reste ? Un roman, ou presque. "On aime ce genre d’histoire où le petit renverse le monstre et cela a été mis en relief par le fait que nous n’étions pas attendus à ce niveau mais la réalité est parfois travestie, tempère Penaud. On n’a pas survolé ce match et cela fut loin d’être un long fleuve tranquille. Quand je discute avec les gens, ils ne se souviennent pas qu’en début de deuxième mi-temps, Leicester a repris l’avantage (9-8). Nous faisions la rencontre quasi parfaite, on dominait devant, nous étions meilleurs mais on ne concrétisait pas. J’ai raté trois drops, Titou (Lamaison) a manqué quatre coups de pied et nous avons dû laisser vingt points en route. à un moment donné, quand ils sont passés devant, je me suis dit que ça allait nous échapper, que ce n’était pas notre jour… Mais ce fut un passage qui n’a pas duré longtemps." Finalement, cela ne pouvait pas leur échapper. Pas ce jour-là. "Il existe des périodes comme ça, très rares dans une carrière, où tu sens que rien ne peut t’arriver, se réjouit Viars. Sur ce match, nous étions à 100 % de nos moyens."

 

Le revers de la démesure

Brive est dès lors tombé dans une euphorie enivrante. "Tu vois la ville bondée, tu te demandes ce qu’il se passe et tu y prends goût, clame Van der Linden. Mais si on parle souvent de spirale de la défaite, qui te fait plonger vers les profondeurs, celle de la victoire existe aussi. Surtout quand ça arrive trop vite… On se croyait peut-être un peu invincibles. Le rugby changeait, les agents entraient dans le jeu, les sponsors, etc. Il fallait gérer une aura médiatique inhabituelle." Lui et ses partenaires avaient pourtant connu un sévère avertissement en mai 1997 quand, propulsés favoris au titre de champion de France, ils étaient tombés dès le huitième de finale contre Colomiers, par suffisance. Le début de la fin ? Pas encore, mais le ressort s’est peu à peu cassé au cours des mois suivants. Le propre de la démesure. Cela n’a pas empêché Brive de vivre une deuxième finale européenne le 31 janvier 1998, perdue contre Bath à Bordeaux (18-19) alors que les Coujous ont si longtemps mené au score. "Au bout d’un quart d’heure, j’ai senti que, même si nous étions au-dessus, on allait s’incliner, grince Van der Linden. Je me suis toujours posé des questions sur l’arbitrage. C’était bizarre… Et puis, ça ne tournait pas normalement. D’ordinaire, Alain Penaud prenait les drops. Là, il y en a eu un pour un gaucher à quinze mètres face aux perches, à la dernière minute, et il n’est pas venu le taper. Arbizu l’a raté. Tout était étrange. […] Chacun était sur un nuage et ce fut un coup d’arrêt. à tous les niveaux. Il n’y avait plus la même fraîcheur." Viars avait senti les prémices : "C’était friable et loin d’être aussi solide. Cette équipe était une marmite bouillante qui pouvait exploser à tout moment." Penaud, qui partira l’été suivant aux Saracens, avait d’ailleurs perdu le capitanat et été déplacé de l’ouverture à l’arrière. "Il y avait des tensions chez les joueurs, les entraîneurs ou les dirigeants, regrette Van der Linden. Nous avions cinq ou six ans d’avance mais nous n’avons pas su les garder."

"J’ai cru que Didier Casadéï démontait le vestiaire de Cardiff. Et Laurent Seigne qui chauffait Loïc Van der Linden. Ce dernier l’avait ensuite plaqué et retourné sur le carrelage. On pensait qu’il était mort. Il fallait se sortir de là !" Sébastien Viars

Au point de se désagréger et de plonger financièrement. Entre 1998 et 2000, les Viars, Carbonneau, Lamaison, Casadéï, Venditti, Magne, Arbizu, Townsend et consorts sont tous partis. Comme Laurent Seigne et Patrick Sébastien, dont la présidence a pris fin en 1999. Deux ans plus tard, et pour la première fois en quarante-quatre saisons, Brive descendait en deuxième division. "C’est dommage de ne pas avoir été capables de lancer une épopée à la Toulouse, estime Viars. Le Stade français ou Biarritz ont eu la capacité à se remobiliser. On avait eu moins faim. Le groupe aurait mérité d’enchaîner les titres mais il s’est disloqué. Tout le monde en est responsable, le club n’a pas été capable de faire en sorte que ça perdure." Penaud, avec recul, sur le virage manqué : "La brièveté de ce cycle permet de l’isoler facilement et lui donne un piment particulier. Si on compare au Stade toulousain des années 90, il n’y a pas la même passion dans les témoignages. Pour eux, c’était naturel. Ce que nous avons fait nous a marqués à vie et, quand on se voit, c’est encore là." Viars résume dans un sourire : "Les anciens Brivistes, nous n’avons qu’un trophée à célébrer mais on ne le rate jamais."

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